Pré-saison à Rancho Mirage


par François Parisien - 13/03/2009

Lorsque le rédacteur en chef de Vélo Mag a communiqué avec moi en novembre pour m’offrir la chronique «Échos du peloton» pour la saison 2009, j’étais à l’aéroport de Los Angeles, en attente de mon vol de retour vers Montréal, encore une fois retardé. Je venais tout juste de passer une semaine en Californie, avec un saut à Las Vegas, en compagnie de quelques amis que je côtoie là-bas depuis déjà plusieurs années. Un instant de relâche, de laisser-aller, de sorties dans les bars de cette ville qui ne dort pas. C’était une sorte de cadeau bien mérité après une année de vie de moine, de stress et d’émotions extrêmement vives.

La saison dernière a effectivement été pour moi riche en émotions: une année olympique, un changement d’entraîneur et surtout mon ancienne équipe, Symmetrics, qui était au bord du gouffre financier. J’ai dû me priver de tout revenu financier de sa part. Avec un budget considérablement restreint, j’ai travaillé comme si chaque course était la dernière. Pour cette raison, j’ai changé d’équipe en plein milieu de la saison, dans des délais anormalement serrés étant donné les importantes courses en vue. Des changements inhabituels qui ont apporté une pression supérieure à celle à laquelle j’étais accoutumé.

Donc, dès mon retour à Montréal, je me suis rendu au quartier général de Vélo Mag au coin des rues Rachel et Brébeuf, tout juste en face du célèbre parc La Fontaine. Je suis revenu chez moi avec la mission de vous faire découvrir l’envers du décor de la vie d’un cycliste professionnel. Dominique Perras prenant sa retraite après de nombreuses années à écrire en ces pages et une fabuleuse carrière, je prends donc sa suite dans Vélo Mag. J’espère être à la hauteur de mon prédécesseur, ancien rival et ami, qui a grandement donné à la communauté cycliste. Du même coup, je lui souhaite le bonheur et la réussite dans ses prochains objectifs de vie.

Cette année, j’ai repris l’entraînement un mois plus tard, le 15 novembre 2008, et c’est pour rattraper le temps perdu que je suis parti plus tôt pour mon camp de préparation en Californie.

Pour la première fois, j’ai passé les fêtes loin de ma famille… Ce n’est qu’un autre compromis que je m’impose pour pouvoir performer du mieux que je peux dès le début de la saison. Cela fait maintenant huit ans que je fuis le froid et la neige du Québec pour m’exiler dans la petite ville de Rancho Mirage. À environ deux heures de Los Angeles et séparé du reste du monde par une chaîne de montagnes qui bloque tous les nuages, Rancho Mirage est sur le lit d’un lac désormais évaporé pour cause de désertification. Cela s’explique: la température moyenne vacille autour des 48 °C en juin, juillet et août. Vous comprenez qu’ici, c’est le désert! Pendant les mois d’hiver, la température est donc parfaite pour un cycliste. En raison des bonnes conditions climatiques, les charges d’entraînement qui, en ce qui me concerne, varient entre 18 et 25 heures de travail spécifique par semaine, s’enchaînent mieux et la préparation de la saison devient plus facile.

Il est vraiment ahurissant de voir la différence de forme physique au printemps entre un athlète qui a passé la majeure partie de sa saison hivernale au chaud et un autre cycliste qui est demeuré dans son pays nordique, au froid. Il y a huit ans, j’étais à ma première année dans la catégorie Espoir et je venais de finir les Championnats du monde de Lisbonne, au Portugal. Jacques Landry, qui était alors responsable du projet européen Espoir mais aussi mon entraîneur, m’avait demandé si je voulais courir en France l’année suivante. J’avais dit oui immédiatement et, tout aussi vite, Jacques m’avait rétorqué que je devrais consentir à partir pour l’hiver dans un endroit plus chaud, question  de rentabiliser mes entraînements. Ce fut un moment tournant dans ma carrière, si bien que je peux maintenant confirmer, avec le recul, que cette décision a augmenté considérablement mes chances de devenir un cycliste professionnel.

Je serai de retour au Québec seulement pour la présentation de mon équipe, à l’occasion de deux conférences de presse. Après plusieurs discussions avec une poignée d’équipes, c’est auprès de Josée Laroque et de Steve Bauer de l’équipe ontarienne Team Race Pro que j’ai trouvé mon bonheur. Cette année sera très difficile pour les équipes du circuit américain étant donné la récession mondiale. Je m’estime chanceux et privilégié de pouvoir continuer mon travail et entretenir ma passion dans ces conditions.

L’équipe est grandement bouleversée cette année par l’ajout de commanditaires, mais surtout de plusieurs nouveaux coureurs. La majorité des nouveaux coureurs viennent du Québec, et je les connais tous très bien: Kevin Lacombe, Martin Gilbert, Bruno Langlois, Éric Boily, Maxime et Charlie Vives. Comme nous faisons partie du monde du cyclisme québécois depuis nos débuts, ce sera un atout qui nous servira grandement lors de toute la saison 2009. Quant à moi, j’aurais la possibilité d’être le leader dans les courses par étapes et plusieurs classiques sur terrain accidenté.  

Une métamorphose positive donc, qui aidera le cyclisme canadien et fera avancer d’un pas de plus notre formation vers le but ultime, c’est-à-dire former une équipe canadienne capable de rivaliser avec le niveau européen.

Tout de suite après ces rencontres d’équipe, je partirai en compagnie de cinq coéquipiers, ainsi que d’un soigneur, d’un mécano et des directeurs d’équipe, Steve Bauer et Josée Laroque, pour ma première course de la saison, du 10 au 22 février. Direction Cuba pour une course par étapes de 12 jours dans le climat humide des Caraïbes. J’espère que les six semaines passées dans mon paradis de la vallée de Coachella tout juste avant le départ de la course, m’aideront à éviter un coup de chaleur.

Sur ce, je vous souhaite de passer une bonne fin d’hiver.
Sportivement!
Autres textes de l'auteur

François Parisien

Des hauts et des bas

27/10/2009 - C’est avec un sentiment partagé que je termine la série d’importants rendez-vous sur lesquels j’avais mis tant d’espoirs. Depuis plusieurs mois, jeme préparais pour ces courses avec l’idée de décrocher quelques bons résultats. Je me sentais bien, confiant, fort, j’avais bien travaillé, fait tout ce qui était nécessaire... Justement, probablement trop fait. Lire >>

François Parisien

S’entraîner individuellement et courir en équipe

04/05/2009 - Courir est la base même de la vie d’un cycliste professionnel. Son métier, c’est de participer à des compétitions dans le but d’avoir le meilleur résultat possible et ainsi d’avoir la chance d’obtenir un meilleur contrat. Et des compétitions, il y en a! Certains coureurs peuvent participer à une centaine de compétitions durant une saison. Lire >>

François Parisien

Zone de confort

15/04/2009 - Vivre dans les hôtels de course en course, aller au restaurant presque tous les jours, voyager en avion toutes les deux semaines, participer à des compétitions dans plusieurs pays, rouler sur du matériel cycliste haut de gamme, profiter de massages, de physiothérapie… La vie d’un cycliste professionnel peut parfois ressembler à celle d’une vedette! Pourtant, le plus souvent, nous vivons modestement, sans extravagance. Lire >>

François Parisien

Pré-saison à Rancho Mirage

13/03/2009 - Lorsque le rédacteur en chef de Vélo Mag a communiqué avec moi en novembre pour m’offrir la chronique «Échos du peloton» pour la saison 2009, j’étais à l’aéroport de Los Angeles, en attente de mon vol de retour vers Montréal, encore une fois retardé. Je venais tout juste de passer une semaine en Californie, avec un saut à Las Vegas, en compagnie de quelques amis que je côtoie là-bas depuis déjà plusieurs années. Lire >>

Par