Des hauts et des bas


par François Parisien - 27/10/2009

C’est avec un sentiment partagé que je termine la série d’importants rendez-vous sur lesquels j’avais mis tant d’espoirs. Depuis plusieurs mois, jeme préparais pour ces courses avec l’idée de décrocher quelques bons résultats. Je me sentais bien, confiant, fort, j’avais bien travaillé, fait tout ce qui était nécessaire... Justement, probablement trop fait.

La classique Philadelphia International est la course d’un jour la plus importante en Amérique en ce qui concerne les retombées médiatiques. Plusieurs équipes d’Europe se rendent à Philadelphie pour y participer. Inutile de vous dire à quel point ma formation, Planet Energy, avaitmisé sur cette épreuve. Une course unique avec au menu un éreintant parcours de 265 kmqui favorise les sprinteurs dans une arrivée massive à plus de 65 km/h. Nous avions donc fait converger tous nos efforts vers notre sprinteur Keven Lacombe, qui était cette journée-là le capitaine de route désigné.

Après un intense parcours de plus de 6 heures par un temps lourd, nous approchions la marque des 10 km à faire avec un peloton groupé. Comme prévu, le sprint désignerait le vainqueur. Étant encore à ce moment cinq coéquipiers présents sur huit et la seule écurie en si grand nombre, nous étions en bonne position pour lancer Keven le plus vite possible vers la ligne d’arrivée saturée de caméramans et de photographes. Avec 3 kmà faire, nous avons démarré notre accélération l’un après l’autre, dépassant les équipes du ProTour à l’avant du peloton et du même coup positionnant notre sprinteur à la perfection. Au terme d’un sprint chaotique, Keven a franchi la ligne en sixième position, après avoir dominé jusque dans les derniers 25 m. Avec cette victoire frôlée de si près, nous en avons surpris plus d’un cette journée-là! Le soirmême, nous étions
TROIS JOURS PLUS TARD, JE ME SOUMETTAIS À DES PRISES DE SANG. LES RÉSULTATS SONT SORTIS : JE FAISAIS DE L’ANÉMIE.
tous dans l’avion avec le sourire, direction Toronto, puis Québec, avant d’être conduits jusqu’à l’hôtel du Tour de Beauce dont le départ était donné 24 heures plus tard.

En ce qui me concerne, c’est ici que les choses se gâtent... J’avais de grandes aspirations pour cette épreuve UCI qui se déroule littéralement dans ma cour arrière. Peu importe la façon dont la course allait se développer, je me voyais sur le podium final. Cependant, dès les premières minutes, j’ai su que quelque chose n’allait pas. Alors que les années précédentes j’étais capable de jouer la victoire à presque chaque étape, cette fois je me faisais éjecter du peloton, encore et encore, me débattant avec mon vélo et ma conscience pour, chaque fois, revenir in extremis dans le groupe.

Au cours de cette première étape, décisive pour le classement général, j’ai été contraint de jouer les spectateurs et de regarder partir tranquillement, malgré moi, l’échappée finale. Par la suite, moralement abattu, j’ai essayé tant bien que mal d’aider mes coéquipiers mais, franchement, c’était plutôt eux quim’appuyaient dans les montées etm’encourageaient à pousser sur les pédales pour que je puisse finir avec le peloton. Jour après jour, mes roues devenaient de plus en plus carrées et mon coup de pédale saccadé était de moins en moins ergonomique ; j’étais en mode survie. Lors de la dernière épreuve de cette course de six jours,mon corpsm’a obligé à abandonner, incapable de suivre la cadence, le tout devant ma famille et mes amis.

Trois jours plus tard, je me soumettais à des prises de sang dans l’espoir de trouver le problème. Les résultats sont sortis : je faisais de l’anémie. Tout de suite, j’ai informé mes employeurs et je suis entré en contact avec Martin Gilbert, qui fait actuellement ses études pour devenir pharmacien. Les Championnats canadiens se déroulaient 15 jours plus tard, et nous avons tous pensé qu’avec un supplément de fer et du repos j’allais pouvoir y participer sans trop de problèmes. Effectivement, j’y ai participé, mais ça s’arrête là! Après deux heures de course, je me faisais complètement éjecter sous la pression de mes propres coéquipiers qui alors travaillaient durement pour ramener l’échappée victorieuse. Seule consolation : j’ai pu regarder des gradins l’excitante arrivée de Guillaume Boivin, nouveau champion canadien, et de mes coéquipiers Andrew Hunt et Ryan Roth, qui ont tous les deux fini au troisième rang dans leurs catégories respectives, espoir et élite.

Maintenant que je suis en mesure d’expliquer mes contre-performances grâce aux tests sanguins, une autre question me vient en tête. Qu’est-ce qui a causé cette anémie ? Difficile d’y répondre. Alimentation, perte de poids, charge d’entraînement, nombreux déplacements, stress... Possiblement un peu de tout ça. Une chose est sûre, le repos est de mise. Puis, quand tout sera revenu à la normale, je devrai recommencer à me préparer pour les courses de fin de saison. Si tout va bien, je participerai à la Classique Montréal- Québec, au Tour of Elk Grove, au critérium de Charlottesville et possiblement au Tour du Missouri. J’ai bon espoir que la forme soit au rendez-vous.
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