Le blogue de David Desjardins

Les fausses bonnes idées

David Desjardins - 07/06/2018

En théorie, l'idée d'une passerelle cycliste qui surplombe les quais du Vieux-Port de Québec peut paraître bonne. Mais en réalité, le projet dissimule deux choses cruciales: la difficulté des villes à prendre des décisions importantes en défaveur des voitures, et la vue sur le fleuve.


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Les « 300 mètres de la discorde » que constitue le tronçon de piste cyclable qui traverse le Vieux-Port de Québec sur le segment de la rue Dalhousie est en train de virer à la farce.

Retour sur l’histoire, en bref :

On a récemment réaménagé le secteur pour redonner l’accès au fleuve aux citoyens et aux touristes : c’était auparavant un stationnement. Du même coup, on a refait la piste cyclable, mais il se trouve qu’elle ne peut pas traverser le quai à cette hauteur, puisque celui-ci sert aux navires de croisière lorsqu’ils débarquent leurs passagers.

On avait donc eu l’idée de faire dévier la piste sur la rue Dalhousie, mais cela provoquait des bouchons automobiles. On a donc cherché une autre solution.

Voici qu’on propose de faire un pont au-dessus des quais.

En théorie, je serais tout à fait pour. J’y avais même pensé, et ça me semblait une bonne idée. Puis j’ai vu les dessins du projet dans les journaux cette semaine…

Une bonne idée, donc, si ce n’était, comme le souligne très justement le chroniqueur François Bourque, qu’on va ainsi obstruer la vue alors qu’on vient pourtant de compléter un projet permettant de la retrouver. Et cela, à coup de millions de dollars.

Au sol, sur les quais, ce segment sur les quais est problématique : traversé par les piétons qui ne regardent pas où ils vont, puis par l’entrée vers les croisières AML où les voitures ont la fâcheuse tendance de s’avancer sur la voie cycliste pour ensuite prendre leur élan sur la route, sans trop regarder.

Évidemment, ledit pont règlerait tout ça. Ou pas? Sur le dessin figure un bel escalier pour que les piétons viennent s'amuser au travers des vélos.

Donc, est-ce vraiment une bonne idée, ou une fausse bonne idée?

Vous devinez ma réponse.

Un jour, il faudra s’interroger sur le trafic de transit dans ce secteur de la ville, plutôt que de contourner la question à coups de millions et de joli mobilier urbain qui obstrue la vue. J’entends par là, prendre une décision impopulaire. Comme, par exemple, d’effectivement bloquer une voie complète de la rue Dalhousie lorsque les croisiéristes s’amusent s’amènent.

On est ici dans un débat analogue à celui qui met en cause le transit dans le parc du Mont-Royal à Montréal : la nécessité de faire des gestes qui, évidemment, vont ennuyer une partie de la population, mais qui expriment clairement une vision à long terme de la ville en ce qui concerne le transport urbain.

Commençons par bannir les autobus de touristes dans ce secteur, ce sera déjà ça de pris. Faisons de même pour les poids lourds qui empruntent Champlain (ils peuvent passer par Charest et la 40 pour aller vers l’ouest et rejoindre les ponts). On aura déjà réglé une partie du problème.

En attendant de rassembler le courage politique nécessaire pour subir la grogne d’une infime minorité de ronchonneux professionnels et quelques commerçants dont on comprend mal qu’ils se soient installés dans une zone touristique et trouvent à se plaindre qu’on y manque de stationnement ou que le trafic y est trop dense, l’autre idée serait de transformer la rue St-Pierre pour en retirer les places de stationnement et en faire une voie cyclable.

Cela oblige de traverser la rue Dalhousie deux fois, mais ce n’est pas la fin du monde. Je veux dire par là qu’en comparaison avec ce projet, on a là un bien moindre mal.

Comprenons-nous bien. Le désir d’accommoder les cyclistes est tout à fait louable. Mais ce n’est pas une raison pour appuyer de fausses bonnes idées, simplement parce qu’elles vont dans le sens de nos principes. Et encore moins parce qu’on a calqué le plan sur un truc vu dans quelque pays scandinave, comme si d’importer n’importe comment dans un contexte totalement différent un projet venu d’un pays « vélo friendly » permettait de valider un mauvais plan qui témoigne d'une incapacité à poser des gestes réellement positifs pour le transport et les loisirs dans le secteur. Soit d'y réduire franchement la ciruclation automobile.
 


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