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84 | 22 mai 2006 | Cebu City |
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Le cercle de feu du Pacifique

Les fruits de la colère...



par Pierre Bouchard et Jannick Lemieux

Pendant que le volcan Merapi s’agite sur Java, en Indonésie, à l’autre bout du monde malais, et défraie les manchettes du globe, nous atterrissons à Davao, au sud de Mindanao. Deuxième plus grande île des Philippines après Luçon, elle jouit d’une très mauvaise réputation partout ailleurs dans ce pays où on souscrit volontiers aux racontars. Il suffit de prononcer «Mindanao» pour sentir son interlocuteur se crisper puis dégurgiter les expressions «terroristes», «attentats à la bombe», «kidnappings» et «meurtres»! C’est que cette terre montagneuse et fertile abrite depuis le 13ième siècle une minorité distincte, population musulmane jadis prospère et épanouie, les Moros, qui effraient du fait même qu’ils sont différents…encore l’inconnu qui abrutit et pétrifie!

Ce nom que leur ont donné les conquistadores, responsables de la création des Philippines alias «Islas Filipinas», dès leurs premiers contacts au 16ième siècle, ne manque pas d’évoquer celui de leurs ennemis préférés «à la maison», les Maures…il n’en fallait pas plus pour que la «Reconquista»—reconquête chrétienne de la péninsule Ibérique au Moyen-Âge—se transporte dans le Pacifique! S’ensuivit une longue campagne de persécution, marginalisation et paupérisation du peuple Bangsa Moro menée tour à tour par les gouvernements de Madrid, Washington et Manille. Aujourd’hui plus que jamais, les Moros de Mindanao aspirent à l’autodétermination. Mais avec la Guerre contre le Terrorisme en toile de fond, comme le gouvernement des Philippines a peu d’intérêt à partager son pouvoir, on discerne plutôt mal entre porte-parole légitimes, armés ou non, et groupuscules extrémistes de cette nation malmenée: les Front Moro de Libération Nationale (MNLF), Front Moro de Libération Islamiste (MILF), souhaitant la création d’une république islamiste sur Mindanao et les redoutables membres d’Abu Sayyaf, milice supposément reliée à la bande d’Oussama Ben Laden. Faisant la sourde oreille aux préjugés, fi de ces phobies et la part des choses, sensibles à la cause Bangsa Moro de toute façon, nous nous lançons sans peur sur les routes de Mindanao.

Nous célébrons nos retrouvailles avec le trafic bigarré et flatulent des Philippines sur les artères achalandées de Davao. Notre plan consiste à gagner le nord de Mindanao, à Balingoan, port d’embarquement pour l’île de Camiguin, reliant bon nombre de volcans importants chemin faisant. La traversée débute en grande quand nous pédalons d’abord vers le sud pour contourner le mont Apo, imposant édifice volcanique aux antécédents méconnus. S’élevant 2954 mètres au-dessus du golfe de Davao, c’est le point culminant de l’archipel. Croisons camions et arpents débordant d’ananas, mangues, durians, bananes, papayes, avocats et cocos: Mindanao est le panier à fruits des Philippines et les Del Monte, Dole et Nestlé y font de florissantes affaires.

- À Digos, mettons le cap vers l’ouest et nous hissons vers la province de Cotabato Nord et la dynamique petite ville de Kidapawan, point de départ privilégié pour l’ascension du mont Apo. Avec les traînées du typhon Chanchu—qu’on a appellé aux Philippines Caloy—planant toujours au-dessus de Mindanao, nous contentons des «vistas» que nous procure la route et poursuivons en descendant vers Kabacan et la vallée du Pulangi. Les comptoirs de fruits bordant le chemin ensoleillent la randonnée et nous payons la traite. Plantations d’hévéas, les fameux arbres à caoutchouc, s’étendent de part et d’autre du macadam. Dans cette région limitrophe de Maguindanao, l’une des 4 provinces formant la région autonome musulmane de Mindanao (ARMM), des rumeurs de violence fusent à l’égard d’un village en particulier, Carmen. Comme il se trouve sur notre route, nous effectuons des démarches auprès des autorités afin d’obtenir plus d’informations touchant la situation. Bien qu’on évoque le spectre de la nuit—manifestation de la peur du noir, l’inconnu qui pétrifie encore?—, on se montre rassurant et nous explique que tout est calme ces jours-ci étant donné que les négociations entre le gouvernement et les représentants du MNLF vont bon train. De plus, des points de contrôle maintenus par l’armée et la police nationales ponctuent la route jusqu’à la frontière avec la province de Bukidnon. Tout était bien tranquille. Avons constaté le clivage entre les communautés chrétiennes et musulmanes, et surtout la grande pauvreté de celle-ci si l’on peut se fier à l’apparence des mosquées, huttes et l’abdomen des enfants nus le long du chemin…

Remontons le Pulangi jusqu’à sa source, sur les flancs du volcan Kitanglad, un colosse de plus de 2900 mètres dominant le plateau de Bukidnon. Ce sont des coups de pédale paisibles et panoramiques jusqu’à Maramag, l’intersection avec la route principale entre Davao et Cagayan de Oro, à gravir, dévaler et s’étourdir parmi montagnes russes formées par les dépôts pyroclastiques d’immémoriales méga éruptions qu’ont magistralement sculptés des millénaires d’érosion. Par-delà Maramag, le débit de véhicules motorisés est plus soutenu mais aisément négociable—comparé à la pagaille sauvage de Luçon tout devient pastoral voire bucolique!

À Malaybalay, capitale provinciale, pendant qu’on célèbre simultanément la fête des Mères et la fiesta patronale de la ville, nous tapons un poulet rôti entier et même des frites, avec quelques San Miguel, bien sûr, pour souligner l’anniversaire de J et le commencement d’une autre année sur la route pour P. Le lendemain, passons à plus de 1000 mètres d’altitude en franchissant les ravins striant la base du Kitanglad et dégringolons de gorge en crête aux talus hérissés d’ananas jusqu’au bord de la baie de Macajalar et la grande cité de Cagayan de Oro. C’est ici que sont acheminés la majeure partie des fruits et grains de cacao et café de Mindanao, matières premières que s’approprient et transforment les méga usines de Del Monte et Nestlé.

Suivant un p’tit séjour à Cagayan de Oro au cours duquel nous en avons profité pour prolonger nos visas, retraversons la zone agro-industrielle de la ville et longeons la côte jusqu’à Balingoan où nous embarquons à bord d’un ferry vers le port de Benoni et l’île de Camiguin, joyau de la mer de Mindanao et oasis de paix et splendeurs. C’est le volcan Hibok-Hibok qui nous a attirés jusqu'ici. Auteur de paysages époustouflants, il a aussi engendré 5 éruptions historiques. La dernière, qui s’est étendue de septembre 1948 à juillet 1953, a fait 500 morts quand une nuée ardente résultant de l’effondrement d’un dôme de lave mort-né a dévalé les pentes de l’Hibok-Hibok et pulvérisé tout sur son passage, terrassant communautés vivant sur la côte. C’est cette catastrophe qui a entraîné la création de la première commission volcanologique des Philippines, la COMVOL, l'ancêtre de la PHIVOLCS. Mais Camiguin est surtout réputée pour ses plages de sable blanc ou noir et ses «lanzones», petits fruits beigeâtres à la pulpe succulente…malheureusement, la saison ne débute pas avant septembre!

Légende des photos
Photo 1: sympathique Moro à bord d’un jeepney «bigarré et flatulent» en périphérie de Cagayan de Oro, importante agglomération du nord de Mindanao. Photo 2: s’il est vrai que l’utilisation extrême du téléphone cellulaire est en train de nous redessiner la main, des premiers mutants naîtront bientôt aux Philippines où la messagerie texte est devenue une religion, une hygiène. Ici, on a su mettre à profit les nouvelles technologies pour satisfaire une pulsion originelle, le commérage…ce qui n'est pas sans ajouter aux dangers inhérents à la pratique du cyclisme sur les routes des Philippines!

Info sur les volcans dans divers pays
En tout temps, le Ministère des affaires étrangères Canadien

Bureau philippin de tourisme au Canada
Philippines Wikipédia
Interminable conflit de Mindanao (Le Monde Diplomatique, septembre 2003)


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