Jet-set


par Mathieu Toulouse - 05/07/2007

Quand je dis ce que je fais comme travail, j’entends souvent le commentaire suivant : « Ça doit être vraiment super de voyager comme tu le fais et de visiter un paquet d’endroits ! » Je suis tout à fait d’accord avec la deuxième proposition ; avec la première, moins. Le jetset, ça paraît très bien dans les magazines et les conversations mondaines, sauf que depuis 2001, ce n’est pas toujours du gâteau. Je sais, le 11 septembre commence à avoir le dos large, mais dans le cas du transport aérien l’impact a été nettement négatif.

Pour survivre malgré des pertes de revenus importantes, les compagnies aériennes ont multiplié les compressions. Les vols sont beaucoup plus souvent annulés s’ils comportent trop de sièges libres et les horaires sont plus serrés, afin de limiter le temps que les avions passent au sol sans générer de revenus. Pour les passagers, ça se traduit par des pépins plus fréquents que jamais.

J’ai eu tellement de problèmes durant les deux derniers mois que je souffre présentement d’une écoeurite aiguë des aéroports. Tout a commencé à la fin d’avril à Phoenix, à la première manche de la NMBS (National Mountain Bike Series), nouveau nom de la série nationale de VTT aux États-Unis. J’ai été pris d’un petit mal du pays et j’ai décidé, sur un coup de tête, de rentrer au Québec. J’avais initialement prévu me rendre directement de l’Arizona à la Virginie, où je devais participer le week-end suivant au US Open avec EVADevinci, mon équipe de route. Mais j’avais le sentiment que trois journées à la maison me feraient du bien.

J’ai donc pris l’avion dès le lundi de Phoenix, m’imaginant quelques heures plus tard posant la tête sur MON oreiller, dans MON lit, dans MA chambre. À peine avions-nous pris place dans l’avion qu’on nous a annoncé une fuite du réservoir d’essence. La réparation a pris plus de deux heures. Du coup, j’ai manqué ma correspondance et j’ai été contraint de passer la nuit à Philadelphie, dans un hôtel crade, et de me lever à la première heure le lendemain pour prendre le premier vol pour Montréal. En arrivant à Montréal, pas de bagages. Perdus. Je ne les ai revus que la veille de mon départ pour la Virginie.

Parlons-en, de cette Virginie ! Le US Open, une belle course bien organisée, télévisée par NBC durant les heures de grande écoute, s’annonçait bien. Un parcours en ligne vallonné, suivi de plusieurs tours d’un circuit à Richmond comportant une difficile montée en pavés. En d’autres mots, une course qui s’annonçait longue et difficile, comme je les aime. C’était sans compter sur les caprices de Dame Nature, qui a eu la merveilleuse idée de nous envoyer, le jour de la course, la seule tempête de neige de 2007 à Richmond. Dans ces conditions plutôt misérables, l’épreuve s’est terminée, pour moi, par un bris de chaîne lors de la deuxième ascension des pavés.

Je reprenais l’avion le lendemain très tôt, puisque je devais filer vers Monterey, en Californie, pour participer à la Sea Otter Classic et à des activités promotionnelles avec Maxxis. Cette fois, c’est le pilote qui ne s’est pas présenté pour mon deuxième vol de la journée. J’ai donc manqué la correspondance pour mon troisième et dernier vol. Ce voyage, qui aurait pu prendre environ 6 heures, en a pris 17. Rendu à destination, je n’ai même pas été surpris de voir que mes bagages n’étaient pas sur le carrousel. J’allais faire un geste probablement regrettable lorsqu’un agent de l’aéroport a décidé de vérifier si mon bagage n’avait pas tout simplement été mis de côté par les manutentionnaires. Il l’a trouvé, ce qui m’a empêché de sortir de mes gonds.

Bien sûr, rien de mieux qu’une longue course dans la neige, suivie de 4 heures de sommeil et de 17 heures d’avion et d’aéroport pour récupérer. J’ai attrapé un rhume. On repassera pour les résultats à Sea Otter. Je rentrais ensuite à Montréal, et mon vol de retour s’est bien passé. Je ne peux pas en dire autant pour mes bagages. J’ai encore une fois dû attendre 48 heures avant de les recevoir.

Mon voyage suivant me menait au sud de la Californie. L’aller s’est très bien passé et ma première course aussi. J’ai terminé cinquième au cross-country de la deuxième manche de la NMBS à Santa Ynez. Le week-end suivant, nous avons mis le cap sur Fontana, en banlieue de Los Angeles, toujours pour une NMBS. Pour des raisons que je n’arrive pas à comprendre, j’ai livré une performance lamentable sur le vélo.

Mon retour au Québec a encore une fois été tumultueux. Mon itinéraire passait par Washington et le vol m’y menant a pris un peu de retard. Avec l’énergie du désespoir, j’ai traversé l’aéroport à la course et je suis arrivé à la porte d’embarquement alors qu’on s’apprêtait à la fermer. Les agents d’Air Canada m’ont avoué qu’ils avaient fait des prédictions quant à mes chances d’arriver à temps. Personne n’avait parié sur moi. Vous l’aurez deviné, je suis arrivé à Montréal à l’heure prévue, mais sans bagages. Au moment où j’écris ces lignes, j’attends encore une fois l’arrivée du commis du service de livraison avec mes bagages. « Tu es chanceux de voyager comme ça... »
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