Sur la piste de l’orignal
par Jacques Sennéchael - 05/10/2009
La double marque de sabot du roi de la forêt a effacé celle du pneu à crampons d’un vélo de montagne. L’orignal est dans son élément, il a la partie bien plus facile pour se déplacer rapidement dans le terrain de jeu de 60 km2 de l’Auberge de montagne au cœur du massif des Chic-Chocs, en Gaspésie. Avec cinq paires de panaches au kilomètre carré, il y a ici plus d’orignaux que d’êtres humains. Pourtant, l’humain est plutôt choyé: parti de Cap-Chat, face à la largeur du Saint-Laurent, il est hissé à 615 m d’altitude jusqu’à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs. Là, comme un coq en pâte, il sera logé, nourri et abreuvé dans un cadre exceptionnel. Le cocktail est savoureux: luxe et nature à profusion. Cette auberge de standing dans une réserve faunique est une nouveauté pour la Sépaq, qui entend offrir dans l’est du Canada quelque chose d’unique. Que les choses soient dites: tout est effectivement unique. Je pourrais vous parler de la très conviviale table, de la grande cheminée centrale, de la judicieuse cave, des chambres sans téléphone ni télé, mais je suis ici pour faire du vélo de montagne et de la randonnée.
En me fiant à la rose des vents de l’auberge, je regarde plein nord par les grandes baies vitrées le terrain de jeu qui m’attend. Je vois la pyramide du mont Coleman rejoindre le ciel; un peu plus bas sur la droite, les chutes Hélène (plus hautes que la chute Montmorency). Demain, je me paye la boucle des lacs en compagnie de Mélissa, qui a accepté de me servir de guide en délaissant sa toque au profit d’un casque.
Côté montures, l’auberge est équipée d’une série de Kona hardtail Cinder Cone de différentes tailles. Un vélo simple et efficace qui répondra aux besoins des différents usagers. Il suffit d’apporter ses chaussures (pédales SPD) et son casque si on veut laisser sa monture à la maison.
Mon rêve le plus fou: voir un orignal cataclopper devant mon vélo de montagne. Dois-je vous le dire? La nuit fut excellente et le déjeuner, pantagruélique. Ça tombe bien, on commence relativement en douceur en descendant vers la chute Hélène. Un sentier juste ce qu’il faut comme largeur, quelques cailloux et racines pour se mettre en jambes et de la boue pour se rappeler longtemps l’été pluvieux. Il faut quelquefois éviter une crotte d’orignal; les traces de la bête sont d’ailleurs nombreuses. Petit à petit, je me dis que je suis chez lui, cordialement invité dans son paradis.
On laisse la chute Hélène à bâbord pour se diriger vers le lac Barbarin. La forêt se resserre laissant à peine la largeur du guidon. Quelques passages sont pas mal plus humides. Une fois le lac passé, une descente rapide ne doit pas vous empêcher
de regarder la forêt qui vous entoure. Ça tombe bien, le sentier est pas mal plus large. La fougère est omniprésente, avec des tons de verts variés. Le lac du Versant puis celui du Behrend se succèdent. On se tape la descente de l’ours dans une espèce de lit de rivière plutôt caillouteux et humide. Il faut rester concentré pour ne pas coincer sa roue au mauvais endroit. Une traversée de ruisseau plus tard, il ne reste que sept beaux kilomètres de montées sur le chemin de gravier qui mène à l’auberge. S’il n’y a rien de technique, la dénivellation est copieuse avant d’apercevoir le toit du paradis. En grimpant, ne vous privez pas de jeter un coup d’œil sur la forêt environnante: trois salines et un mirador ont été installés pour que les visiteurs profitent du seigneur des lieux, l’orignal. Un rapide coup de jet pour rincer le vélo; après tout, on a fait 25 km, avec du relief et quelques passages techniques. Un sentier accessible mais néanmoins réservé à des montagniers en forme et autonomes. Pour le moment, je pense à la sortie du lendemain en profitant du confort de l’établissement.
Facile de reprendre des forces dans ces conditions. Dominique Gagnon, directeur de l’établissement, m’explique qu’il n’y avait rien à cet endroit trois ans plus tôt, hormis les pistes d’orignaux et le sentier international des Appalaches. Un gros travail d’aménagement a été fait, mais il faut avouer que la partie vélo n’est pas évidente pour plusieurs raisons: le relief très accidenté impose un entretien plutôt exigeant et implique que les cyclistes soient expérimentés pour s’y aventurer. Lors de ma venue au cœur du mois d’août, les sentiers de vélo n’étaient ouverts que depuis un mois. On peut d’ailleurs constater que les parcours de vélo de montagne ne s’élèvent pas beaucoup. Ne vous attendez pas à des panoramas du haut des sommets, le relief est bien trop exigeant pour grimper un vélo si haut.
L’idéal consiste en fait à combiner le vélo de montagne et la randonnée pédestre: on quitte l’auberge sur sa monture pour faire un certain nombre de kilomètres avant de l’abandonner pour continuer à pied. C’est d’ailleurs ce qui est prévu en prenant la direction du lac Bardey, 13 km avec quelques bouts techniques, surtout la montée finale plutôt ravinée pour se rendre à la tente prospecteur. Là, il faut laisser son vélo pour marcher une bonne demi-heure en direction du lac. En fait, le vélo est parfait pour la marche d’approche, puis on complète aisément la grimpette en s’enfouissant dans la forêt bottes de randonnée aux pieds. D’ailleurs, il ne faut surtout pas quitter l’endroit sans avoir pris une douche froide, très froide, sous la chute Hélène. Pour ma part, c’est en revenant au pas de course pour me réchauffer que j’ai rencontré le maître des lieux. Tranquillement installé au milieu de sa forêt, il m’a regardé d’un œil distrait avant de se remettre à brouter.
|
Les sorties en vélo de montagne se font avec un guide ou en autonomie. L’offre spécifique en matière de vélo de montagne est encore réduite, mais d’autres sentiers sont en projet. L’idéal est de se planifier un savant mélange de randonnée pédestre et de vélo pendant son séjour. Info: www.chicchocs.com ou 1 800 665-3091 Le transport est assuré de Cap-Chat jusqu’à l’auberge en navette, et ce, pour garantir la quiétude du lieu. Pour se rendre à Cap-Chat, on peut prendre le train jusqu’à la baie des Chaleurs (VIA Rail, 1 888 842-7245), puis louer une voiture. La Sépaq peut aussi réserver un avion pour vous jusqu’à Sainte-Anne-des-Monts. |
Par Jacques Sennéchael
Par Jacques Sennéchael
Jacques Sennéchael
Jacques Sennéchael
Jacques Sennéchael
Sérénité sur lac et rivières
14/07/2010 - Visite éclairée et guidée d’une destination cycliste qui s’ignore. Lire >>Par Jacques Sennéchael
De l’autre côté du pont
17/05/2010 - Un grand classique: de Point Diablo, le pont Golden Gate étend ses arabesques rouges en direction de San Francisco. Lire >>Jacques Sennéchael
New York-Montréal
19/04/2010 - Mon guidon est quasiment trop large pour passer entre le bus et une voiture sur la célébrissime 42e Avenue à New York. Lire >>Jacques Sennéchael
La balade à P’tit Louis
29/03/2010 - Que ce soit claire: il n’y pas grand-chose de plat dans le Jura et les sommets sont taillés pour faire travailler le mollet. Lire >>Jacques Sennéchael



