Trek Soho et MEC Hold Steady: l’original et le petit vite
par Par Luc Belley - 14/07/2010
Soho, de Trek 1250 $
Dans la vaste sélection de vélos urbains de Trek, le Soho se démarque. Tout d’abord, il vient équipé d’une courroie au lieu d’une chaîne pour transmettre votre effort à la roue arrière. Un principe utilisé depuis longtemps par certains fabricants de motocyclettes, mais étrangement ignoré pour les vélos. Il utilise aussi un système de changement de vitesse interne au moyeu arrière, ce qui remplace le traditionnel dérailleur. Loin d’être une nouveauté, ce système est peu présent sur notre continent malgré ses avantages: il est fiable, il est peu exposé aux chocs, il nécessite peu d’entretien, etc.Le vélo testé est agréable au coup d’œil et offre un heureux mélange de rétro et de modernisme. Bien sûr, l’ensemble est classique, mais les tubes prennent différentes formes, tandis que les systèmes de freins et de transmission lui donnent cette allure plus moderne. La majorité des grosses soudures (typiques d’un alu) ont été limées dans un souci d’esthétique. Du bon travail, puisqu’elles sont pratiquement invisibles. De chaque côté du tube horizontal, on a collé une bande de plastique esthétique et protectrice, parfaite pour appuyer son vélo contre un mur. D’ailleurs, ce tube horizontal serait plutôt du style sloping pour permettre au cycliste de se mettre les deux pieds par terre aux arrêts sans risque d’interférence… La très costaude fourche, aux pattes bien rondes, inspire confiance; c’est du solide! À l’arrière, ce sont les pattes du dérailleur qui attirent l’œil: bases et haubans sont reliés par une complexe pièce d’aluminium boulonnée. Elle permet, entre autres choses, de reculer la roue arrière pour retendre la courroie et tenir les garde-boue. Le Soho est proposé en cinq tailles, ce qui n’est pas mal du tout pour un vélo de cette famille.
Pour ce qui est de l’équipement, on est gâté: garde-boue en aluminium de même couleur que le cadre, freins à tambour de Shimano à fonctionnement par câbles, garde-chaîne (ou plutôt garde-courroie), porte-bouteille et même tasse à café isolante pour faire le plein chez Starbucks. Vraiment très urbain! Les pédales sont comprises.Techniquement, un des atouts de ce vélo est son excellent système de changement de vitesse Nexus de Shimano, intégré au moyeu de la roue arrière. C’est propre, c’est fiable, ça demande peu d’entretien et offre pas moins de huit vitesses bien étagées, ce qui est bien suffisant pour une utilisation urbaine, sans réel souci de performance. De plus, le système est protégé des chocs en cas de chutes ou d’accrochages. Autre atout: son système de transmission à courroie, encore plus «exotique» que le système Nexus. Ce sont ces deux systèmes originaux jumelés qui permettent à Trek de proposer un substitut intéressant (et plus propre!) à la chaîne. En effet, une courroie crantée est relativement peu flexible; en tout cas, elle ne l’est pas suffisamment pour cheminer au travers des méandres d’un dérailleur arrière classique (pensons au S du passage dans les galets). Donc, avec le Nexus, légèrement modifié pour convenir à la courroie, l’agencement est idéal. Reste à savoir ce qu’il en est sur la route.
Une fois en selle, on apprécie la position de conduite, juste assez droite pour avoir une excellente vision périphérique et légèrement penchée vers l’avant pour favoriser le coup de pédale. Le roulement est très confortable, en partie grâce aux gros pneus de 32 mm de section, mais surtout grâce à la selle, parfaite pour sa vocation: elle est large, très bien rembourrée, mais pas trop molle. En fait, on dirait une selle à ressorts!
La direction n’appelle pas de commentaires particuliers; elle est très bien aussi. Par contre, le cintre, en forme de M, n’est pas confortable pour tous. Certains se sont plaints de pressions à l’extérieur des paumes, amplifiées par les poignées en plastique très dures. Le cintre gagnerait à être moins recourbé vers l’arrière.
Pour ce qui est de la transmission, c’est le bonheur! Le système Nexus est idéal pour une utilisation urbaine. Avec ses huit développements, on passe aisément (et sans trop transpirer) la grande majorité des bosses. Bien sûr, vous ne monterez pas une côte à 20 % à 25 km/h, mais vous n’aurez pas à mettre le pied à terre non plus, du moins, pas souvent. Et si la position en danseuse est requise, elle est très acceptable sur ce vélo, car on n’a pas l’impression de passer par-dessus le guidon ni peur de s’y cogner les genoux. Les développements sont très bien étagés et chaque montée ou descente de plusieurs vitesses se fait graduellement. Petit avantage par rapport dérailleur: les changements de vitesse se font en silence, sans le shlick shlack caractéristique! L’ergonomie de la manette de changement de vitesse est excellente; celle-ci est placée sous la manette de frein droite, et il s’agit de pousser avec le pouce pour monter les vitesses et de tirer avec l’index pour descendre. Facile!Côté freinage, le système à tambour est facile à doser et ne requiert que l’effort de trois doigts pour être actionné. Le freinage est graduel à défaut d’être puissant. La beauté de la chose est qu’il est insensible à la pluie, contrairement aux systèmes classiques à patins. Les garde-boue protègent aussi très efficacement le cycliste des projections d’eau. Une bonne machine donc pour toutes les conditions météo, sauf peut-être l’hiver; en effet, les «vrais» qui roulent toute l’année devront se méfier des accumulations de neige et de glace sur la courroie, car celle-ci a tendance à «sauter» dans ces circonstances. Un classique système chaîne-pignons casse aisément ces accumulations, mais la courroie, plus souple, n’a pas la même efficacité. C’est en fait le seul désavantage d’une transmission à courroie que nous ayons constaté lors de notre essai. Un coup de fil chez Trek nous apprend qu’une solution est prévue pour 2011.
En finale, la grande question: y a-t-il une grosse différence entre une chaîne et une courroie? Côté pratique, oui; côté fonctionnement, non. La courroie du vélo urbain offre plusieurs petits plus, comme la propreté et le silence de fonctionnement, sans compter qu’elle ne demande pas d’entretien ni de graissage. Mais pour ce qui est du pédalage et des sensations qui se dégagent, c’est assez transparent. Au plus, vous aurez peut-être une légère sensation d’élasticité lors des démarrages plus puissants, mais un pneu arrière dégonflé pourrait donner la même impression. Donc, rien qui sort de l’ordinaire en ce qui a trait au fonctionnement. En ce qui concerne la durabilité, le système a passé un hiver sans trop de problèmes, avec seulement un ajustement de la tension de temps en temps.
En conclusion, le Soho est un vélo intelligemment conçu pour la ville, en plus le mérite d’être innovant. Une machine faite pour vous transporter sans souci, en toute fiabilité et avec un minimum d’entretien.
Hold Steady de MEC 1250 $
Nos amis de la «Coopérative d’équipement de montagne», MEC si vous préférez, nous proposent depuis des années toute une gamme de produits pour cyclistes: vêtements, pièces, accessoires… Il ne manquait plus que les vélos, et c’est maintenant chose faite! MEC couvre large avec 15 modèles pour presque tous les adeptes: des vélos de route, de randonnée, de montagne, hybrides, urbains, pour les jeunes et même un vélo pliant! C’est ce qui s’appelle faire une entrée en force. Les prix vont de 400 $ à 1400 $, ce qui pourrait les classer dans de l’«entrée de gamme de qualité».Parmi ce vaste choix, nous avons eu le loisir d’essayer le Hold Steady, un vélo difficile à classer. Disons qu’il s’agit d’un «urbain performance», une sorte d’hybride conçu pour la ville.
Au premier coup d’œil, on voit son cadre en alu, avec guidon droit et gros pneus. De loin, les formes et la couleur sombre de la bête lui donnent un air de vélo de montagne des premières années, mais en y regardant de plus près, on découvre de belles surprises. Tiens, tiens, une tige de selle et une fourche en carbone (pivot alu), intéressant. Pas forcément un choix traditionnel du côté des vélos urbains, bien qu’il soit plus commun pour les vélos de route. Et la déco du cadre! Pas une banale teinte sombre, mais de discrets et superbes motifs floraux qui semblent gravés à même les tubes supérieurs, le tube de selle et les haubans. C’est discret mais drôlement chic! Parlant tubes, leur section est principalement ronde mais à épaisseur variable en diamètre sur la longueur. Les haubans viennent se «casser» vers le bas, près du moyeu arrière. Et on y retrouve, comme pour le Trek, une jonction bases et haubans imposante pour recevoir le moyeu à vitesses internes et permettre de reculer la roue pour tendre la chaîne.
Quant aux pièces d’équipement, on a aussi quelques belles surprises. D’abord, toute la transmission est confiée au groupe Alfine de Shimano, sans dérailleur mais à moyeu à huit vitesses internes. Un choix judicieux pour le cycliste urbain, un peu plus étonnant pour l’adepte de performance. Le pédalier est lui aussi un Alfine, ce qui vaut la peine d’être noté. Le groupe a une finition noire, bien assortie au cadre.Pour le freinage, rien de moins que des freins à disques hydrauliques, avec un levier de frein évidemment compatible. Un choix digne des pluies vancouvéroises. Encore du Shimano, mais cette fois-ci dans la gamme « hors groupe », soit du M486. Easton s’occupe du guidon et de la potence, tandis que les roues sont un combo: moyeux Alfine et jantes A317 de Mavic. La selle est une autre belle pièce: une Nisene de la gamme montagne de Fi’zi:k. Les pédales automatiques, des Candy de Crankbrothers, sont incluses. Donc, tout ça pris séparément, c’est vraiment très bien, surtout au regard du prix. Voyons comment ça se comporte une fois mis ensemble.
La position est bien adaptée à une utilisation urbaine, c’est-à-dire assez droite pour favoriser la vision périphérique. Le guidon, droit et large, permet une bonne manœuvrabilité à basse vitesse. Une fois lancé, on apprécie la bonne absorption des petites bosses et des vibrations, malgré le cadre d’alu assez solide et une selle assez «sportive»; les roues et surtout les pneus Hutchinson de 32 mm de section ont un gros impact sur le confort. La tige de selle en carbone y est peut-être aussi pour quelque chose…À plus haute vitesse, on commence à s’amuser sérieusement! La maniabilité est excellente; quant aux accélérations, elles sont somme toute très acceptables malgré le poids raisonnable du vélo (quand même tout près des 12 kg). À cause de la position qui donne l’impression qu’on voit tout autour de soi et du petit côté joueur de bête, il faut être prudent. Maniabilité, accélération et bonne visibilité donnent (presque) envie d’être délinquant! Même à plus haute vitesse, l’absorption des bosses et des vibrations est bonne, sauf du côté de la fourche qui a plus de difficulté à «avaler» les plus gros chocs. Et encore une fois, le système de changement de vitesse au moyeu est un vrai charme.
Pour ce qui est du freinage, on avait peut-être des attentes trop élevées; on pensait sérieusement que les freins auraient beaucoup plus de mordant. Remarquez qu’ils font très bien le travail, mais sont-ils vraiment plus efficaces qu’un bon système classique? En tout cas, sous la pluie, c’est oui! Petit détail en terminant: un de nos testeurs note que certains câbles viennent frapper le cadre et génèrent quelques bruits. Cela passe inaperçu dans le trafic, mais pourrait agacer les plus sensibles sur des chemins tranquilles.
Bref, un bon vélo pour se déplacer en ville tout en s’amusant. Mais est-ce bien un vélo parfait pour la ville? N’est-il pas plutôt parfait pour la route, avec une vision plus performante? On peut se poser la question, car cette machine possède plusieurs appâts à voleurs et autres délinquants, car elle a le défaut de ses qualités: malgré son air sobre, vue de près, elle fait bien son prix, même plus! Et que dire des pièces d’équipement, comme les freins à disque, une rareté sur ce type de vélo. Quant à certains composants plus orientés vers la performance (généralement les pièces de carbone), ils sont en quelque sorte refrénés par d’autres éléments plus relax (géométrie, transmission). Le Hold Steady a de quoi susciter l’envie du petit vite urbain… à condition que son utilisateur prévoie des endroits sûrs pour le stationner.Par Luc Belley
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Luc Belley
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