Devinci Silverstone SL4 et Opus Vivace
par Par Luc Belley - 18/10/2010
Silverstone SL4, de Devinci
Pourquoi pas de l’alu?
Nos amis du Saguenay nous font essayer une machine faite dans le matériau avec lequel ils ont acquis leurs lettres de noblesse: l’aluminium. Oui, l’aluminium résiste à l’hégémonie du carbone. Toujours prédominant dans le vélo de moins de 2000 $, ce matériau conserve ses atouts qui en faisaient une vedette au milieu des années 90: relative facilité à travailler, coût raisonnable et légèreté par rapport à son concurrent du moment, l’acier.On a beaucoup reproché aux cadres en alu leur trop grande rigidité. Effectivement, un cadre bas de gamme fait dans la seule optique que «ça ne casse pas» sera toujours très raide et inconfortable. Pourtant, avec des alliages de qualité, des épaisseurs de tube variables pour avoir de la matière là où il faut et une géométrie adaptée, on peut atteindre un degré de confort tout à fait acceptable… et souvent bien meilleur que celui que procurent plusieurs vélos de carbone d’entrée de gamme.
Le Silverstone SL4 est un très beau vélo au look résolument moderne. Le procédé d’hydroformage des tubes permet de leur donner des formes plus originales et plus travaillées que la classique forme ronde. On fait donc ici confiance à 100 % à l’alu (du 6061-T6) pour le cadre, incluant le triangle arrière. Le carbone ne s’invite que pour la fourche. Saluons aussi le choix des couleurs (jaune et graphite), qui a fait l’unanimité par sa sobriété et sa classe. Un petit bémol : l’éventail de seulement cinq tailles sera un peu juste pour positionner adéquatement tous les cyclistes, surtout quand on considère que la fabrication des cadres en alu offre plus de marge de manœuvre à ce niveau que le carbone. Quant au passage des câbles à l’intérieur du tube diagonal, il est assez surprenant pour un cadre métallique, mais on aime ça, pour l’esthétique et la maniabilité du vélo quand il s’agit de le ranger.
Le triangle arrière comporte des bases aplaties latéralement et des haubans cintrés, en forme de sablier. Détail intéressant: des œillets pour fixer un porte-bagages sont discrètement cachés sous des capuchons de plastique. Pas de risque que vos copains coursiers découvrent vos envies de faire du cyclotourisme…La fourche maison 100 % carbone est plus originale. En effet, les fourreaux sont très larges latéralement et très fins vus de front. En section, ils sont franchement triangulaires. La quantité de matière première est tellement optimisée qu’on peut écraser légèrement les fourreaux juste par la force des doigts!
Pour ce qui est des composants, on est fort bien servi: du 105 de Shimano pour la majorité de la transmission, sauf le pédalier, un hors groupe R600 de Shimano, en compact 50/34 (ma foi, il n’a pas grand-chose à envier au 105). Belle surprise à l’arrière avec un dérailleur Ultegra. Le freinage est confié à Tektro, qui semble incontournable dans cette gamme de prix. Guidon et potence sont en alu, de marque maison V2, et une autre petite surprise: la tige de selle en carbone, toujours de marque V2, comme la selle (aux couleurs assorties au cadre!). Les roues sont un montage maison: de basiques jantes CXP-22 de Mavic pour 32 rayons, mais avec un moyeu 105, ce qui est très bien.
À la pesée, on enregistre sans surprise 9,25 kg (taille large, sans pédales). Fallait s’y attendre compte tenu des composants, surtout les roues.
Aux premiers tours de roues, on sert les dents: attention, on va se faire brasser par cet alu! Tiens, pas si mal... En fait, pas mal du tout! Vraiment, tout se passe en souplesse, les aspérités de la route sont étonnamment bien absorbées et les vibrations, bien que présentes, sont tout à fait tolérables. Le Silverstone est une machine confortable, ce qui est d’autant plus méritoire qu’une des fonctions de la bête est de rouler fort. Une bonne part du crédit revient à l’ensemble cadre et fourche, mais je suspecte un peu de souplesse verticale au niveau des roues. De fait, un manque de tension des rayons est noté, au point qu’un rayon s’est même dévissé de la jante après quelques dizaines de kilomètres. Hum, problèmes de montage de roues. Devinci est au fait de la situation et a réglé le problème. Mais il se peut que quelques vélos chez les détaillants en soient encore affecté; renseignez-vous lors d'un éventuel achat et en cas de problème, Devinci remontera les roues complètement (sans frais bien sûr).
Bon, une fois les rayons bien raides, on perd un peu de capacité d’absorption des chocs et des vibrations, mais à peine; on est toujours bien protégé des agressions du bitume. La rigidité latérale est elle aussi bien présente, étonnamment sans trop d’effets sur le confort. En montée, c’est assez agréable malgré le poids, car la relative souplesse des roues a ce petit effet de rebond qui donne au cycliste l’impression de moins forcer. Le rendement est en baisse, mais la montée semble moins difficile. La stabilité en descente est sans reproche et le freinage est comparable à celui des autres vélos équipés en Tektro.
Du côté de la fourche, malgré certaines appréhensions attribuables à l’apparente fragilité, on a eu droit à un comportement exemplaire: solide et rigide dans tous les sens et minimisant la quantité de vibrations qui atteignent le cintre.Allez, on se réconcilie avec l’alu! Le Silverstone est un vélo vraiment intéressant pour seulement 1600 $; comme on ne grève pas son budget, on peut bien s’offrir une nouvelle paire de roues.
Vivace d’Opus
Haute couture
Opus est présent pour toutes les pratiques du vélo: route, montagne, ville, enfants, etc. Sa gamme de vélos de route se compose de 13 modèles, dont 5 sont dédiés à la compétition ou à la pratique (très) sérieuse. À près de 8000 $, le Vivace est la crème de la crème d’Opus.Le cadre est présenté comme un «monocoque» de carbone, avec une fourche 100 % du même matériau. Six tailles sont proposées. Du point de vue esthétique, rien de super original, mais tout de même un superbe vélo! Le cadre est blanc et noir avec une légère couche de peinture pour le blanc et un vernis laissant transparaître la fibre de carbone pour le noir. Petite remarque: la couche de blanc est tellement mince qu’on peut voir apparaître la fibre de carbone à certains endroits. Quelques grammes de peinture de plus seraient requis pour une finition parfaite.
La forme des tubes est assez convenue compte tenu des possibilités qu’offre le carbone. Rien de très extravagant de ce côté, mais il faut souligner un méga tube diagonal, un très léger sloping, des haubans plus larges vis-à-vis des roues et en forme de sablier (ça devient très populaire!) et de costaudes bases. Enfin, le tube de direction conique est plus court que ce qu’on voit régulièrement sur des vélos plus typés «confort».
Dans le rayon des composants, on est gâté! Tout d’abord, la transmission au complet est assurée par le groupe Dura-Ace de Shimano. On apprécie particulièrement l’excellent pédalier (en format standard 53-39), fiable et super rigide. Le poste de conduite en carbone est signé Easton, de forme aéro pour le cintre; c’est de l’alu pour la potence (pour qu’elle soit blanche?). Du carbone d’Easton aussi pour la tige de selle, qui supporte une Aspide de San Marco, minimaliste mais offrant un confort acceptable. Les pneus sont des Open Corsa Evo CX de Vittoria, dérivés directement du célèbre boyau éponyme. Et les roues! Elles ont beaucoup fait parler nos testeurs, ces Cosmic Carbone SL de Mavic! D’abord, elles conviennent très bien au look course de ce vélo, mais il faut savoir que ces Cosmic Carbone sont sur le marché depuis une quinzaine d’années. Il s’agit d’une jante en alu avec rayons d’acier, à laquelle on a ajouté un flasque en carbone. Robustes et fiables, elles offrent une surface de freinage en alu efficace et leur entretien (dévoilage) est aisé. C’est quand on les pèse qu’on déchante: à 1800 g la paire, leur poids se compare aux RS20 de Shimano ou aux Aksium de Mavic. Autre détail du cadre qui agace: le bout de la base laisse difficilement passer l’attache rapide de la roue arrière, si bien qu’on doit «taper» sur la roue pour l’enlever. Pas moyen d’enlever 2 mm de matière? Enfin, malgré le poids des roues, l’engin ne fait que 7,22 kg (taille large, sans pédales), du très léger!
En selle, maintenant! La prise en main est immédiate et le comportement du vélo est prévisible après seulement quelques tours de roues. La position est parfaite: assez agressive sans causer d’inconfort, poids parfaitement distribué sur l’avant et l’arrière. La position mains hautes sur le cintre est bien, mais c’est vraiment les mains en bas qu’on profite le mieux de l’engin: sa forme compacte aide à prendre une position d’attaque sans qu’on soit trop couché. Les grandes portions droites sont un régal; d’ailleurs, si vous roulez sur de l’asphalte acceptable, vous entendrez un sifflement des pneus qui ressemble à s’y méprendre au son d’un boyau ! La descendance boyau des Vittoria y est sûrement pour quelque chose, amplifié un peu par la roue à flasque de carbone.C’est surprenant comme ce vélo nous fait aller vite! On a constamment envie de pousser. Anecdote: un de nos testeurs était absolument convaincu que la transmission était une compacte tellement il lui était facile de pousser sur la «plaque»!
Et si le bitume est dégradé, pas de problème. Malgré des roues pour lesquelles la fonction confort est secondaire, le degré d’absorption des chocs et des vibrations est étonnant. Attention, on n’est pas ici dans la guimauve: le cadre laisse ressentir la route, mais jamais de façon trop violente. Quelles que soient la qualité de la route ou la vitesse, aucun choc ne semble assez fort pour déstabiliser le vélo. Bref, on jouit d’un excellent équilibre entre le confort général et les sensations que procure la route, tout en ayant amplement de rigidité pour transmettre toute sa puissance.
La direction offre un excellent dosage entre nervosité et stabilité, sauf lors d’un critérium au cours duquel notre coursier-testeur l’aurait préférée plus vive. Grand contrôle aussi en descente rapide, car la stabilité est impressionnante et la direction imperturbable, ce qui est vraiment rassurant. Et en arrivant en bas de la côte, on réalise que les freins Dura-Ace sont une référence; extrêmement puissants avec un dosage quasi parfait. Pour finir, une petite montée: la grimpe est agréable malgré une rigidité importante, le poids plus que raisonnable de l’ensemble rendant l’exercice facile. Mais on ne peut que penser aux sensations qu’on aurait avec des roues de 400 g de moins...
En résumé, ce Vivace de carbone, bien fait et bien pensé, est à la fois léger, rigide, confortable et esthétiquement réussi. Il pourra convenir aussi bien au cyclosportif qu’au coureur passionné. Mais offre-t-il un bon rapport qualité-prix? Quand on est à l’étape de sa vie où on allonge près de 8000 $ pour un vélo, seule la passion compte. Et si vous avez le coup de foudre pour le Vivace, celui-ci vous le rendra bien.Luc Belley
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