Le blogue de David Desjardins

La liste de mes envies

David Desjardins - 11/04/2017

Je me suis acheté un nouveau vélo de montagne... mais je suis tenaillé par ma conscience. En avais-je vraiment besoin?


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En ai-je vraiment besoin ?

Le mantra de Pierre-Yves McSween me taraude tandis que je tends ma carte de débit à la caissière de la boutique de vélos.

Je m’apprête à m’en procurer un nouveau. De montagne. Superbe. Une aubaine.

J'ai vendu mon ancienne monture tout-terrain et bazardé assez d’équipement usagé ou inutilisé pour absorber une bonne part de la dépense. Mais là n’est pas la question.

En ai-je vraiment besoin ?

Techniquement, non. J’avais déjà un bike qui roulait bien. Il avait plusieurs années au compteur, mais il fonctionnait encore parfaitement. Il avait des roues de 26 pouces, ce n’est pas l’idéal. Mais je roule sur ça depuis que j’ai 14 ans, depuis mon premier Rocky Mountain Fusion, acheté d’occasion à la boutique de location du Mont-Sainte-Anne, en 1986. C’est un format révolu, mais duquel je me suis toujours accommodé.

Philosophiquement, même, l’achat d’un vélo neuf est loin d’être conséquent pour moi. J’essaie d’acheter le moins de choses possible. Nous faisons, chez nous, une gestion militaire du contenu du frigo pour ne rien perdre. Sans être frugaux ou rigoristes, nous évitons les dépenses inutiles.

Et enfin, d’un point de vue financier, si je ne croule pas sous les dettes, je ne roule pas sur l’or non plus.

Mais ce qui m’ennuie avec la question de Pierre-Yves, c’est qu’elle implique qu’il n’existe aucune hiérarchie dans nos envies. Des envies, il a cependant raison, que nous confondons trop souvent avec des besoins. Lesdites envies nous étant enfoncés dans le crâne par la pub, et le conformisme qui prend la forme d’une pression sociale. D’où leur mutation en besoin viscéral.

Mais j’habite une maison modeste. J’ai une auto de merde que je partage avec ma blonde. Je vais rarement au resto. Presque jamais le midi. Même quand je fais l’aller-retour à Montréal pour le boulot, j’emporte le plus souvent mes repas. Je m’achète peu de vêtements et j’en étire les fibres au possible. Je bois peu d’alcool, et presque uniquement la fin de semaine. J’ai les mêmes vêtements de course à pied depuis que ma fille est à la garderie. Elle entre au secondaire l’an prochain.

J’ai compris que je ne peux pas tout avoir. Je n’ai pas besoin d’afficher mon statut social avec ma voiture, ni même avec l’ensemble de mes équipements sportifs que j’use généralement à la corde. Et pour l’auto, je la prends le moins possible. J’en remplis le réservoir aux 10 jours, et encore. J’économise presque partout.

Mais je ne regarde pas à la dépense pour acheter de la nourriture de qualité, j'aime les voyages. Le vélo, c’est ma passion. Et oui, j’ai parfois viscéralement besoin de m’acheter un vélo neuf, parce que toutes les passions ont besoin d’être alimentées un peu, afin de retrouver une part du désir originel, de succomber à celui-ci, de se permettre une folie qui ne bouscule pas tout l’équilibre de l’existence, mais va à l’encontre du bon sens ou de la modération.

Je me vois déjà, avec ma fiancée, dévalant la montagne du Suisse à St-Raymond, grimpant dans le Sentier du Moulin au Mont-Sainte-Anne ou « rippant » Tap n’Die à Burke. Mon nouveau vélo, c’est une corde de bois dans le foyer où brûle l’envie de ces plaisirs anticipés. Je suis chiche sur le combustible. J’en ai pour quelques années avant de passer à travers la pile.

Donc, non, je n’avais pas besoin d’un nouveau vélo. Mais la liste de mes envies est si courte... Et la vie, aussi.
 


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