La pédale dans le tapis
par Gaétan Fontaine - 02/05/2011
Les cyclistes, partis de Victoriaville, le port d’attache du club, arrivent un peu dispersés, ce qui me donne la chance d’en rencontrer plusieurs individuellement. Les poignées de main s’échangent et les propos gentils se multiplient. Quand la belle cohorte sur deux roues est finalement rassemblée, je l’invite à s’aligner le long d’un vieux mur de pierres, histoire de figer ce moment sur pellicule «numérisée». La photo de groupe relevant maintenant du passé, nous enfourchons nos petites reines sous un soleil resplendissant. Nous entamons le parcours par une abrupte et courte descente tellement inclinée (plus de 20%...) qu’elle est même interdite aux poids lourds. Nous voilà propulsés comme des torpilles! À cette vitesse, nous rejoignons rapidement les basses terres qui se déploient à l’horizon. Une fois regroupé, tout le monde retrouve son rang. Le rythme est soutenu, et nous filons à vive allure avec l’aide d’un vent favorable.
Tout en pédalant, des membres du club m’informent de la visite récente dans la région de Patrice Francœur, l’athlétique directeur artistique de votre magazine préféré, venu y faire un reportage (voir p. 45). Information qui confirme mon impression: la région des Bois-Francs regorge de beaux paysages et de routes peu fréquentées qui se prêtent à merveille à la pratique du vélo. Et les membres de Cyclo Bois-Francs en sont bien conscients. Selon Renald Chabot, patron du club depuis cinq ans, son coin de pays offre une vaste palette d’itinéraires: «Victoriaville est très bien située, géographiquement parlant, pour le vélo de route. Elle est blottie au pied des Appalaches, ce qui nous donne la possibilité de rouler dans la plaine du Saint-Laurent sur des circuits très plats ou encore de nous colletailler à plus de relief dans les montagnes situées à proximité. Nous avons une quinzaine de trajets cartographiés pour nos sorties courantes. Le parcours classique, dans la région, pour qui veut fournir quelques efforts, est de remonter la tumultueuse rivière Bulstrode vers Saint-Fortunat (80 km pour l’aller-retour). Route tranquille, asphalte de velours et paysages bucoliques sont au menu.» Qu’ajouter de plus? Justement, nous sommes sur des routes paisibles au pied des collines qui s’évanouissent doucement dans la plaine. Paradisiaque!
Notre peloton, qui compte une trentaine de cyclistes (selon les échos de vestiaire, la visite de Vélo Mag aurait fouetté l’ardeur des troupes...), roule toujours à un tempo relativement élevé. Décidément, mes compagnons de route aiment bien pousser leurs limites. Ou les miennes? Heureusement, nous ralentissons un peu, ce qui me permet de piquer une jasette avec Christine Marcoux, une rouleuse naturelle qui tourne les jambes comme un moulin à café. Après avoir retrouvé un peu mon souffle, je lui demande à quand et dans quelles circonstances remontent ses débuts avec Cyclo Bois-Francs. «J’en suis à ma quatrième saison dans le club, date correspondant à mon retour de façon plus sérieuse au vélo. Je me suis mise à la retraite forcée avec la venue de mes enfants. Pendant une dizaine d’années, je n’ai pratiqué le vélo que de façon sporadique. Dès que mes enfants ont atteint une certaine autonomie, j’ai repris l’activité cycliste avec plus d’assiduité», me répond sans détour celle qui a retrouvé simultanément la passion et le coup de pédale. Plusieurs femmes rencontrées dans différents clubs ont vécu des expériences similaires à celle de Christine, mais aucun homme. Décidément...!
Nous prenons à droite le 2e Rang quand Renald vient à ma hauteur pour me prévenir des obstacles à venir: «Nous nous dirigeons vers Sainte-Sophie-d’Halifax, alors nous allons grimper dans les premiers contreforts appalachiens. L’allure de la randonnée va changer.» Chevauchant mon gros vélo de cyclotourisme chargé de mon attirail photographique, je risque d’en suer un coup… Je profite d’une dernière accalmie pour me refaire une santé qui, je dois l’avouer, fut légèrement perturbée la veille chez mes hôtes de Saint-Norbert…
Effectivement, ça monte, mais je réussis à rester en vie. J’utilise l’excuse du photographe pour mettre pied à terre, histoire de reprendre haleine tout en réalisant quelques clichés. Je termine la montée un peu dans le rouge, mais ouf! le plus dur est derrière nous. Encore un effort, puis nous voilà descendant à tombeau ouvert vers Sainte-Sophie-d’Halifax, un coquet et retiré village arrimé au piémont appalachien. Malheureusement, ce type de village se fait de plus en plus rare au Québec.
Nous savourons la beauté des lieux et prenons un peu de repos. Nous récupérons à proximité d’un grand troupeau de moutons à la vocalise bien assumée. Alors que nous discutons, quelques ovins manifestent un intérêt particulier pour le cycliste tout juste à mes côtés. Guy Cantin arbore un sourire permanent, et c’est sa scintillante dent en or qui attire leur attention. Avec le prix de l’or qui atteint des sommets stratosphériques, Guy devra surveiller sérieusement sa protégée aurifère...
Nous repartons les pattes moins lourdes. Nous déboulons dans une ultime et sèche descente. De retour au plat pays, l’occasion est belle de me joindre au groupe de tête, qui fend l’air à près de 35 km/h tout en se passant les relais. De vrais pros! Moi qui roule régulièrement avec des coureurs au circuit Gilles-Villeneuve sur l’île Notre-Dame, je dois avouer que les membres de ce club n’ont techniquement rien à leur envier. Selon Martin Brulé, pédaleur tout en puissance, aujourd’hui j’ai droit à une sortie plutôt rapide, mais ce n’est pas toujours ainsi: «Il y a tout de même des sorties moins véloces. Le club est divisé en cinq groupes. Nous les nommons tout simplement par la vitesse moyenne horaire de chacun, soit les 25, 28, 30, 32 et 34 km/h. Normalement, nous tentons de former des pelotons de 5 et de 10 cyclistes. S’il n’y a pas assez de participants dans l’un ou l’autre des groupes, nous en fusionnons deux et nous ajustons la vitesse en fonction du plus petit dénominateur.»
Arrivés à une ultime intersection, nous devons nous séparer. Je fais mes adieux à tout ce beau monde à l’exception de deux vaillants cyclistes qui prennent le même chemin que moi. Ça tombe bien, car un bon petit vent contraire nous souffle sur le museau. Je termine le voyage dans les roues de Pierre Lemieux, le seul 5-1-4 membre en règle du club, et de son copain Jean-Pierre, deux fous de bécane qui habitent à Saint-Fortunat pendant la période estivale et qui profitent de la belle saison pour se délier les jambes sur les multiples routes qui sillonnent la région. Ainsi se termine cette mémorable et stimulante escapade «clubiste» avec des cyclistes attentionnés et passionnés!
LE CLUB EN BREF
www.cycloboisfrancs.org
PRÉSIDENT Renald Chabot
FONDATION DU CLUB 1992
ENTRAÎNEUR aucun (à mon avis, ils n’en ont pas besoin…)
MEMBRES 96, de 24 à 69 ans, moyenne de 48 ans
RATIO HOMMES/FEMMES 31/65
SORTIES trois par semaine, les lundis, mercredis soir et samedis, et quelques sorties à l’extérieur de la région, généralement les dimanches
DESTINATIONS 15 parcours dans la région des Bois-Francs
DISTANCE entre 30 et 120 km
COÛT 25$
Gaétan Fontaine
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