New York-Montréal


par Jacques Sennéchael - 19/04/2010

Dix minutes plus tôt, j’ai dû poser le pied à terre pour circuler sur Broadway pour cause de «piétonisation». De la Grosse Pomme jusqu’à la tour penchée du parc olympique, le périple entre les deux villes organisatrices des deux plus célèbres grands tours cyclistes du monde ne pouvait qu’être palpitant. Qu’on se le dise: on ne quitte pas la Grosse Pomme sans avoir sillonné ses multiples rues sur son vélo. On pourrait penser qu’il s’agit d’un sport extrême, mais cela s’avère plutôt accessible. Merci à Transportation Alternative et à Bike New York, deux organismes qui ont planté chacun à sa manière le clou de la cause du vélo dans la ville. Le premier a fait un lobbying énergique; le deuxième a organisé et développé la ville pour que le vélo ait toute sa place dans la ville.

Nous partons de Brooklin, quartier méconnu qui mériterait pourtant un peu plus de considération. De petits cafés et restaurants, à des prix un peu plus accessibles que dans Manhattan, et les quais de l’Est River accessibles avec une activité portuaire toujours vivante méritent quelques coups de pédale. En parlant de coups de pédale, les premiers tours de roue dans New York se font sans stress. Des voies cyclables sont tracées sur le bitume de nombreuses rues, il suffit de suivre les indications. Quant aux automobilistes, ils sont plutôt respectueux des cyclistes et ne klaxonnent pas de manière intempestive.

Montréal - New York

Il faut reconnaître que le vélo a le droit de rouler dans la ville et que sa place est tout indiquée dans les différentes voies de circulation. Ici, quand on fait un pont, un maximum d’utilisateurs en profitent. Le pont de Williamsburg entre Queens et Manhattan, comme la plupart des ponts qui enjambent un cours d’eau, s’offre deux voies pour les piétons et les cyclistes, deux voies pour les trains et deux autres pour les automobiles. Un luxe qu’est loin de s’offrir le pont Papineau entre Montréal et Laval!

Time Square sur fauteuil

C’est le pont de Queensboro qui nous conduit à Manhattan. La pluie ajoute un peu de piquant à notre parcours. Je ne sais pas si c’est l’heure de pointe ou le quartier, mais il y a de plus en plus de monde dans les rues, et notre petite cohorte doit se tracer un passage entre les yellow cabs et autres automobiles, sans oublier les pousse-pousse et les voitures à cheval. Nous nous approchons de Time Square et Broadway. Surprise! Nous devons mettre le pied à terre, puisque quelques sections sont devenues piétonnières. Nous nous surprenons à prendre une pause, nous écrasant sur les transats disposés sur la voie piétonne en plein milieu de Broadway. Jamais je n’aurais pensé la chose possible!

Autre pause, pour nos poumons cette fois-ci. Central Park respire en vert. Cyclistes, marcheurs et coureurs se côtoient. Le vert dans la Grosse Pomme est plutôt agréable. Nous continuerons en bleu en longeant la rivière Hudson pour rejoindre Brooklin.

Vallons et histoire

Comme nous n’avons que deux jours pour faire le trajet New York-Montréal, nous en ferons quelques bouts en auto. Pour quitter New York, il faut traverser le pont George Washington qui va nous conduire sur la route 9. Cette route pour cyclistes s’avérera notre fil conducteur jusqu’à la frontière canadienne. En canot, nous pourrions tout à fait suivre le même parcours en naviguant sur la rivière Hudson. Quelques écluses entre Troy et Whitehall viendraient ralentir les ardeurs de nos coups de pagaie mais nous donneraient l’occasion d’admirer la vallée creusée par la rivière.

Notre premier arrêt vélo se fait une petite vingtaine de kilomètres après Poughkeepsie à Hyde Park, le domaine du président Franklin D. Roosevelt. Dans un musée, nous avons l’occasion de visiter le bureau et la bibliothèque du président qui a redonné confiance aux Américains après la crise de 1929. Cette visite s’impose pour tous ceux qui ont à cœur de découvrir un pan de l’histoire du pays à la bannière étoilée. La route qui y mène n’est cependant pas inoubliable.

Notre deuxième arrêt sera nettement plus vert. Le parc national historique de Saratoga est un petit paradis recouvert d’arbres gigantesques. Le bitume y est d’une qualité irréprochable, nous y roulons entre différentes sources d’eau au fort goût de fer. C’est un apéritif avant de profiter des folles nuits de cette riche ville, en quelque sorte le Las Vegas des courses équestres.

Écluses et Defiance

Il faut s’arrêter à Whitehall pour voir fonctionner une des onze écluses sur le canal Champlain grâce auxquelles les bateaux peuvent filer vers le sud sans affronter l’Atlantique. Ensuite, c’est le lac Champlain et les contreforts des Adirondacks. Pour en profiter pleinement, il faut absolument s’arrêter au fort de Ticonderoga. Ce fort construit par les Français fut le cadre d’une bataille mémorable en juillet 1758; l’armées de Montcalm, soutenues par les Abénakis, a flanqué une volée à celle du général Abercrombie. À l’époque, Montcalm fut brièvement considéré par la cour de Louis XV comme le «sauveur du Canada».
Le fort offre une magnifique vue sur le lac Champlain où pointent ses canons. Pour profiter d’une plus belle vue encore et se poser du même coup un petit défi, il faut grimper le mont Defiance, à deux pas du fort. La montée, pas très longue, offre toutefois un fort pourcentage. Du sommet du mont Defiance, comme l’histoire le dit, les Anglais ont eu une vue très précise du fort Carillon et de ses moyens de défense, ce qui leur fut bien utile pour reprendre le fort en 1759.

Nous nous offrons un peu du relief des Adirondacks avant d’arriver à Plattsburgh. Cette ville n’est pas uniquement une destination proche de la frontière pour les Québécois en mal de magasinage. La piste cyclable qui mène au poste frontalier de Rouses Point borde le lac Champlain et donne l’impression de rouler au bord de la mer. Le passage de la frontière se fait en un clin d’œil. Le revêtement de la route change lui aussi en un clin d’œil. Il faut à nouveau regarder où on met les roues. La route 9 a laissé la place à la Route verte.

À Saint-Jean-sur-Richelieu, nous longeons la rivière jusqu’à Chambly, où l’accueil réconfortant du restaurant Fourquet Fourchette nous donnera des forces pour rejoindre Montréal. Avant de poser le pied sur l’île de Montréal, nous aurons le plaisir de nous en approcher par la voie des eaux en prenant le traversier qui part de Longueuil et qui nous déposera sur le quai du port de notre destination finale.

Repères
New York
Info sur la ville en français: www.nylovesu.com
Vélo dans la Grosse Pomme: www.bikenewyork.org
Vous y trouverez aussi de l’information pour participer au Five Boro, le tour de New York du 2 mai 2010.

Cartographie
New York State, Bike route [road?] 9, pour le parcours complet de la route cyclable de 338 miles entre New York et la frontière canadienne.
New York Cycling Map, la carte cyclable de NY

Coup de cœur culinaire: Fourquet Fourchette à Chambly pour les produits du terroir et la déco Nouvelle-France.
Vélo Québec voyages propose deux versions pour rouler les 600 km qui séparent Montréal de New York: la version mollo du 28 mai au 6 juin (10 jours) et la version expresso du 22 au 27 mai (6 jours). Il va sans dire que la première est plus contemplative que la deuxième.







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