La balade à P’tit Louis


par Jacques Sennéchael - 29/03/2010

Par respect pour la cité horlogère de La Chaux-de-Fonds, le train rentre en gare de la ville du Jura suisse pile à l’heure prévue. J’aimerais pourtant que le voyage en train se poursuive, histoire de profiter du paysage et de récupérer de la nuit passer dans l’avion. Ce ne sera pas le cas, P’tit Louis m’attend sur son vélo de montagne pour un tumultueux périple dans son Jura.
 
Le juras en vélo de montagne

Que les choses soient claires: il n’y pas grand-chose de plat dans le Jura. Si les sommets ne chatouillent pas la hauteur des Alpes voisines, il n’en demeure pas moins qu’ils sont taillés pour faire travailler le mollet. En bon Suisse qu’il est, P’tit Louis veut mettre tout de suite la pendule à l’heure: ça va grimper. En quittant La Chaux-de-Fonds à 1000 m d’altitude, nous montons d’entrée sur une petite route, puis nous empruntons un sentier jusqu’au sommet de Pouillerel, à 1275 m d’altitude. L’endroit est le lieu de villégiature des Chaux-de-Fonniers qui viennent ici admirer le panorama de 360 degrés sur le sommet dominant la petite ville. De la table d’orientation, on voit certes la France, la Suisse et leurs Alpes, ainsi que les trois grandes bernoises et les Dolomites.
 
Nous roulons dans de vastes pâturages à l’herbe grasse. Ici et là, quelques bouses ventrues signalent que les vaches, qui vivent ici en semi-liberté, sont les reines du lieu. En échange, elles vont produire un lait de grande qualité, parfait pour entrer dans la composition du si renommé chocolat suisse, sans oublier les fromages.
Le sentier de vélo de montagne est ici bien accepté. Comme le randonneur de passage qui, bien civilement, ouvre et ferme les barrières, le vététiste se faufile dans des passages étroits, à peine plus larges que le guidon, ou roule sur des grilles qui interdisent le passage des animaux.
 
L’itinéraire que nous empruntons fait partie du Super Tour Jura, un parcours de 220 km qui fait une boucle en partant de Neuchâtel. Pour s’y retrouver, il suffit de suivre la balise 56. Circuit sportif du fait de son relief, il offre une succession de pâturages et de forêts.

C’est d’ailleurs dans une forêt que nous traçons la route. À propos de la forêt, il y a plusieurs façons de l’exploiter sans y faire le vide, comme à la canadienne. Les Suisses ont incontestablement fait d’autres choix. Oui il y a coupe, mais les arbres immenses – principalement des résineux avec quelques feuillus – sont encore debout, et ce, depuis plusieurs siècles. La coupe sélective est ici de l’histoire ancienne…

À l’ombre de ces grands arbres, nous longeons en fait le Doubs, une rivière, frontière naturelle entre la France et la Suisse. La rivière a creusé son sillon dans le calcaire du massif du Jura. Contrairement aux Alpes voisines, la roche est ici calcaire, l’eau et les éléments ont sculpté des formes bizarres. Ici, la tête à Calvin; là, une grotte qui transperce la roche. La vue est réellement impressionnante sur cette rivière qui joue avec la montagne. Au Saut du Doubs, c’est l’abbé Simon, le curé du village de Saône, qui joue avec la rivière. Pour financer son église, il saute de la falaise dans la rivière. Avec ce saut de 35 m, il bat de quelques mètres la chute, qui se contente de dévaler 27 m.
 
Nous redescendons vers Le Locle sur une étrange route de pavés qui slalome entre les jardins. C’est le jour du marché, mais les spécialités locales seront pour plus tard. Nous nous arrêtons quand même à la fontaine de la Combe-Girard pour remplir nos bidons. Ces fontaines de pierre sont légion. Du robinet jamais fermé coule une eau claire et fraîche qui a le grand mérite d’être potable. Un vrai bonheur pour les cyclistes!

Le chemin qui sillonne le boisé de la Combe-Girard est large et recouvert de pierres. Dans l’ensemble, si ce n’est du relief et de quelques secteurs plus humides, les sentiers consacrés au vélo de montagne du Super Tour Jura ne présentent pas de grosses difficultés techniques.
 
Dans les pâturages du Grand Som Martel les vaches bloquent le sentier en laissant de profondes traces de sabot, histoire de nous rappeler qu’elles règnent sur le territoire. Le sentier reste roulant et il y a juste un dernier passage dans le bois avant notre arrêt au restaurant du Loup Blanc, à La Brévine. En terrain de connaissance, P’tit Louis demande si par hasard le cuisinier n’a pas quelque chose de copieux pour des cyclistes affamés. Je vous laisse imaginer le plat de chanterelles et les quelques steaks qui arrivent sur la table. Réconfortant.
 
Il fut un temps où les Suisses allaient chercher de l’alcool en France, où il était beaucoup moins cher. Il y a donc un chemin des douaniers qui facilitait la capture des contrebandiers. C’est ce sentier que nous empruntons à travers des pâturages et des boisés. Nous prenons ensuite une petite route – nous aurions préféré passer par la forêt voisine; en fait, nous passons de la vallée de La Brévine au Val-de-Travers. La prochaine étape sera le bord du lac de Neuchâtel.

En attendant, la source de l’Areuse est un endroit parfait pour faire un pique-nique. Les enfants d’une classe du primaire y font leurs premières armes en dessinant le paysage. Un endroit bucolique à souhait.
 
Avant de nous diriger vers la petite ville de Môtiers, lieu de naissance de Jean-Jacques Rousseau, nous devons absolument descendre vers la chute qui porte son nom et où il y avait ses habitudes. La descente est aussi tortueuse que l’esprit du célèbre botaniste et philosophe. Couvet est ensuite à quelques tours de roue. Fin de la deuxième étape, c’est le temps de déguster une autre spécialité locale: l’absinthe ou fée verte. Connu pour ses vertus aphrodisiaques et stimulantes pour la créativité, l’alcool d’absinthe s’obtient en distillant six plantes: la grande et petite absinthe, l’anis vert, l’hysope, le fenouil et la mélisse. Certains y ajoutent de la coriandre ou de la menthe. Il connaît un vif succès au XIXe siècle auprès des poètes et des artistes, comme Rimbaud, Baudelaire, Toulouse-Lautrec, Van Gogh. En 1910, l’absinthe est interdite sous prétexte qu’elle rend fou, aveugle, et qu’elle provoque des convulsions. Elle est finalement réhabilitée en 2005. Elle développe peut-être la créativité, mais pas vraiment le coup de pédale…
 
Le Creux-du-Van
C’est une photo du Creux-du-Van qui m’a motivé à venir pédaler dans la région. Imaginez un cirque rocheux de près de 1500 m de large pour 150 m de haut. L’accumulation d’eau et les infiltrations ont provoqué des éboulis de forme circulaire. En pédalant sur le bord du Creux, vous dominez un accident géologique exceptionnel. Attention, cependant, à ne pas l’approcher de trop près.
 
Pour vous y rendre, vous devez tout simplement monter. Avant, vous longerez la rivière l’Areuse jusqu’à Noiraigue. Ensuite, il vous suffit de monter. Vous dégustez les douces prairies jurassiennes quand, tout à coup, elles s’interrompent pour plonger à pic dans la vallée. Les yeux grands ouverts, vous longez l’abîme en essayant d’imaginer ce qui a pu façonner un tel décor. Impressionnant! Les Alpes voisines n’ont qu’à bien se tenir!

Pour ma part, en redescendant, j’ai du mal à oublier le vaste panorama qui s’offrait à moi quelques minutes auparavant. Un arrêt à la Ferme du Soliat s’impose pour reprendre des forces. Ce restaurant d’alpage offre des plats tout ce qu’il y a de plus réconfortants .Une tartine de pain de campagne avec tranches de lard, œuf et fromage, le tout passé au four, se déguste sans l’ombre d’un regret. De toute façon, le reste du parcours se fait en descente en direction du lac de Neuchâtel. Nous allons longer son eau limpide pendant des kilomètres sur une belle piste cyclable. À tribord, le bleu du lac; à bâbord, les collines recouvertes de vignes. Un doux spectacle pour finir ce parcours de rêve dans la quiétude du Jura suisse.
 
Repères
Le parcours effectué s’est fait en 3 jours avec des étapes variant de 45 à 55 km.
-       La Chaux-de-Fonds – La Brévine: 55 km
-       La Brévine – Couvet: 40 km
-       Couvet – Neuchâtel: 50 km, en passant par le Creux-du-Van

À déguster:
- la boisson gazeuse Rivella, à base de plantes et de fruits, qui contient du lactosérum riche en oligoéléments;
- le champagne Mauler en s’arrêtant à la cave du Prieuré, à Môtiers;
- l’absinthe à Couvet.
 
SuisseMobile
C’est le réseau national suisse destiné à la mobilité douce qui comprend la randonnée pédestre, le vélo de montagne et de route, le canot et le patin à roues alignées, avec respectivement 6000, 3000, 8500, 400 et 1000 km au menu. Tous les partenaires concernés se sont réunis pour faciliter la mobilité dans le domaine du loisir et du tourisme. Cela se traduit par:
- un balisage uniforme;
- un choix d’itinéraires régionaux et nationaux;
- des complémentarités avec le transport public (train, bus, bateau);
- des infos sur l’hébergement, la location de voiture, les possibilités de transport de bagages, la location d’équipement, des propositions de parcours…

Ce bel outil pour organiser ses vacances a le grand mérite de tout centraliser dans son site, le www.suissemobile.ch.
Pour trouver le parcours que nous avons fait, il faut aller dans l’itinéraire 56 Neuchâtel bike des parcours régionaux. Vous aurez ainsi toutes les informations pour réaliser ce périple.
Par Jacques Sennéchael

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