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Anders Gullhav « J’ai grimpé Camillien-Houde à 80 reprises »

Maxime Bilodeau - 13/07/2017


Le 28 septembre 2014, Anders Gullhav s’est levé tôt. Très tôt. À 3 h du matin, plus précisément. Un peu groggy, le Norvégien a déjeuné, s’est habillé et a préparé son vélo. Peu après, il s’est élancé dans la nuit, comme un cycliste amateur qui part pour une très longue virée dominicale.

Seule différence : les amateurs, même les plus motivés, n’empruntent pas la voie Camillien-­Houde à 80 reprises. La preuve : à peine 1400 tentatives d’Everesting sont officiellement répertoriées sur le tableau d’honneur de everesting.cc.

Anders Gullhav avait entendu parler de ce défi pour la toute première fois à la fin de l’année 2013 grâce à l’application Strava. L’idée de grimper l’équivalent du mont Everest (8848 m) en une seule sortie, sur la pente de son choix, s’était alors implantée dans son esprit. À l’époque, il était un peu trop tard pour s’y attaquer puisque sa saison de vélo sur route tirait à sa fin. Ce n’était toutefois que partie remise.« Je savais au fond de moi que je tenterais le coup l’année suivante », souvient-il.

Le temps a passé et le projet est resté au point mort. Puis le déclic s’est produit à l’occasion d’un stage de recherche de quatre mois à HEC Montréal dans le cadre de ses études doctorales. Arrivé dans la métropole en août, Anders Gullhav avait eu le temps d’en découvrir les principaux attraits cyclistes. Avec sa pente assez régulière pour ne pas qu’on s’explose les jambes (de 7 à 8 % en moyenne), la voie Camillien-­Houde lui semblait propice à un Everesting. De plus, à 120 m de dénivelé positif par ascension de 1,6 km, le compteur monterait bien assez vite.

Des soucis

Vers environ 4 h du matin, ­Anders Gullhav commence sa tentative. Sa stratégie est assez linéaire : il s’accorde une pause  toutes les cinq ascensions afin de descendre de son vélo, s’étirer, boire et manger. Surtout, il s’est donné comme mot d’ordre de prendre son temps et de s’en garder sous la pédale. Selon ses calculs, chaque ascension devrait durer environ 11 minutes, pour une fin anticipée du défi vers 18 h 30.


Deux heures plus tard, le soleil se lève enfin. Ses chauds rayons, combinés à l’absence de couvert nuageux, font alors tranquillement grimper le mercure. Une température moyenne de 16 o C est annoncée. La journée est parfaite, comme l’avait prévu Anders ­Gullhav il y a moins de quarante-­huit heures, lorsqu’il a spontanément décidé de réaliser son Everesting. Voilà un souci en moins.

Des soucis, Anders en a tout de même. À commencer par sa santé : ses genoux encaisseront-ils autant de dénivelés ? Comment son corps répondra-t-il à quatorze heures de vélo en continu ? Et il y a la logistique. Contrairement à la majorité des Everesters, il ne bénéficie d’aucune aide extérieure. Autonome à 100 %, il ne peut néanmoins quitter le circuit afin de se ravitailler, sous peine de « disqualification ». Heureusement, un petit kiosque de crème glacée est aménagé tout près...

La pire de ses épées de Damoclès­ est cependant celle de la technologie. Pour être reconnues, les tentatives d’Everesting doivent impérativement être enregistrées sur Strava – donc sur GPS. Or, l’autonomie des batteries de ces bidules est parfois aléatoire. Surtout dans le cas d’un enregistrement de quatorze heures.

Les armes à la main

Après quarante ascensions sans histoires, rien ne va plus pour Anders Gullhav. Son corps, jusque-là coopératif, refuse d’ingérer de la nourriture, ce qui a pour conséquence de sérieusement entamer son niveau d’énergie. Son moral est en chute libre, tout comme ses espoirs de se rendre au bout de son aventure. Lui qui aime être seul avec ses pensées, qui trouve normalement là le contexte ­idéal pour laisser parler ses jambes, est envahi par le doute. Va-t-­il échouer ?

Réponse : non, pas sans mourir les armes à la main. Pendant une vingtaine d’ascensions, le jeune Norvégien se bat chaque seconde contre lui-même afin de ne pas succomber à l’envie de mettre pied à terre. Vaillamment, lourdement, il franchit ce mur qu’il a décidément heurté de plein fouet. Durant son passage à vide, un cycliste plus lent l’encourage en français, une langue qu’il ne maîtrise pas. Le propos lui échappe, mais l’intention, elle, est parfaitement comprise : tu sembles fort.

La barre des 60 (!) ascensions atteintes, Anders Gullhav reprend foi. À 65, la déficience est chose du passé. À 70, la fin est imminente. À 75, il a officiellement grimpé l’équivalent du mont Everest. Précautionneux à l’extrême, il ajoute d’autres ascensions afin de s’assurer qu’il ne manque pas la cible par quelques dizaines de mètres. À 80, il met les clignotants. Sa journée est terminée (et bien enregistrée) : en 14 heures, 17 minutes et 1 seconde, il a gravi 9373 m et parcouru 266,6 km. Mission accomplie.

Deux ans après cet exploit, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Anders Gullhav est depuis retourné en Norvège où, en mars 2016, il a défendu sa thèse de doctorat avec brio. Et le record de celui qui est aujourd’hui chercheur à la Norwegian University of Science and Technology a été égalé, puis dépassé par un cycliste montréalais, Rowan Barrett, le 16 juillet 2016.

N’empêche que s’il n’est plus le seul au sommet, Anders Gullhav est tout de même le premier cycliste à avoir monté l’équivalent de l’Everest au Québec.  


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