Hawaii: éruption volcanique
par Par Patrice Francoeur - 16/02/2010
Je n’avais jamais mis les pieds ici, mais j’en rêvais depuis longtemps. L’île de Kona, c’est mythique pour un triathlonien comme moi. C’est ici que se déroule, depuis plus de 30 ans, le championnat de triathlon distance Ironman, soit 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,195 km de course à pied. En raison de son immense popularité, s’y qualifier relève désormais de l’exploit. D’ailleurs, les seuls cyclistes que nous rencontrerons durant ce périple de 15 jours sont des athlètes (de tous niveaux) à l’entraînement sur la légendaire Queen Ka’ahumanu.

Queen Kaahumanu, c’est cette autoroute qui longe une partie de la côte ouest de l’île. Récemment rénovée, elle compte deux voies dans chaque direction et, de chaque côté, un accotement aussi large et aussi bien bitumé que l’autoroute qu’il longe. Oui, la circulation y est dense, mais ce copieux accotement permet de circuler de façon sécuritaire. D’ailleurs, la plupart des routes qui ceinturent la côte de Big Island sont assez fréquentées, ce qui n’est pas le cas quand on s’enfonce dans les terres où les routes secondaires et les chemins sont exceptionnellement paisibles. Par contre, paisible n’est pas le mot pour désigner l’activité volcanique d’Hawaii: les volcans sont ici les rois du monde.
Sylvie descend de sa monture et se dirige quasi solennellement vers le champ de lave. Elle adore rouler sur son tout nouveau RS de Cervélo, elle s’est jointe à nous par passion pour les voyages à vélo, mais comme elle est géologue de formation, Hawaii l’interpelle d’autant plus. «Pas volcanologue!» nous répète-t-elle. Le géologue étudie l’origine de la Terre, son histoire, les matériaux qui la composent; le volcanologue se spécialise dans l’étude des volcans. N’empêche, elle est pour nous, néophytes, une source intarissable de connaissances.
C’est la première fois de sa vie que Sylvie se tient si près d’un champ de lave. Recueillement. Nous sommes tous là, tenant notre vélo d’une main, en silence, attendant qu’elle partage son savoir avec nous. «La Terre est recouverte de plaques tectoniques qui se déplacent indépendamment les unes des autres. Une de ces plaques, la plaque du Pacifique, a le malheur de passer au-dessus d’une forte source de chaleur appelée “point chaud”. La plaque se déplaçant à une vitesse frôlant les 7 cm par année, elle a le temps de se faire “percer” par cette source de chaleur, créant ainsi un volcan. C’est ainsi que sont nés les volcans d’Hawaii, engendrant chacune des îles de l’archipel. Les volcans sont tous alignés les uns à côté des autres, suivant la direction de la plaque du Pacifique: les plus anciens sont à l’ouest et inactifs (parce qu’ils ont dépassé la source de chaleur), alors que les plus jeunes sont à l’est et toujours actifs.» Elle se penche et caresse la lave qui l’entoure.
De ce chapelet de volcans monumentaux nés dans les profondeurs du Pacifique, c’est le Mauna Kea qui culmine avec son cône de cendres Pu’u Wekiu à 4205 m. Si on quitte la côte, il faut s’attendre à du relief, ce n’est jamais plat, un beau défi pour une poignée de cyclistes québécois engourdis par un long hiver enneigé.
SADDLE ROAD
La route 200, mieux connue ici sous le nom de Saddle Road, est considérée comme une des routes goudronnées les plus dangereuses de l’État. Elle comporte plusieurs ponts étroits à une voie et son bitume n’est pas toujours de qualité. Elle est aussi sujette au brouillard. La plupart des agences de location de voitures interdisent d’ailleurs à leurs clients de l’emprunter. Vous me voyez venir? Un pur bonheur! Pratiquement pas d’automobiles, un revêtement de qualité fort acceptable finalement, surtout si on l’emprunte de Hilo jusqu’à son sommet et qu’on revient sur ses pas (ses roues, plutôt!). Par contre, sur l’autre versant, la qualité de l’asphalte peut rappeler les routes du Québec.
Du brouillard? Pas la moindre trace, du moins la journée où nous y avons roulé. Une montée incessante de 2021 m dans des conditions idéales. Elle offre cependant très peu de répit. Accessible à tous les cyclistes en bonne forme physique, cette montée est peu technique en raison de son petit nombre de virages. À notre départ de Hilo le matin, le mercure avoisinait les 25 degrés; au sommet, il faisait à peine 10 degrés. Les plus prudents avaient prévu le coup en apportant des vêtements chauds. Pas moi. Je ne m’attarde donc pas, je fais demi-tour et amorce la descente. Enivrant. Ai-je rencontré une seule voiture lors de cette descente? Pas sûr. Le lendemain, quelques-uns des cyclistes qui m’accompagnent graviront la Saddle Road par son autre versant, ils en reviendront déçus par la mauvaise qualité de la chaussée. Moi, je suis revenu à Hilo pour y courir le marathon.
DANS LES TERRES
Entrer dans les terres, c’est comme changer d’île: on quitte la côte et son océan, l’agitation de ses lieux touristiques, pour s’enfoncer dans ses vallées. Des chevaux sauvages errent dans la vallée tandis que nous roulons paisiblement. Nous avons le champ libre, les conditions de la route sont exceptionnelles avec un bitume d’une qualité irréprochable, le parcours est roulant. Du relief, mais pas trop. C’est différent de tout ce que nous avons vu jusqu’à présent à Hawaii. C’est quasiment l’Irlande, c’est vert, c’est paisible.
La suite du périple Hawaïen de Patrice Francoeur dans le Vélo Mag hiver 2009.
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