Le blogue de David Desjardins

Tout le monde aime (détester) Peter Sagan

David Desjardins - 01/03/2017

Peter Sagan est une plaie pour les médias, du bonbon pour Internet et il est peut-être en train de sauver le cyclisme d'une mort certaine par l'ennui.


Peter Sagan.

On l’aime. On le déteste. On aime le détester. Peu importe: on respecte sa force, son panache, son incroyable capacité à briller presque partout sur la route.

Mais le plus agréable avec Sagan, c’est quand même sa manière de rompre avec tout ce qui tue lentement le vélo. À commencer par la mainmise des équipes de communications sur le discours des coureurs.

Dans tous les sports, c’est pareil. Les experts en communications tuent les communications, imposant la même langue de préfini que celle qu’emploient nos politiciens.

Bon, avouons que c’est aussi, souvent, la faute aux « journalistes » qui posent des questions d’un ridicule gênant. Comme ici.



J’écoutais les questions qu’on posait à Sagan après sa défaite à Omloop Het Nieuwsblad, samedi dernier, et ça m’a rappellé le journaliste des arts au Journal de Québec qui, dès qu’un groupe américain ou anglais débarquait, demandait aux membres en conférence de presse: are you happy to be in Quebec City ?

Pas des fois. CHAQUE FOIS. Je vivais pour qu’il y ait quelqu’un qui finisse par répondre : ben non, Chose, elle suce, ta ville…

C’est un peu ce que fait Sagan en trollant les médias. Il leur écrase leur médiocrité au visage. Ce qui est assez réjouissant.

Sinon ? Eh bien avec Greg Van Avermaet –qui est son rival et absolu contraire en termes de relations publiques-, il rappelle à tous les ratons, suceurs de roues et autres hypnotiseurs de SRM ce qu’est le panache (Simon Gerrans lit-il ce blogue ?)

Bon, c'est vrai qu'on gagne peut-être plus souvent au calcul. Mais qui se souvient de ces victoires-là? Elles ne repeuplent pas l'imaginaire cycliste, sa mythologie? Elles ne participent pas à rendre le sport plus intéressant pour le spectacteur.

Et parfois, à s'économiser, on devient un éternel perdant. Jusqu'à ce que, comme Sagan et GVA, on finisse par comprendre à quel moment débute le spectacle, et comment en préserver la substance tout en sachant quelles économies faire pour l'emporter. (Parce que, dans les deux cas, nos rivaux des classiques ont beaucoup collectionné les secondes et troisièmes marches du podium, faute de stratégie.)



Sagan est donc devenu une sorte de maître de l'épate, un marchand de watts capable d'un redoutable calcul.

Il fait peut-être le pitre sur le plateau de Sporza, après avoir perdu au sprint contre GVA à Omloop. Reste qu'il a parfaitement raison lorsqu’il demande à Sep Vanmarcke pourquoi il n’a pas attaqué plus tôt. Contre Sagan et GVA, Vanmarcke n’avait aucune chance au sprint. Peut-être était-il cuit après de gros et brutaux efforts sur les pavés ? Ça se peut. Mais il avait tout intérêt à tenter le coup, ne serait-ce qu’à un kilomètre de la ligne. Il aurait suffit que GVA et Sagan se regardent un peu, et il aurait peut-être fait le trou pour l’emporter. Il finissait 3e, peu importe. Autant tenter le coup, non?

Il a préféré rentrer sagement avec les deux autres. Et Sagan, qui a bien appris sa leçon, la sert maintenant à Vanmarcke.

Quelle leçon? Attaquer, essayer, tout donner. Remporter la course à grands coups de morceaux de bravoure. Comme il l’a fait sur le Tour de Flandres l’an dernier.

D'ailleurs, il y en a pour dire qu'il aurait laissé GVA l'emporter en raison d'une malédiction qui veut qu'aucun gagnant de l'Omloop n'ait jamais remporté les Flandres.

Le lendemain, par contre, Sagan n'a pas pas pu s'empêcher de remporte Kuurne Brussel Kuurne, une course vraiment plus intéressante maintenant que les grands sprinters se donnent rendez-vous à Abu Dhabi au même moment.

Ce qui laisse le loisir à Sagan de l'emporter autrement qu'à la vitesse pure, puis de s’empiffrer de jujubes à l'arrivée.



Fuck le décorum. Sagan est peut-être un peu débile, mal engueulé, et en voie de ressembler à Chewbacca. Mais il est peut-être aussi en train de sauver le cyclisme de la mort par l’ennui, à force de gains marginaux et de discours prédigérés.
 


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