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Reportage

Camps d’entrainement ou des vacances sur deux roues

08-10-2018

Centrifuge version mise en forme printanière. Photo: Vincent Drouin – VeloGazette

Pourquoi sombrer dans le farniente sur une plage alors qu’il est possible de bouffer des kilomètres? C’est ce second choix que font chaque printemps des milliers de cyclistes du Québec. Coup d’œil sur les camps d’entraînement, véritables vacances sur deux roues.

Dire que Marc Dufour a inventé les camps d’entraînement pour cyclistes au Québec serait un peu exagéré – mais pas tant que ça. Lorsqu’il a commencé à en organiser en Virginie en 1996, le grand patron du Groupe Centrifuge faisait office de précurseur. «À l’époque, seuls les coureurs professionnels se payaient ce luxe. C’était une pratique réservée quasi exclusivement à l’élite», se souvient l’homme aujourd’hui âgé de 50 ans qui effectuait alors des allers et retours réguliers entre Montréal et l’État américain au volant d’un minibus de quinze places.

Vingt-deux ans plus tard, le Groupe Centrifuge continue d’orchestrer des stages de mise en forme printaniers dans la région de New Castle – ceux de 2018 s’étaleront d’ailleurs sur six semaines, entre le 24 mars et le 5 mai prochains. Au concept original (un camp de base confortable, de belles routes, et basta!) se sont greffées quelques commodités afin de maximiser l’expérience des 60 participants par camp. «Nous offrons de la massothérapie, des services de mécanique et de lavage de vélo sur place, ainsi que des essais de vélos Argon 18, entre autres. Le cycliste qui débarque ici pénètre dans une véritable bulle», explique-t-il.

Résultat: environ 60% des participants font du camp Centrifuge un pèlerinage annuel, rapporte Marc Dufour. «N’importe qui peut se louer une chambre d’hôtel sous des cieux cléments et partir rouler. Pour notre part, nous misons sur une organisation irréprochable et une ambiance qui donne le goût de se dépasser. Nous vendons une expérience», relève-t-il.

Rouler comme un pro

Camps d'entrainement - voyager à vélo

Gran Fondo Éco à Cuba

Démocratisation du sport cycliste aidant, l’offre en matière de camps d’entraînement au Québec a littéralement explosé ces dernières années. Il existe aujourd’hui des dizaines de produits pour tous les goûts, du camp d’entraînement axé sur la performance au voyage de vélo plus classique en passant par tous les dérivés possibles, y compris le triathlon (voir encadré ci-dessous). Les destinations proposées sont tout aussi variées: Cuba, Majorque, Arizona, Virginie, Californie, République dominicaine, alouette! Leur seul point en commun: la garantie de pédaler au chaud en échange de plusieurs centaines, voire quelques milliers de dollars.

Comment s’y retrouver? Chose certaine, le prix ne devrait pas être le critère décisionnel numéro un lorsqu’on magasine ce genre de produit, estime Yannick Cojan, ancien cycliste professionnel et responsable pendant nombre d’années du camp d’entraînement Vélo Mag. «Quand on utilise ces services, on veut être pris en charge de A à Z comme le serait un professionnel, tant sur le vélo qu’en dehors. Malheureusement, moins on paie cher, moins bons et structurés sont les services», souligne-t-il. Un horaire détaillé à l’heure près est un «strict minimum», dit-il. Idem en ce qui concerne un plan d’urgence en vue d’un accident sur la route (voir encadré en haut à droite).

Un conseil: prenez garde aux spécialistes autoproclamés qui organisent des camps sur le coin d’une table. Beaucoup le font dans l’optique de faire d’une pierre deux coups et d’ainsi se payer des vacances. «C’est un plan pour être laissé à soi-même pendant toute la semaine. Mon personnel et moi sommes là pour travailler, pas pour nous la couler douce», affirme Marc Dufour, du Groupe Centrifuge. À ce titre, le ratio d’encadreurs et de participants est une information pertinente à vérifier. Tout ce qui excède 1 guide pour 10 cyclistes devrait faire sourciller.

Plan d’urgence 101

S’aventurer dans des contrées étrangères vient avec son lot de points d’interrogation. Voici une liste non exhaustive de questions à se poser avant de prendre le large :

❍ Où puis-je m’approvisionner en nourriture et en eau lors de mes sorties ?
❍ Une couverture cellulaire est-elle disponible là où je souhaite pédaler ?
❍ Suis-je capable de m’exprimer dans la langue parlée localement ?
❍ Ma destination est-elle conseillée aux voyageurs ?
❍ Qui appeler si j’ai besoin qu’on vienne me récupérer sur la route ?
❍ Où est située la boutique de vélo la plus proche ?
❍ Suis-je assuré pour ce genre d’activité à l’étranger ?
❍ Quel numéro d’appel d’urgence dois-je composer advenant un accident ?

Un tremplin

Il faut aussi s’assurer que le niveau des cyclistes ciblés par un camp d’entraînement correspond au sien. Après tout, on parle bien d’un stage de mise en forme, pas de remise en forme! «Il n’y a rien de plus plate que de faire du vélo contemplatif quand on veut rouler fort, ou vice versa», fait valoir Christian Ouellet, qui pilote chaque année des camps d’entraînement pour le compte de la compagnie québécoise Gran Fondo Éco. On s’informe du nombre d’arrêts et de ravitaillements prévus par sortie, de même que de la composition des groupes de vitesse… si bien sûr il y en a.

Christian Ouellet insiste également sur la nécessité de bien se préparer en vue de ces quelques jours de débauche de kilomètres. Selon lui, le plaisir qu’on retire d’un tel exercice est proportionnel à son niveau de forme physique. «On devrait l’aborder de la même façon qu’on aborde une compétition. On prévoit donc du repos avant, de manière à y arriver frais et dispos, mais aussi après, en vue d’absorber la charge d’entraînement», conseille celui qui est entraîneur-chef des Dynamiks de Contrecœur. Le but: revenir indemne de son séjour afin d’être en mesure de poursuivre sur sa lancée une fois de retour au Québec. «C’est un tremplin pour la saison à venir, pas une fin en soi», nuance-t-il. Bien sûr, on peut faire fi de toutes ces propositions et organiser un camp d’entraînement par ses propres moyens. Outre la facture, qui sera nécessairement moins élevée que si on cogne à la porte d’une entreprise, l’option du do it yourself (DIY) présente l’avantage de la flexibilité. On s’envole là où on le désire, on pédale comme on veut, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. La sainte paix, quoi! Mais attention: cette liberté a tout de même un prix, celui du temps. «Préparer un camp d’entraînement demande beaucoup d’énergie. Personnellement, je peux facilement investir de 40 à 60 heures dans l’exercice avant que je ne le considère à la hauteur», prévient Christian Ouellet. Du temps mieux investi dans son entraînement en vue dudit camp? C’est à vous de trancher.

 

 

Camps d'entrainement Utah

Courir, nager et pédaler en Utah

Les camps d’entraînement en triathlon ne sont pas bien différents de ceux en cyclisme sur route, et ce, même si le sport exige de composer avec trois disciplines distinctes. Paradoxal mais vrai, reconnaît Francis Bachand, entraîneur-chef du club Capitale Triathlon. En avril, lui et plusieurs triathlètes de tous les âges s’envoleront vers Santa Clara, en Utah, afin de s’y entraîner. Au menu: un peu de natation dans la piscine de 25m du condo loué pour l’occasion, un soupçon de course à pied en fin de journée et, surtout, une tonne de kilomètres sur deux roues. «L’objectif du camp est d’accumuler du kilométrage sur le vélo, qui est la seule des trois disciplines qu’on ne peut pratiquer au Québec à ce moment de l’année. Le reste est essentiellement complémentaire», nous confirme-t-il.

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