S’entraîner individuellement et courir en équipe


par François Parisien - 04/05/2009

Courir est la base même de la vie d’un cycliste professionnel. Son métier, c’est de participer à des compétitions dans le but d’avoir le meilleur résultat possible et ainsi d’avoir la chance d’obtenir un meilleur contrat. Et des compétitions, il y en a! Certains coureurs peuvent participer à une centaine de compétitions durant une saison. Comme il y a des circuits en Amérique du Sud, aux États-Unis, au Canada, en Europe, en Australie et même en Asie, un coureur peut maintenant facilement être actif à longueur d’année. Pourtant, chez les pros, il y a souvent un trou, une pause dans le calendrier qui force le coureur à passer trois, quatre, même cinq semaines à s’entraîner seul chez lui avant son prochain rendez-vous d’équipe.

Les plus grandes écuries cyclistes participant au ProTour ont le devoir d’engager, selon les règlements de l’UCI, un minimum de 25 coureurs. Comme la plupart des épreuves UCI limitent la taille des équipes à six, sept ou huit membres, vous voyez où je veux en venir, certains coureurs se retrouvent sur le banc des remplaçants. Même avec deux courses dans la même fin de semaine, tous ne peuvent pas courir, et cette situation se répète chaque semaine. Plusieurs équipiers sont donc laissés à la maison, ce qui les oblige à enfiler les sorties d’entraînement pour combler le manque et garder leur forme. Après un certain temps, les équipes effectuent des rotations entre les membres, mais cela peut prendre des semaines avant qu’un coureur se retrouve dans le peloton d’une course. Lors de ma première saison chez les professionnels avec TIAA-CREF, j’avais été laissé seul à mon appartement en Espagne pendant six semaines! Puis, à la suite d’une rotation, j’ai participé à 23 courses en un mois...  

Chez Planet Energy, nous ne sommes que 13 coureurs. Le problème des trous imposés par les rotations d’équipe ne s’applique donc pas. C’est le nombre de courses et les pauses du calendrier UCI nord-américain qui font plutôt défaut. La récession touchant maintenant tout le monde, les grandes sociétés sabrent dans leurs commandites, ce qui nuit aux organisateurs de courses à la recherche de budget. Cette année, pendant les mois de mars et avril, plusieurs événements d’envergure ont été annulés. Nous avons donc eu six semaines à combler avant le rendez-vous de Battenkill le 19 avril dernier. Le plus souvent, à moins d’un consensus ou d’un camp d’entraînement prévu par l’équipe, chaque coureur décide de ce qu’il fait durant cette période de calme. Dans ce cas, Joël Dion-Poitras est parti en Géorgie, Éric Boily s’est rendu en Caroline du Sud, Martin Gilbert et Kevin Lacombe avaient résolu de rester à Montréal avec Maxime et Charlie Vives. Pour ma part, je suis parti quatre semaines pour le camp Centrifuge en Virginie avec un de mes coéquipiers, Bruno Langlois. Plus au sud, la température était plus clémente qu’au Québec et surtout, les parcours d’entraînement sont nettement plus adaptés, par leur degré de difficulté, à l’acquisition d’une bonne forme physique.

Environ un mois plus tard, deux jours avant la course, mon équipe et moi étions de nouveau ensemble à l’hôtel, avec le sourire, bouffonnant et discutant comme si nous ne nous étions jamais quittés. Je dois dire que, depuis le début de ma carrière, c’est la première fois que je suis dans un groupe avec un esprit d’équipe aussi fort. Bien sûr, nous sommes tous Canadiens, ce qui aide beaucoup à la cohésion, mais ce team spirit, on le doit surtout à Kevin Lacombe.
Issu du monde du hockey, Kevin sait très bien comment motiver et rapprocher ses coéquipiers.

Lors de notre première course de la saison en janvier, la Vuelta a Cuba, il nous avait rassemblés pour faire un de ses fameux team-spirit meetings. Après un virulent discours de motivation, il nous avait convaincus de ne pas nous raser la moustache pour le reste de notre voyage, comme dans les séries éliminatoires de la Coupe Stanley. Il restait alors 14 jours à faire et plusieurs d’entre nous ne s’étaient pas rasés depuis déjà une semaine! Tout le groupe – directeur sportif, mécano et soigneur inclus – devait se conformer à la règle sous peine de… de rien, en fait! À ma grande surprise et à la suite d’un court débat sur l’utilité de cette règle, tout le monde accepta. Et même si de jour en jour nous faisions de plus en plus rire les gens au passage, nous avons tous arboré fièrement notre moustache. Tout de suite, nous avons retrouvé cette chimie sur le vélo lors des durs moments de cette course, et c’est à mon avis une des raisons pour lesquelles nous avons offert une si bonne performance lors de cette compétition de 15 étapes.

Nous rentrons bientôt dans le moment fort de la saison avec des courses d’importance. Philadelphia International, le Tour de Beauce et les Championnats canadiens seront des moments où le stress sera beaucoup plus présent qu’à l’habitude. Je suis convaincu que cette chimie nous servira au fil de ces épreuves. Probablement sans la moustache, cette fois!
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