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Le blogue de David Desjardins

La pensée positive

24-09-2018
Credit Photo: GPAT

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Je me suis souvent moqué de la psychologie sportive. Tout le charabia de visualisation (du genre, imagine-toi victorieux, sur le podium, etc.) et autres bidules du genre me font encore un peu rire. Il y a là quelque chose d’un peu nouvel âge qui m’est toujours tombé sur les nerfs.

Mais je me soigne. J’ai déjà ri des hippies, des granolas et de la simplicité volontaire. Il semble désormais plutôt clair que l’amour du prochain, la bouffe santé et la décroissance sont les uniques voies de salut de l’humanité. Les naïfs n’ont pas nécessairement tort, après tout. J’en suis d’ailleurs venu à les préférer aux cyniques et autres fatalistes de ma sorte. Je dois être tanné de déprimer.

Tout ça pour dire que les trucs new age ne m’énervent plus tous autant qu’avant. D’autant que la science aussi se met de la partie et donne raison aux flyés. Plus de doute, la méditation et le yoga s’avèrent d’excellents outils pour faire une petite mise à jour de toute notre quincaillerie comme de nos logiciels. Des tonnes d’études le démontrent.

Pareil pour la psychologie sportive.

Le pouvoir du dialogue avec soi-même

Il y a toutes sortes de recherches scientifiques qui détaillent désormais les effets d’un discours positif ou négatif sur la performance. Autant chez les athlètes de haut niveau que chez vous et moi, héros du samedi à l’aube comme au mitan de la vie. Plusieurs coaches racontent aussi comment la peur d’échouer, la soif de vaincre, de même que les différentes attitudes et prépondérances psychologiques (liées à l’ego ou au désir d’accomplir une tâche avec soin) entrent en compte dans la réussite d’un défi sportif.

En gros, c’est assez simple : la plupart du temps, si vous vous dites que vous ne serez pas capable de faire un truc, vous ne le serez pas. Et l’inverse.

Je l’ai compris le jour où un coéquipier, lors d’un championnat canadien des maîtres, m’expliquait notre plan pour me mettre dans des conditions favorables pour que je puisse tenter de gagner. Me voyant hésiter, il m’avait dit : « Pour commencer, arrête de penser que ça ne se peut pas. » Ils m’ont bien amené à l’avant au bon moment. J’ai tout donné. Je suis arrivé 4e, dans un sprint. Je suis un mauvais sprinteur. L’année suivante, je finissais 3e des championnats québécois. 4e l’année suivante. Je ne vous raconte pas ça pour faire mon frais (quoique…), mais plutôt pour vous dire que j’avais débloqué quelque chose dans ma tête qui m’empêchait de finir parmi les meilleurs.

Tirer parti d’un mauvais parti

J’y repensais après la première Coupe Québec de cyclocross dimanche, à Terrebonne. J’ai peu d’expérience dans cette discipline. J’avais fait 2 courses déjà, il y a quelques années. C’est la première fois que je m’y consacre réellement pour la saison.

Après un départ merdique, je me suis retrouvé à chasser comme un fou. Je devais être 30e sur plus de 60 (je ne compte pas les juniors qui étaient sur le même départ, c’était l’asile). Après 10 minutes d’une course qui en dure 50, ma selle s’est mise à bouger : la tête de la tige s’était dégagée. Je ne pouvais plus vraiment m’assoir.

Au début, j’ai un peu ragé. Mais je continuais de dépasser. Tout le monde avait l’air d’être sur le point d’exploser et je me sentais bien. Alors j’ai continué. J’ai trouvé une manière de m’appuyer sur la selle dans les longs droits, je faisais tout le reste debout. J’avais mal au dos. Mais je me suis dit que ça faisait partie du jeu. J’ai serré les dents. J’ai pris un tour à la fois, comme une tâche à abattre et que je rayais mentalement de la liste à mesure que j’avançais dans la course. Je me concentrais pour exceller dans les passages techniques où je pouvais gagner du temps. Je réfléchissais aux choses apprises qui s’oublient vite dans le feu de l’action: faire confiance aux pneus, ne pas trop mettre de poids sur le guidon, rester souple, smooth. Je dépassais encore d’autres coureurs, personne ne me doublait. J’ai pris confiance, je me suis mis à améliorer mes temps au tour. J’ai fini 8e. J’aurais eu le même résultat avec une machine en parfait état et j’aurais été ravi.

Vieillir, des fois, c’est pas si pire

Il y a quelques années, j’aurais abandonné. J’aurais eu une excuse. Mais au fond, je sais que c’est parce que je n’aurais pas toléré que ma performance soit altérée par un problème technique; sur la feuille de résultat, personne ne fait mention de la mobilité de votre selle qui vous empêche de vous assoir.

(Pour que ça se sache, vous devez l’écrire dans un blogue. Quand j’ai arrêté pour vomir sur le bord du parcours aux championnats de l’est du Canada de vélo de montagne à Bromont, en 1987, parce que j’avais passé la soirée au Knowlton Pub la veille, et que j’avais ensuite abandonné, après 10 minutes de course, il n’y avait juste pas de blogues, alors un DNF sur la feuille de résultats me semblait tout indiqué).

Mon rapport à la performance a changé. Même dans les compétitions où tout va mal, je tente d’aller chercher quelque chose de positif. Dans le pire des cas, c’était un excellent entraînement. Ou l’occasion d’apprendre quelque chose sur le type d’épreuve auquel je participe.

Mais j’ai quand même envie de gagner. Chaque fois. Alors je trouve de l’équilibre dans tout cela. Je me console lorsque la passion fait défaut grâce à la raison. Si ça continue comme ça, je vais finir par écrire un livre de croissance personnelle.

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