Option grand confort


par Par Luc Belley - 21/05/2010

Le Cannondale Synapse Carbon 5 et le Rocky Mountain Prestige 30 CR ont en commun le réel désir des fabricants de cibler le confort du cycliste. Tous les deux en carbone, ils offrent un bel équilibre de pièces.

Cannondale Synapse Carbon 5 2549 $
Le vrai confort!

Depuis longtemps, les vélos Cannondale ont la réputation d’être raides. On peut supposer que cette réputation vient des vélos de compétition en aluminium, la grande spécialité de Cannondale au début des années 2000. Les cadres étaient alors conçus pour la compétition pure et, après une ou deux saisons, ils étaient redistribués vers les gammes inférieures, avec pour résultat que monsieur Tout-le-monde se retrouvait à rouler sur nos belles routes avec le cadre du sprinter Mario Cipollini! Pas étonnant qu’on avait franchement l’impression de se faire brasser…

Aujourd’hui, Cannondale a évidemment pris le virage carbone. Le fabricant produit encore de vraies bombes faites pour les professionnels, mais grâce à ce matériau, combiné à une demande croissante pour des vélos moins exigeants, il propose depuis quelques années une gamme de cadres à classer dans la catégorie des routiers confort. Les Synapse se déclinent avec un cadre d’aluminium ou de carbone, mais c’est avec ce dernier matériau que le choix est le plus vaste: sept modèles Carbon, dont trois en version féminine et trois en version Hi-MOD, le très haut de gamme.

Le Carbon 5 testé est donc un carbone dit monocoque, avec fourche entièrement en carbone elle aussi. D’entrée, on constate la finition exemplaire du cadre. Aucune gêne à proposer ce cadre en version beaucoup plus coûteuse avec des composants plus haut de gamme. L’esthétique est aussi très réussie, les tubes prennent différentes formes et dimensions, mais le tout est adouci et harmonisé grâce au bleu profond sur fond blanc qu’on retrouve à l’avant du vélo et qui disparaît graduellement vers l’arrière. Ce bleu, presque noir en fait, permet aussi d’intégrer à l’ensemble les différents composants, comme le poste de conduite et la tige de selle, qui sont noirs comme toujours.

Les tubes du triangle avant sont assez massifs, sauf la partie arrière du tube supérieur qui s’affine vers le tube de selle, lequel s’amincit aussi vers la jonction avec la boîte de pédalier. La fourche prend une forme très particulière: costaude en haut et toute fine en bas. À l’arrière, on retrouve la forme classique de sablier pour les haubans, une marque de commerce de Cannondale. Les bases sont aplaties horizontalement au centre, ce qui devrait augmenter le confort vertical. Mais avec le carbone, on n’est sûr de rien avant d’avoir essayé!

Pour ce qui est des composants, on n’a pas pris de risques, tout est de bonne facture pour la gamme de prix: l’excellente transmission 105 de Shimano complété par un pédalier Gossamer compact au standard BB30 (une invention de Cannondale) signé FSA, et les freins par des Tektro, comme c’est assez souvent le cas dans cette fourchette de prix. Très belle tige de selle aéro et potence d’aluminium maison, cintre Control Tech et selle Prologo complètent le tableau. Le fabricant est allé dans l’entrée de gamme pour les roues: des RS10 de Shimano montées avec des Zaffiro Pro de Vittoria. Correct. Le poids de l’ensemble atteint 8,3 kg, sans pédales; pas mal compte tenu des composants choisis et surtout des roues. Le cadre doit être très léger.

Une fois en selle, on se trouve dans une position qui ne semble pas aussi relevée que celle que procurent d’autres vélos de cette catégorie; il faut laisser quelques entretoises sous la potence si une position un tant soit peu haute est recherchée,
Une fois en route, on s’attend avec appréhension à un confort spartiate, conforme aux rumeurs de rigidité des vélos Cannondale; c’est tout le contraire qu’on découvre avec cet ensemble cadre et fourche résolument confortable! En fait, un des plus confortables parmi ceux qu’on a essayés. Voilà un vélo qui permet de rouler sur les routes du Québec sans trop en subir les affres. Les vibrations sont parfaitement filtrées et les chocs, même assez forts, sont très bien absorbés (mais sans mollesse) par le cadre. Vraiment étonnant. La selle participe aussi au confort, mais elle se révèle quand même un peu flexible. La direction est excellente pour un usage cyclosportif, c’est-à-dire stable avec un soupçon de nervosité, mais nos amis coursiers l’ont jugée un peu trop lourde à leur goût. La rigidité latérale de l’ensemble est amplement suffisante, juste assez pour n’être pas trop pénalisante quand la fatigue arrive.

Les montées, en position assise ou en danseuse, sont assez faciles malgré la forme moyenne des testeurs à ce moment de la saison; encore un signe que la rigidité est bien dosée. Quant aux descentes, elles sont sécurisantes grâce à la direction et aux mouvements du cadre bien maîtrisés. Pour arrêter en bas de la côte, les freins Tektro jouent assez bien leur rôle. Cela pourrait être un petit peu plus puissant, mais c’est suffisant. Et comme les patins sont à cartouche, vous pourrez faire des essais si vous espérez mieux.

Il n’y a qu’à haute vitesse que ce tableau idyllique est un peu terni; en effet, à mesure qu’on s’approche des 40 km/h, le confort se dégrade rapidement. Au lieu de survoler les obstacles comme c’est généralement le cas avec d’autres machines, l’avant du vélo n’est plus en mesure d’absorber les chocs comme il le faisait à des vitesses plus raisonnables. Des roues à jantes plates, donc plus souples verticalement, viennent en grande partie corriger la chose. On peut conclure que la relative rigidité verticale des RS10 de Shimano, combinée à une masse et à une inertie assez importantes, vient surcharger le cadre à rythme élevé.

En résumé, pour 2549 $, vous aurez un vélo grand confort, aux propriétés qui séduiront la majorité des utilisateurs, du sportif qui préfère les sorties courtes et nerveuses au rouleur de longues distances. Vous profiterez d’une bonne sélection de périphériques à la fiabilité éprouvée et d’une transmission 105 qui a peu à envier aux gammes supérieures. Surtout, vous pourrez rouler sur un superbe ensemble cadre et fourche à la finition exemplaire, digne des vélos bien plus chers. Mais comme toujours dans cette gamme de prix, les économies auront été faites au détriment des roues. Malheureusement, la perfection, ça se paye…


Rocky Mountain Prestige 30 CR 1999 $
Du solide!

Rocky Mountain, le fabricant à la feuille d’érable de Colombie-Britannique, a une réputation bien établie en vélo de montagne. Depuis quelques années cependant, il élargit sa gamme en proposant des vélos capables de chatouiller le bitume. Après avoir testé un modèle 2008, on a goûté au carbone l’automne dernier en testant le Prestige 30 CR.

La gamme de route de Rocky Mountain se compose cette année de 11 modèles et montages, en carbone, en aluminium avec l’arrière en carbone et tout en aluminium (plus un très beau CLM et trois cyclocross). Le modèle phare, soit le Solo Team RSL à 5500 $, peut se targuer de jouer dans la cour des grands. Quant au Prestige 30 CR testé ici, il est le deuxième moins cher de la gamme tout carbone.

L’allure générale de ce Prestige 30 CR est sobre, sans couleurs clinquantes: du rouge à l’arrière et sur la fourche, du noir, qui dévoile la fibre de carbone sous certains angles, le tout agrémenté d’un peu de blanc. Fourche et triangle avant sont de tubulure assez massive, sans que l’ensemble ait l’air trop lourd. Notons la légère cambrure du tube horizontal qui participe à alléger le coup d’œil. À l’arrière, bases et haubans sont étonnamment costauds, à l’inverse de la tendance actuelle. Les haubans, légèrement courbés, offrent une continuité avec le tube horizontal. La finition est bonne pour la gamme de prix.

Le cadre, tout carbone (monocoque, selon Rocky Mountain), est offert en six tailles (très bon) et il est jumelé à une fourche du même matériau, mais à pivot d’aluminium. Un cadre tout carbone à 2000 $, c’est un tour de force! Le fabricant a dû couper de façon draconienne sur les composants, peut-on penser. Eh bien non! Les gens de Rocky Mountain ont fait des efforts là où ça compte.

Première surprise: du 105 de Shimano pour les leviers et les dérailleurs. Quand même. Signé FSA, le pédalier Omega compact de premier prix jure un peu avec le 105, mais le mariage devrait aller. Du FSA en aluminium pour la potence et le guidon; ce dernier est intéressant par sa forme compacte et sa section aplatie en position mains hautes. La selle, de marque maison, est assez ferme mais tout de même confortable. Pour les freins, du Tektro, comme la majorité des vélos dans cette fourchette de prix. Ils sont ici à patins moulés, ce qui n’annonce pas un freinage à tout casser… Pour les roues, vous vous doutez bien qu’il n’y a pas de miracle: des Shimano (tout de même), mais en version R500A, tout en bas de l’échelle. Tout ça mis ensemble pèse 9 kg (en taille 54, sans pédales), ce qui en fait un vélo assez lourd, surtout qu’on a ici un cadre de carbone.

Quant à la géométrie, les cotes oscillent entre routier confort et vélo plus typé course; les bases sont relativement longues, l’empattement n’est pas des plus courts, le tube de direction est juste un peu plus long que celui d’un coursier pur, et ainsi de suite pour chacune des dimensions. Une sorte d’hybride, quoi. L’essai nous en dira plus.

Sur la route, la première impression est que le confort est un tantinet «viril»! Ça cogne dur et sèchement sur les moyennes et grosses imperfections de la route. On sent bien un peu d’amortissement, mais c’est insuffisant pour assurer un minimum de confort. Cette «virilité» s’exprime tout aussi bien devant que derrière; un de nos essayeurs a même expérimenté quelques sautillements de la roue. Pour ce qui est des vibrations, c’est par contre beaucoup mieux, si bien qu’on goûte ici à un des avantages du carbone par rapport à l’alu. On est quand même en présence d’un vélo assez raide.
En dépit de ce relatif inconfort, le comportement de la machine est très agréable pour ceux qui veulent s’amuser. La direction n’est pas trop lourde et permet de rapides changements de trajectoire. La stabilité est bonne à toutes les vitesses et le vélo dégage une rassurante impression de grande solidité, bien agréable dans les descentes, puisqu’on n’a jamais peur que quelque chose lâche!
Les accélérations demandent de bonnes jambes, mais il est quand même possible de se faire plaisir avec des puissances raisonnables. Étonnamment, le poids important ne se fait pas trop sentir, sauf en montée bien sûr: la rigidité vous demandera un effort supplémentaire pour atteindre les sommets en tête de peloton. Mais la transmission 50/34 à l’avant et 12/27 à l’arrière ne vous laissera pas tomber, même dans les bons pourcentages, pour peu que vous ne vouliez pas faire un temps record. En danseuse, vous balancerez facilement l’engin pour vous donner un peu de rebond.

Bref, un comportement général un peu sec, mais qui permet à ceux qui aiment les sorties plus sportives de s’amuser. Tiens, ce Prestige irait bien à un amateur de vélo de montagne qui veut faire de la route. Et si en plus son vélo de montagne est un Rocky Mountain...

On sait bien que dans cette fourchette de prix, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Les cadres de carbone qui peuvent revendiquer un excellent rapport poids-rigidité-rendement-confort se payent à gros prix. On ne peut que louer ici les efforts de Rocky Mountain de rendre ce matériau plus accessible avec un équipement tout à fait convenable. Il s’agit de savoir que le confort sera un peu en retrait, mais heureusement pas le côté ludique de la bête!





Luc Belley

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