Les premiers de classe
par Luc Belley et Jacques Sennéchael - 02/05/2011
L’un est un inconnu qui mérite le devant de la scène: Stevens est un manufacturier allemand qui se distingue par la qualité de sa fabrication, et le Xenon en est un nerveux mais digne représentant. L’autre est bien connu puisqu’il s’agit de Devinci, un fabricant d’ici; Son Leo est son premier de classe, qui a le mérite de se décliner en 17 000 combinaisons.

Xenon de Stevens, un outil pour rouler pleins gaz
3700$ avec roues Equipe, de Mavic
4700$ avec roues Scorpo C50
www.stevensbikes.de
Oui, Stevens avec un t et un s. À ne pas confondre, comme on a souvent entendu, avec Seven, le célèbre fabricant américain. Présent au Québec depuis près de trois ans, le fabricant allemand Stevens existe depuis 1991 et propose une gamme étendue de vélos de route, de montagne, de ville, de cyclocross, de contre-la-montre, de même que différents accessoires. Pour la route, Stevens nous offre un assortiment de modèles de carbone et d’aluminium.
Le modèle testé, le Xenon, se situe au deuxième échelon, qui en compte cinq, de la gamme de carbone du fabricant. Pourtant, dès le premier coup d’œil, on constate qu’il ne fait pas très «entrée de gamme»; en effet, malgré des formes somme toute assez classiques, des tubes plutôt ronds, des haubans droits, des bases légèrement recourbées et un léger sloping, l’ensemble respire la qualité. La bête semble prête à bondir! Bon, c’est vrai, au lieu des roues Equipe de Mavic habituellement offertes avec ce modèle, on nous a gratifiés des spectaculaires roues maison Scorpo C50 Aero Carbon (à pneus) et à moyeux DT Swiss. Des roues de carbone à jantes hautes, il n’y a rien de tel pour rehausser l’allure d’un vélo! L’immense tube diagonal, semblable à celui des alu de course des années 2000, lui donne aussi de la personnalité. Heureusement, la décoration convenablement réussie atténue le déséquilibre visuel que pourrait causer ce tube massif avec les tubulures arrière plus fines. Pour ce qui est des tailles, le fabricant en offre sept, une variété suffisante.
Du côté de l’équipement, le groupe Ultegra de Shimano y est au complet, incluant le pédalier en version standard. Tout le reste, soit l’assise et le poste de conduite, porte la marque maison Scorpo. Potence, guidon et tige de selle sont en alu peint noir au fini brillant, ce qui est rare et laisse presque croire que les pièces sont en acier! En tout cas, une grande impression de solidité s’en dégage.
À la pesée, belle surprise: en taille 56, avec les roues à haut profil et les périphériques d’alu pas si légers, on atteint un remarquable 7,1 kg. Avec une telle valeur, on peut accorder crédit à Stevens qui annonce son cadre à 945 g. Et ça laisse supposer que les roues, même si elles sont à pneus, ne sont pas si lourdes.
Notre vélo d’essai étant arrivé tard en fin de saison, nous l’avons donc testé l’automne dernier, et ce, jusqu’à ce que l’hiver nous invite à changer de sport, avec tout ce que cela implique en matière de forme physique sur le déclin et de conditions climatiques!
Première constatation une fois en selle: la géométrie est typiquement de course, mais avec de légers ajustements, la position ne se révèle pas trop agressive. Ensuite, dès les premiers coups de pédale appuyés, on bondit vers l’avant! Cette machine réagit à la moindre sollicitation. Même pas besoin de se mettre en danseuse! On a donc ici un cadre nerveux sans souplesse latérale excessive. Au contraire, le cadre bouge à peine lorsqu’il est fortement sollicité, juste assez pour donner un coup de ressort. On se croirait sur une corde tendue à l’extrême, qui réagit à la moindre sollicitation, bouge peu et revient immédiatement en place. Ce sont des bonnes sensations, mais ça ne donne pas vraiment envie d’une longue sortie tranquille; les sorties courtes, avec de constants changements de rythme, sont bien plus agréables, quitte à se faire mal. La rigidité latérale du cadre est excellente, et c’est à l’avant qu’elle est la plus présente; en effet, le poste de conduite en alu et le tube de direction à double diamètre semblent coulés dans le béton. Le sprinteur costaud appréciera d’y poser les mains. Heureusement, la fourche, bien qu’imperturbable latéralement, filtre les gros chocs et les vibrations pour procurer au pilote un confort honnête. On reste quand même en étroit contact avec la route...
L’arrière ne semble pas aussi rigide, mais on ne sent pas de déséquilibre entre la raideur avant et la (relative) souplesse arrière. La direction nous est apparue nerveuse à tous les régimes, mais suffisamment stable pour ne pas causer de mauvaises surprises. Seul notre essayeur coursier l’aurait cependant préférée encore plus vive pour ses critériums endiablés. En montée, on aurait pu s’attendre à un peu d’inertie à cause des roues, mais là encore, les accélérations sont toujours franches. Qu’on soit assis ou en danseuse, les ascensions se révèlent aisées et la tentation de placer une «mine» est toujours présente, malgré une condition physique moins flamboyante en cette toute fin de saison.
Par curiosité, j’ai essayé pour ma part le vélo avec des roues en alu, nettement plus légères que les Scorpo. J’ai eu la sensation d’y perdre la réactivité que procuraient les roues de carbone, pourtant théoriquement plus «inertes»; les roues Scorpo sont légères et offrent une rigidité plus importante. On peut donc supposer que le vélo serait un peu plus sage monté avec les roues Equipe de Mavic offertes de base sur ce vélo.
Le freinage s’avère typique d’une jante en carbone. Non pas que les étriers Ultegra manquent de puissance, mais avec les roues Scorpo, oubliez le freinage progressif! Ça donne des coups, ça crie dans certaines conditions climatiques et ça mord souvent sans avertir. Simplement une habitude à prendre, mais l’apprivoisement est rarement synonyme de bonheur. L’utilisation des excellents patins SwissStop jaunes n’y change rien. Vous n’aurez pas ces problèmes avec les Mavic...
Ce Xenon de Stevens est décidément une belle découverte. L’équilibre entre rigidité et nervosité démontre une maîtrise de la conception de cadres et de fourches en carbone. Il ne faut pas oublier, par contre, que ces snoreaux de chez Stevens nous ont mis le vélo à son avantage avec les roues Scorpo optionnelles. On peut penser que son côté très joueur sera un peu gommé avec des roues en alu plus standards.
Une belle machine, donc, pour les sorties vallonnées et dynamiques parsemées de sprints de pancartes. Le sportif tranquille pourra aussi y trouver son compte, mais ce serait un brin triste pour ce vélo qui aspire à une vie mouvementée.

Leo de Devinci, le grand frère de l'autre
4440$ avec les roues Easton EA90 SLX
(modèle le plus proche des S27 de SRAM)
5420$ avec les C24-CL de Shimano
www.devinci.com
Après l’essai du Silverstone, le modèle d’entrée de gamme en alu de Devinci, l’occasion était belle de passer au sommet de la gamme du fabricant saguenéen avec le Leo en carbone. Nous étions curieux de les comparer, car bien que les matériaux soient complètement différents, alu pour l’un et carbone pour l’autre, les formes et les sections des tubes sont étrangement semblables; les différences entre les deux cadres sont extrêmement subtiles et difficiles à distinguer.
Notre Leo d’essai nous est livré équipé de l’excellent groupe Force de SRAM, avec pédalier BB30 en version 53/39, des composants Team Issue de FSA, une assise de selle Italia (SL) et des roues encore peu connues, les S27 Comp SRAM. Les aléas de la fabrication en série nous permettront de continuer le test avec des roues Dura-Ace C24-CL de Shimano...
Le vélo d’essai est de taille large; notons ici que le Leo n’est proposé qu’en cinq tailles, avec des écarts relativement importants entre chacune.
Visuellement, le vélo testé est tout sauf discret: cet agencement de rouge et de blanc est parfait pour ceux qui aiment se faire remarquer et recevoir les commentaires d’inconnus! Vous êtes un discret? Le Leo est proposé en plus de 17 000 combinaisons de coloris et de montages grâce au programme Leo sur mesure. Impossible de ne pas y trouver son bonheur... On sera également satisfait de la finition du vélo, digne du prix demandé.
Quant à la forme du cadre ou des tubes, pas d’excentricité. Notons les mêmes renflements sur les tubes horizontal et diagonal à la jonction du tube de direction conique que sur le Silverstone. Les bases sont notablement plus hautes à l’approche de la boîte de pédalier, ce qui devrait augmenter la rigidité verticale du triangle arrière. Les haubans sont en sablier, mais de forme plus anguleuse que courbée. La fourche reprend la section triangulaire et assez large du Silverstone, mais elle semble beaucoup plus costaude. Derniers détails: des passages de câbles internes au triangle avant et des gaines de câbles de dérailleurs de marque Jagwire avec ajustements fins près du tube de direction (très pratique).
Pesé avec des roues Dura-Ace C24-CL, le vélo atteint les 7,24 kg, ce qui est lourd pour un vélo monté en Force de SRAM avec de telles roues. Par contre, sachez que Devinci offre une garantie à vie sur le cadre. On fait donc ici un choix: cadre hyper léger avec une garantie limitée ou cadre plus costaud garanti à vie...
L’inspection visuelle nous laisse prévoir un vélo à la rigidité assez affirmée et conçu pour les hommes forts. Une fois monté sur l’engin, on constate tout d’abord une position plutôt tolérante, pas trop agressive. En mouvement, cette fois avec les roues SRAM, on remarque effectivement une excellente rigidité latérale; ça bouge peu, que ce soit à l’avant ou à l’arrière, mais sans que ça vienne trop nous «taper dedans». Verticalement aussi, c’est passablement rigide, mais les vibrations sont quand même bien filtrées et aucun inconfort n’en résulte. En cas de gros chocs, ça cogne davantage, mais la direction reste stable et aucun début de perte de contrôle n’est constaté, peu importe la taille du trou! Globalement, c’est donc bien. On sent tout de même qu’il y a du matériau dans ce cadre, et ça entraîne un comportement réussi un peu moins «raffiné» que celui d’un cadre léger, probablement à cause d’un manque de nervosité. Tout de même, ce vélo solide se montre formidablement tolérant et suffisamment polyvalent. Il devrait convenir à une majorité de cyclistes.
Cette première partie de l’essai est par contre un peu courte, puisque les roues SRAM, que tous les testeurs avaient louangées (pas trop raides, confortables, belles), nous laissent tomber pour cause de problème avec les roulements… D’ailleurs, juste avant de publier ces lignes, Devinci nous apprenait que les SRAM S27 étaient retirées du catalogue.
Belle occasion de voir la réaction du cadre à une nouvelle paire de roues. Devinci nous fournit donc des Dura-Ace C24-CL de Shimano, davantage portées vers la compétition. Avec ces nouvelles roues, le vélo adopte un comportement beaucoup plus énergique. On se retrouve avec un cadre qui semble gagner en rigidité et indéniablement efficace et performant. Le confort davantage en retrait, c’est le rendement qui est mis de l’avant. Les accélérations sont franches, aucune sensation de déformation n’est éprouvée quand on pousse fort. Dans tous les cas, la direction est stable, parfaite pour rouler à haute vitesse sans avoir à se crisper sur le guidon. En montée, il faut un peu de jambes, mais l’ensemble est très efficace encore une fois, que ce soit assis ou en danseuse. Et personne ne s’est plaint de rester collé à la côte à cause de la rigidité, signe que celle-ci n’est pas exagérée. Un mot sur le freinage: franchement bon. Les étriers Force n’ont rien à envier aux modèles plus haut de gamme.
Ce changement de roues non prévu nous permit de conclure que le Leo SL offre un dosage de rigidité et de confort équilibré. Ainsi, pour faire pencher le comportement du vélo vers vos préférences, vous n’avez qu’à choisir le type de roues en conséquence. Cela n’est pas possible avec des machines aux comportements plus typés, puisque le choix des roues, à l’opposé des caractéristiques du cadre, peut donner un résultat décevant, mais ce n’est pas dans le cas du Leo. Le roues SRAM, plus souples, révèlent un vélo relativement confortable et apte à rouler sportivement mais longtemps. Les SRAM n’étant plus offertes, on peut raisonnablement penser que de choisir les Easton EA90 SLX devrait procurer un comportement assez comparable tout en ajoutant une touche de vivacité au vélo grâce à leur poids réduit; avec des roues typées pour la course et rigides avant tout, on se retrouve sur une machine efficace et précise, transmettant le moindre effort à la route. Devinci cible les cyclosportifs performants avec son Leo SL. On conclut que la cible est atteinte.
Un petit mot en terminant sur les différences de comportement constatées entre ce carbone et le Silverstone en alu, les cadres étant géométriquement semblables. À la grande surprise de tous et à l’unanimité des testeurs, les différences sont à peine perceptibles, si on fait abstraction des roues et des périphériques bien différents sur les deux modèles. Cela confirme que les cadres en alu, surtout chez les fabricants possédant un grand savoir-faire, ont aujourd’hui un comportement beaucoup plus raffiné et se comparent aisément à plusieurs vélos de carbone, même haut de gamme.
Luc Belley
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