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Reportage

Ces régions qui misent sur le produit vélo

06-07-2018

Dire que Lynda Graham a bien compris l’énorme potentiel touristique du vélo serait un euphémisme. Depuis trois ans, la sympathique propriétaire du gîte Vert le Mont, à Sutton, dans les Cantons-de-l’Est, propose un forfait vélo pas piqué des vers. Petits déjeuners copieux (son gruau est, paraît-il, divin), boîtes à lunch santé, localisation exceptionnelle en plein cœur du village: tout est pensé dans le souci de satisfaire les desiderata du touriste sur deux roues, y compris la bouteille de vin rosé local déposée dans chaque chambre et la visite dégustation dans un des nombreux vignobles de la région

Résultat: pendant la saison estivale, les cinq chambres de la demeure touristique ne sont occupées que par des homo cyclopedus. Une situation parfaite, soutient-elle. «C’est une clientèle qui consomme beaucoup. Comme si le fait de pédaler lui donnait l’excuse de délier les cordons de la bourse et d’abuser quelque peu des bonnes choses de la vie», observe-t-elle en souriant. Si quelques-uns de ses visiteurs sont des routiers invétérés à la recherche de défis plus grands que nature, la majeure partie des touristes à vélo est là pour le loisir.

Un exemple à suivre

Le cas de Lynda Graham n’est pas unique dans les Cantons-de-l’Est, réputés pour leur offre touristique taillée spécifiquement à l’intention des cyclistes. Dans les années 1990, cette région a été la première à transformer le tracé d’une voie ferrée désaffectée en piste cyclable, pavant le chemin à ce qui allait devenir L’Estriade. Aujourd’hui, la piste cyclable asphaltée à 65% traverse quatre localités, soit Granby, Waterloo, Shefford et Bromont, en plus de constituer l’épine dorsale du réseau de la Route verte dans les environs.

Sutton

« Nous avons l’avantage d’avoir tout ce que recherchent les cyclistes, à commencer par des paysages enchanteurs », affirme Francine Patenaude, directrice générale de Tourisme Cantons-de-l’Est, l’association touristique régionale (ATR) responsable de la mise en valeur de la région. Au fil des années, l’organisme a notamment tiré profit de la topographie variée, de la présence des vignerons et autres producteurs ainsi que des villages pittoresques de la région pour séduire les cyclotouristes.

Convaincre les 800 entreprises touristiques membres de l’ATR de s’intéresser aux touristes à vélo a cependant été un effort de longue haleine qui a nécessité beaucoup de travail en aval. «Nous avons réalisé des études et colligé de nombreuses données afin de venir à bout des a priori négatifs qui ont longtemps persisté envers cette clientèle, relate Francine Patenaude. Il fallait, en somme, servir les bons arguments.» Selon une étude menée par la Chaire de tourisme Transat de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, la région des Cantons-de-l’Est se classe première au Québec en tant que destination cycliste des Québécois.
 

Une carte commune

La région touristique des Cantons-de-l’Est n’est pas la seule qui a orienté une partie de son marketing vers le vélo: celles du Centredu-Québec, de Québec et du Bas-SaintLaurent se sont munies dans les trois dernières années d’un nouveau type de carte vélo. Élaborés en partenariat avec Vélo Québec, les circuits présentés dans ces cartes tablent sur les intérêts touristiques, certes, mais aussi sur la sécurité et le confort, indique Marc Jolicoeur, directeur de la recherche à Vélo Québec: «Nous cherchons un juste milieu.»

Le processus d’élaboration de chacune de ces cartes, d’une durée d’un an, se veut empreint de rigueur. Tout débute par une recension exhaustive des informations déjà disponibles sur la région: données gouvernementales, Route verte, outils de promotion touristique, aucune source n’est laissée de côté pour tracer des itinéraires préliminaires. Ces derniers seront ensuite validés sur place par un expert dépêché par Vélo Québec. C’est d’ailleurs là le caractère innovant de l’initiative. «Au lieu de simplement proposer des circuits de manière aléatoire, nous nous rendons sur le terrain dans le but de valider notre travail et, au besoin, le peaufiner», explique Marc Jolicoeur. Au moment d’écrire ces lignes, trois autres ATR étaient sur les rangs en vue de se pourvoir de cette carte vélo.

Karine Lebel est responsable des communications pour Tourisme Bas-Saint-Laurent, la plus récente ATR s’étant dotée d’une carte vélo – une décision justifiée par la volonté de simplifier la vie aux cyclotouristes. «Nous voulons aider le touriste à vélo à s’y retrouver. De là l’idée de développer un produit uniforme dans l’ensemble des régions du Québec, bâti sur un même modèle et selon les mêmes critères de qualité», souligne-t-elle.

bb sutton

L’Alliance Québec à vélo

Depuis 2016, neuf des 22 régions touristiques du Québec travaillent d’ailleurs de concert dans le dessein de promouvoir d’une même voix le Québec à l’extérieur de la province. Le nom de code de ce club de régions qui développent le produit vélo: l’Alliance Québec à vélo. Son objectif est de bâtir la notoriété de la «marque vélo» au Québec auprès de quatre clientèles cibles: les 45 ans et plus, les adeptes d’«expériences authentiques», les familles et les clubs.

Selon Martin Soucy, président-directeur général de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, qui regroupe sous un même chapeau l’ensemble des régions touristiques, ce «groupe formel» est «appelé à croître» dans les prochaines années. «Battre du tambour est plus facile si on le fait en groupe, au lieu de seul dans son coin, illustre-t-il. Même si la concurrence à l’extérieur est forte, la province a de bonnes cartes à jouer.» Afin de mener efficacement cette promotion, un site web centralisant l’ensemble de l’information sur le vélo au Québec, Québec à vélo, a été créé: cyclingquebec.com.

«Il y a une cohorte de touristes prêts à enfourcher leur vélo et à sillonner les routes du Québec. Les questions de santé prennent de plus en plus d’importance un peu partout. Le nombre de clients potentiels justifie que nous accordions de l’attention au vélo comme produit touristique», conclut Martin Soucy.
 

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