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Il danse sur son vélo

Le parcours de Jean-William Prévost est à l’image de sa discipline : décoiffant, hautement original et trop peu connu. À 30 ans, ce grand gamin de Kirkland, ville au sud-ouest de Montréal, se déplace bon an mal an dans une quinzaine de pays afin de pratiquer son art, le BMX flatland, ou sur sol plat.


Maxime Bilodeau - 30/09/2017


Au guidon de sa monture minimaliste, Jean-William Prévost enchaîne les spins, surfers et autres acrobaties, passant d’une position précaire à une autre tout en redéfinissant, au passage, la notion d’équilibre. Du véritable breakdance sur une ou deux roues qui
se pratique, comme son nom l’indique, sur un plancher droit, libre de toutes aspérités et qui « colle ».

Vous ignorez tout de ce sport ? Rassurez-vous : vous n’êtes pas le seul. Né dans les années 1970 en marge des pistes de BMX de course, le flat a tranquillement pris de l’essor avant de connaître son heure de gloire dans les années 1990. À cette époque, un flatlander pouvait mettre la main sur la coquette somme de 20 000 $ US s’il remportait une des nombreuses compétitions organisées alors aux États-Unis par les X Games, ces « Jeux olympiques » des sports étiquetés comme extrêmes.
« Moumounisation » des X Games oblige, le BMX sur sol plat a été délaissé en 2001, ce qui a sonné la fin de l’âge d’or de la discipline. Au grand dam de plusieurs. Mais pas de Jean-William, à qui le statut marginal du BMX flatland ne déplaît pas. « J’aime que ce soit un sport peu connu et peu commercial, où les athlètes se font encore juger sur l’originalité des styles et des trucs qu’ils développent. Le flat est à inventer. Il y a de la place pour l’innovation et la personnalité. Je peux m’exprimer, créer et me renouveler », dit-il à Vélo Mag.

Rebond du destin
L’histoire d’amour de Jean-William avec son sport commence lorsque, haut comme trois pommes, il visionne La gang des BMX (version française de BMX Bandits). Dans ce film australien des années 1980 mettant en vedette Nicole Kidman, trois adolescents contrecarrent les plans de dangereux bandits au guidon de leurs minivélos. Le jeune Prévost est impressionné par ces superhéros à pédales. « Je voulais leur ressembler », se souvient-il.

Il passe ensuite son enfance et son adolescence à pratiquer des prouesses hallucinantes sur son BMX, jusqu’à fusionner avec ce dernier. Même s’il est doué, rien ne le prédestine pourtant à faire le saut parmi les professionnels. En 2007, à l’âge tendre de 20 ans, il monte des vélos de 8 à 4 chez Outdoor Gear Canada, la compagnie mère d’Opus.

Puis il reçoit un courriel de Jason Plourde, un Québécois professionnel de BMX sur sol plat qui vit de son art à Shenzhen, dans le sud de la Chine. L’invitation qu’il fait à Jean-William s’apprête à changer le cours de la vie de ce dernier. « En gros, il me proposait d’aller me produire durant 11 mois dans le parc d’attractions où il travaillait», raconte-t-il. Globe-trotter dans l’âme – son père, François Prévost, a visité 118 pays en Westfalia et est l’un des fondateurs des Grands Explorateurs au Québec –, il n’hésite pas longuement et se lance.

Les premiers temps au pays de Mao sont cauchemardesques. Pendant les représentations, il touche constamment à terre, tombe et est incapable de finir ses enchaînements. « Avec le recul, je me rends compte que je n’étais pas au niveau, » croit-il. L’autre obstacle majeur auquel il se bute est celui de la langue. Ne connaissant pas le mandarin, il se sent plus que jamais isolé.

Après quatre ou cinq mois à n’aller nulle part, il décide de se « botter le cul » et de retourner sur les bancs d’école étudier le mandarin, considéré comme l’une des langues les plus difficiles à apprendre. Il progresse toutefois rapidement et, au bout de quelques semaines, le baragouine. Parallèlement, à force de pratique, son niveau de BMX s’améliore lui aussi significativement.

Ces deux expériences sont, selon lui, intimement liées : « Si j’ai bien appris quelque chose au cours de ce premier séjour en Chine, c’est que lorsqu’on accomplit quelque chose de vraiment difficile dans la vie, on n’a pas d’autre choix que d’élever son niveau de jeu dans toutes les sphères. » Outre le mandarin, qu’il parle couramment depuis, le Québécois maîtrise aussi trois autres langues.

Meilleur à venir
Passé professionnel du BMX sur sol plat en 2010, Jean-William participe à une douzaine de compétitions par année à travers le monde. Si quelques-unes se déroulent encore en Amérique du Nord, la majorité des événements ont aujourd’hui lieu en Asie. C’est d’ailleurs au Japon qu’on trouve le plus grand nombre d’adeptes de cette discipline : environ 3000, dont en grande partie des femmes. Tout le contraire du Québec, où le sport est pratiqué par « une trentaine de personnes ».

Pour tenter de publiciser son sport et  inspirer des jeunes à s’y adonner, Jean-William a organisé ces trois dernières années le Real City Spin, une compétition internationale qui s’est tenue au Taz, dans le quartier Saint-Michel, à Montréal. Malgré la présence d’athlètes de partout sur la planète en 2015 et 2016 – la compétition était alors une étape du Circuit mondial de BMX flatland –, le Real City Spin ne revient pas en 2017. « Les commanditaires n’étaient pas au rendez-vous ».

Peu importe, car cela lui laisse davantage de temps pour s’entraîner (de quatre à cinq heures par jour) et travailler à la conception d’accessoires (pédales, embouts, etc.)  de BMX sur sol plat par l’entremise de sa marque personnelle, igi BMX. Son but : repousser les limites de sa discipline. « Le flat est un sport dans lequel on se développe sur le tard, dans la trentaine, voire près de la quarantaine. C’est dans sa nature : chacun apprend et innove par lui-même, à force d’essais et d’erreurs », constate-t-il.

À 30 ans, le meilleur est donc  encore à venir pour Jean-William Prévost.   


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