Le blogue de David Desjardins

Pourquoi roulons-nous?

David Desjardins - 20/07/2016
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On prend une pause du Tour ?

Anyway, on a beau apprécier les prouesses de Sagan et soudainement trouver du panache à Chris Froome, ce Tour est emballé depuis le début ou presque. Suffit que la machine Sky appuie sur l’accélérateur, et plus rien ne se passe, plus personne n’ose.

On ne les blâmera pas.

Il y a une sorte de sauvagerie chirurgicale dans cette manière de mater tout le peloton. Et même des massacres, du sang, on finit par se lasser. Alors vu la configuration d’un Tour qui manque de moyenne montagne ou de vallons et où tout est contrôlé sur le plat ou en haute montagne, on s’emmerde ferme. Enfin, moi, je m’emmerde.

Me tournant donc vers des résumés d’étapes plutôt que de me les farcir en entier, je me suis retrouvé avec pas mal de temps libre pour réfléchir. Et c’est à ma pratique cycliste que je me suis mis à penser. À la nôtre. Celle des simples mortels qui ne gagnons pas notre vie en roulant.

Parce qu’il y a cette question qui me taraude toujours : pourquoi je fais ça ? Pourquoi je fais des milliers de kilomètres chaque année, que je vais risquer ma peau dans un Lachine à 41 ans, que je me tape des tas de compétions, de sorties de fou, de randos de 200km en solitaire?

Parce que j’aime simplement rouler, parce que j’aime être en forme, parce que c’est un sport social, bien sûr. Mais pourquoi je fais de la course ? Pourquoi vous vous claquez trois Gran Fondo cet été ? Pourquoi vous et moi voulons aller plus vite, ou plus loin, ou les deux ?

Pour le plaisir, vraiment ?

Ça réduirait la chose à un masochisme un peu triste et simplet. Un vélo peint en 50 nuances de gris.

Alors il y a quelque chose d’autre, c’est sûr. Et c’est dans la psychologie de la course à pied que j’ai trouvé de belles pistes de réflexion.

Dans un article du New York Magazine tiré de la rubrique The Science of Us, la journaliste Tanya Basu expose certaines théories pour expliquer le « plaisir » que retirent de leur pratique les ultra-marathoniens.

S’inspirant des théories d’un psychologue du sport, elle y évoque le flow. Une sorte de conscience seconde, une manière de sortir à l’extérieur de soi, accompagnée de la profonde satisfaction du dépassement.

Mais pour atteindre ce niveau de zénitude, il faudrait choisir une activité dans laquelle nous sommes doués sans être le ou la meilleure. Il faut un minimum de confort, et un défi.

C’est ainsi que le coureur de 5km passe au 10, au demi, au marathon. Puis au sentier, à l’ultra. Et pourquoi pas à l’Ironman. « Il s’agit de faire quelque chose qui, auparavant, paraissait impossible ».

Et il y a une forme de spiritualité dans tout cela, au milieu d’une époque qui en manque cruellement, où le temps de réflexion est sans cesse hachuré par les interruptions de l’hyper-connectivité.

Quand je pars rouler, j’éteins mon cell. Pas de textos, de Facebook, de courriels (et qui appelle encore au téléphone ?) Je m’installe pour 30, 60, 120, 200 km. Seul ou accompagné. Hors de l’existence et en même temps complètement dedans. Le corps et l’esprit ensemble, unis dans le défi fixé, soit-il de distance ou de vitesse, partenaires dans l’aventure de la vie qu’est le sport de performance.

Oh oui, il y a de l’orgueil, de la compétitivité qui entrent en ligne. Mais ils ne sont pas suffisants pour m’astreindre à souffrir tout l’hiver au sous-sol sur les rouleaux ou pour sortir dans le froid, la pluie, parfois les flocons.

Tout ça, je le fais parce que je fabrique à chaque sortie un récit qui n’est peut-être pas divin, mais qui m’élève, me fait sentir meilleur, fort, et heureux. Je vais plus vite. Je vais plus loin. Sur la route et à l’intérieur de moi-même.

Voilà pourquoi je roule.
 


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