Amis sportifs!
par Dominique Perras - 16/04/2008
Pour mon premier hiver complet au Québec depuis près de dix ans, on peut dire que j’ai été servi en quantité de neige ! Je me rappelle avoir pu rouler allégrement en mars ; ça n’a pas été le cas cette année ! On peut se demander si la saison compétitive cycliste au Québec pourra débuter en temps prévu, ou s’il faudra auparavant passer la souffleuse pour dégager les routes ! Après une poignée de sorties montérégiennes et bien peu de kilomètres roulés dehors – armé d’une cagoule, de deux tuques sous mon casque et de mitaines de motoneige –, je me suis envolé vers la Guadeloupe à la fin de mars. J’ai passé sur cette île deux semaines, dont la seconde dans le cadre des camps Vélo Mag / Vélo Québec, où j’assumais le rôle de guide et d’entraîneur.
En repérage la première semaine, j’ai découvert cette île française – l’île aux belles eaux (Karukera) –, que je n’avais jamais eu l’occasion de visiter. La Guadeloupe est formée de deux îles distinctes, telles les ailes d’un papillon, avec une végétation bien différente : Basse-Terre la tropicale, et Grande-Terre, idéale pour les amateurs du farniente ! Le terrain y est parfois plat, souvent vallonné, et aussi très montagneux, dans l’île de Basse-Terre. On y trouve quelques sacrés cols à plus de 10% de moyenne, tels que le col des Mamelles et celui de la Soufrière, point culminant qui est un volcan en activité.
J’ai été surpris du nombre de cyclistes croisés sur les routes, mais aussi de l’engouement pour les diverses courses cyclistes qui se sont tenues durant mon séjour. On me dit qu’ici, le cyclisme fait office de sport national. Pas étonnant, je présume, vu la qualité et la beauté des petites routes d’arrière-pays, et la météo favorable, bien sûr, quoiqu’il faille partir tôt pour éviter la canicule du midi. D’ailleurs, le coureur vainqueur de l’édition annuelle du Tour de Guadeloupe doit être un sacré grimpeur, étant donné les difficultés rencontrées, en particulier du côté de Basse- Terre.
En fait, il n’y a qu’un seul aspect dérangeant sur cette île, aspect qui se fait de plus en plus présent partout dans le monde, qui nous envahit peu à peu et qui continue de sévir parmi nous, amis cyclistes : l’automobile.On l’adore quand on est assis dedans, mais elle est moins plaisante quand on la rencontre et que son rétroviseur frôle notre guidon! Or, sur les magnifiques routes côtières guadeloupéennes, elle est un peu trop populaire ; il vaut mieux rouler dans les terres. Les routes de la Guadeloupe sont plutôt étroites, les accotements quasi inexistants, même si l’île est tout de même un endroit agréable pour le cyclisme. Et puis, même les courses locales sont télévisées, avec un animateur qui ferait concurrence à Louis Bertrand et qui nous a bien fait rire en interpellant toutes les 30 secondes les téléspectateurs de son accent créole : «Amis sportifs, regardez !» C’est bien ce que nous sommes : des amis sportifs!
Pendant une autre séance de vélo stationnaire dans mon sous-sol, je ressassais les mêmes vieux rêves, ceux de mes 14 ans, en regardant pour une énième fois le Tour de France de 1987 que je connais par coeur. Dans un élan d’inspiration philosophique, je ne pouvais qu’en venir à la conclusion que ce sont ces rêves qui nous permettent d’avancer ou, dans ce cas-ci, de pédaler sur place pendant des heures. De quoi ces rêves sont-ils l’expression? Je ne sais trop. L’espoir de victoires, la conviction que, suite à l’entraînement «rigoureux » de l’hiver, on se soit considérablement amélioré. Ou serait-ce simplement des rêves d’évasion? En tout cas, ces aspirations, quand j’avais 14 ans, m’apparaissaient inatteignables. J’entretenais quelque part dans mon esprit le grand rêve d’un jour pouvoir vivre de mon sport et de faire partie d’une équipe professionnelle, chose qui maintenant, force est de l’admettre, s’est matérialisée. Ce rêve était toujours maintenu loin dans mon esprit car, entre-temps, je me concentrais sur ma tâche quotidienne, qui était de me préparer à la première course du printemps ou à celle de la semaine d’après.
En recommençant à jouer au hockey ces derniers hivers, j’ai réalisé que ces rêves d’enfant ne s’atténuent pas tout à fait avec l’âge. Je vois régulièrement au parc des hommes jouer au hockey avec un chandail du Canadien et faire des montées avec une fougue d’adolescent, puis lever les bras au ciel après avoir marqué un but. Le cyclisme semble être similaire, et c’est peut-être justement le rêve qui est notre principale bougie d’allumage.
Après mon début de course à la mi-avril avec l’équipe EVA-Devinci, je me concentrerai sur mes deux objectifs principaux de la saison, le Tour de Beauce et le Championnat Canadien. Ces deux courses me font toujours rêver, et le désir de réussir est toujours aussi présent.
Allez, je repars pédaler un peu ! Il me faut réfléchir à tout cela ! Sur ce, bon printemps : enfin, l’hiver est fini ! Bonne route, amis sportifs !
Autres textes de l'auteur
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Dominique Perras
Mentorat
30/07/2008 - C’est avec un rôle clair de mentor que j’ai accepté cette année de me joindre à l’équipe EVA-Devinci. Les jeunes coureurs de talent m’ont procuré de belles satisfactions jusqu’à maintenant. Les Jean-Sébastien Perron, George Édouard Duquette et Guillaume Boivin, notamment, ont élevé leur jeu d’un cran cette saison et ont démontré qu’on pourrait compter sur eux au cours des prochaines années. Lire >>Dominique Perras
Rêve, réalisme et courage
21/05/2008 - Comme il me reste à peine quelques mois comme compétiteur actif et que, lors de ma chronique précédente, je vous ai parlé du rêve, peut-être est-ce le temps pour moi de faire une petite récapitulation du pourquoi j’ai eu le coup de foudre pour ce sport à 14 ans. Lire >>Dominique Perras
Amis sportifs!
16/04/2008 - Pour mon premier hiver complet au Québec depuis près de dix ans, on peut dire que j’ai été servi en quantité de neige ! Je me rappelle avoir pu rouler allégrement en mars ; ça n’a pas été le cas cette année ! On peut se demander si la saison compétitive cycliste au Québec pourra débuter en temps prévu, ou s’il faudra auparavant passer la souffleuse pour dégager les routes ! Lire >>Dominique Perras
Une dernière saison
07/03/2008 - C’est reparti, « pour une dernière fois » (bon vieux refrain hyperconnu de Gerry Boulet). Mon souhait énoncé en ces lignes l’automne dernier s’est finalement exaucé, et je vais courir en 2008 sous les couleurs d’une équipe québécoise, EVA-Devinci, dirigée par Alex Lavallée, un copain de longue date. Ce sera certes une année moins occupée que les précédentes, avec un calendrier comprenant surtout des courses canadiennes. Lire >>Dominique Perras
La fin?
30/10/2007 - Je vous écris ces lignes entre deux accoudoirs rapprochés, les genoux bien près du tronc. Vingt-cinq heures en position verticale, à essayer de dormir la colonne en S: direction Australie. J'y participerai au Herald Sun Tour, une course par étapes de sept jours. J'en serai à ma quatrième participation... Lire >>Dominique Perras
La mémoire courte
05/10/2007 - Vous connaissez peut-être le dicton : En cyclisme, on est aussi bon que sa dernière prestation. Certes, celui qui compte une grosse victoire en son palmarès dans la dernière année peut parfois s’en tirer (et même là) mais, en général, les dirigeants (et les gens du sport) ont la mémoire courte. Donc, on me juge ces temps-ci sur mes deux dernières courses, soit le Tour de Beauce et les Championnats canadiens. Lire >>Dominique Perras
Avant la Beauce
05/07/2007 - Tout ce qui monte doit redescendre », dit le dicton. Alors après être « monté » vers l’ouest en janvier, je suis revenu au Québec au début de mai, en voiture, seul cette fois, car ma femme et mon fils avaient pris la voie des airs un peu avant moi. Me revoici à la maison, ou près de celle-ci, après une longue absence. Lire >>Dominique Perras
Snooze glacial
25/05/2007 - J'appuie sur le snooze, mais une seule fois. Vous connaissez ce bon vieux bouton sur votre réveillematin, ce bouton extraordinaire qui vous offre la possibilité d’ajouter 9 minutes de sommeil ? C’est un supplément particulièrement apprécié lors du réveil à 5h du matin – en fait, 3h dans mon corps, qui se croit encore dans la zone horaire des Rocheuses. Lire >>Dominique Perras
Esprit de famille
22/05/2007 - Décidément, je suis sur une lancée de vélos portant le nom de grands champions : LeMond cette année après Merckx l'an dernier. Lire >>Dominique Perras
À bas Kyoto
05/04/2007 - Oui, les conservateurs et Rona Ambrose ont raison : le réchauffement de la planète n'est pas un problème. En tout cas, pas pour les cyclistes au Québec en novembre et en décembre, et même au début de janvier pour ceux qui y étaient encore. Rouler 3 ou 4 heures dehors les 24 et 25 décembre, c'est bon pour faire descendre la tourtière ou pour se faire un creux avant d'en manger encore. Lire >>Dominique Perras



