Sur le bitume
par Mathieu Toulouse - 30/10/2007
Cette année, le mois d'août était très tranquille en vélo de montagne. Pas d'épreuve de la Coupe du monde, et une seule manche de la série américaine NMBS. J'en ai profité pour courir un peu plus sur la route. Hormis quelques petits critériums en cours d'été, je n'avais pas couru sur le bitume depuis le Grand Prix de Charlevoix, où j'avais d'ailleurs fait piètre figure. C'est un peu gênant d'avoir des coéquipiers qui se sacrifient pour vous et d'être incapable de livrer la performance attendue en fin de course. Je comptais bien me reprendre. J'ai d'abord participé au Championnat québécois de contre-la-montre par équipe, où mes coéquipiers d'EVA/Devinci et moimême avons pris le deuxième rang. Nous avons été battus par une équipe dont deux des quatre membres étaient… de l'Ontario. Hum. Sans commentaire.
J'ai ensuite participé à la Classique Montréal-Québec. J'aime bien cette course et toute la tradition qui l'entoure. J'y avais terminé troisième en 2004 et j'espérais cette année grimper sur la plus haute marche du podium. J'ai évité les éternelles chutes du début de course et je me sentais bien après les 200 premiers kilomètres. En arrivant près de Saint-Augustin, j'étais dans un groupe de cinq coureurs en échappée. J'ai attaqué dans la dernière petite montée, mais David Veilleux et Alexandre Nadeau ont été capables de répondre à mon accélération. Nous avons donc joué au chat et à la souris sur les trois kilomètres qui restaient alors à parcourir. J'ai essayé d'attaquer encore une fois sur le dernier kilomètre restant, mais David a répondu et Alexandre, qui s'en était gardé sous la pédale, nous a facilement coiffés au sprint. C'est remarquable, parce qu'il était probablement le plus faible du groupe. Mais il a été le plus intelligent. C'est ça aussi, le vélo de route.
Je vais vous avouer une chose dont je suis peu fier. Sur route, mon potentiel athlétique dépasse de loin mon sens tactique. J'ai toujours trouvé cette caractéristique embarrassante parce que j'ai l'impression qu'elle témoigne d'un manque flagrant d'intelligence de ma part. Gagner une course sur route, c'est parfois comme gagner un match d'échecs. En fin de match, un joueur d'échecs expérimenté sait qu'il n'y a que quelques façons de gagner s'il ne lui reste qu'une tour et un cavalier. De la même manière, un cycliste aguerri sait exploiter ses forces, les faiblesses de ses adversaires et les caractéristiques du parcours pour croiser la ligne d'arrivée avant eux. Malheureusement, mon expérience de tentatives de victoire est bien mince. Je suis nul en tactique. J'y reviendrai.
Après Montréal-Québec, j'ai participé aux Championnat québécois sur route. J'ai remporté le contre-la-montre et j'ai récidivé le lendemain dans la course sur route, dont le parcours était particulièrement sélectif. Ça m'a permis de profiter de ma forme et de m'assurer que ça se joue « à la pédale ». J'ai attaqué dans une montée avec plus de 20 km à faire et je me suis retrouvé avec David Veilleux dans le rétroviseur pour le reste de la course. À partir de ce momentlà, aucune tactique. Tu baisses la tête et tu forces. J'étais le plus fort. J'ai gagné.
J'ai enchaîné avec la Green Mountain Stage Race, dont le parcours emprunte de superbes et montagneuses routes du Vermont. Toujours en grande forme, j'ai remporté le prologue et j'ai endossé un maillot jaune de leader pour la première fois en carrière. J'ai perdu le maillot dès le lendemain, alors que nous avons choisi de laisser aller une échappée dans laquelle aucun des favoris ne figurait. Le surlendemain, j'ai vraiment perdu la course. Imprudent, j'ai laissé partir le meneur seul dans le vent, jugeant qu'il se lançait dans une échappée suicidaire et n'avait aucune chance de se rendre seul jusqu'au bout. C'était un trop gros risque à prendre. En plus, j'ai eu une crevaison dans la dernière ascension de l'étape, longue et décisive. J'ai réussi à sauver les meubles en terminant deuxième au classement général, après avoir été énergique dans la dernière étape, un petit critérium dans les rues de Burlington. Mais j'étais déçu. J'aurais été largement capable de gagner. Mais je suis nul en tactique...
À la suite de cet intermède sur route, j'ai renoué avec les crampons. Je suis allé en Slovénie pour participer à la finale de la Coupe du monde de vélo de montagne. J'y ai pris le 55e rang, un résultat honnête mais pas spectaculaire. Pour les amateurs de statistiques, c'était la première fois que je courais contre Sven Nys et Gilberto Simoni. Le premier a abandonné l'épreuve après avoir lourdement chuté, alors que le second a terminé loin derrière le gagnant – et derrière moi.
J'ai profité de l'occasion pour prendre de petites vacances. Il m'arrive de plus en plus rarement de faire des compétitions dans des régions que je ne connais pas, or je n'étais jamais allé dans ce coin de l'Europe. L'occasion était belle: la saison de VTT venait de prendre fin et je croyais mériter une petite pause avant le cyclocross. J'ai visité Prague et Budapest. Pas de vélo, pas de contraintes de cycliste pro pendant une semaine. Ça m'a fait du bien.
Pendant mon séjour en Europe, une bombe a éclaté dans le monde du cyclisme québécois et canadien: Geneviève Jeanson a avoué. Sur le coup, j'étais content d'être trop loin pour être appelé à commenter. Le dopage est une question délicate à aborder, surtout lorsqu'il s'agit de celui d'une compatriote. J'ai quand même suivi l'histoire avec intérêt. Ça m'a fait beaucoup réfléchir. Tellement que, dans le prochain numéro de Vélo Mag, ma chronique portera sur «l'affaire Jeanson». Je ferai un retour sur l'émission Enquête, sur les commentaires qu'elle a suscités et sur la problématique du dopage. Un projet ambitieux...
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