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Par Géo
Plein Air
Pierre Bouchard a une
forme olympique et un enthousiasme à rallier les plus sceptiques.
Si vous l'interrogez sur la nature de sa profession, il vous répondra,
dans un demi-sourire: «Je voyage et je vais au-devant des
gens.» Que ce soit chez les Navajos d'Arizona ou chez les
paysans de Gobi, Pierre finit toujours par passer plus de temps
que prévu avec l'habitant. «Mes voyages, c'est une
histoire de rencontres. C'est essentiel.» Remarquez, on a
beau être nombreux à partager le goût de l'aventure,
à affirmer haut et fort que le monde est petit, à
penser que l'effort physique trouve dans la passion la meilleure
des sources énergétiques, on est quand même
peu nombreux à traverser l'Himalaya ou la Sibérie
à bicyclette...
Durant son enfance, rien ne prédestine Pierre Bouchard à
cette vie de nomade sur deux roues. Pas de potion magique, pas d'atavisme,
encore moins de pression familiale. Rien de plus que la petite vie
de banlieue à Loretteville, des parents professionnels, le
hockey, quatre années universitaires en philo... Beaucoup
de lecture aussi, mais surtout l'envie de vivre intensément.
Dès l'âge de 18 ans, il adopte le voyage estival comme
forme de ressourcement. Entre deux sessions universitaires en philosophie,
l'étudiant apprend la vie sur des chemins de traverse qui
le conduisent tout naturellement à parcourir le Canada et
l'Europe au complet.
» C
Y C L O G R A
P H I E « |
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Très vite, le vélo s'impose comme le moyen le plus
commode pour le mener à bon port. Il est léger, économique
et en mesure de le conduire hors des sentiers battus, près
des gens. Pas de route toute tracée, pas de rails sans arrêt,
pas de vol sans escale. La bicyclette se faufile partout, sur les
surfaces les plus extrêmes, au creux des paysages les plus
reculés, jusqu'au sommet des montagnes les plus abruptes.
Le vélo lui confère la liberté physique de
repousser les limites dictées par des itinéraires
emprisonnants. Peu à peu, ses deux roues le conduisent un
peu plus loin, un peu plus longtemps. Il ne faudra pas beaucoup
de temps à cet esprit libre pour prolonger un peu l'été,
mordre du printemps à l'automne un peu plus chaque année,
jusqu'à ce que, finalement, s'impose l'évidence :
la vraie vie est faite d'aventures, de rencontres et d'errance à
travers le vaste monde.
En 1992, à Whistler, Pierre Bouchard rencontre Janick Lemieux.
Celle-ci deviendra sa compagne de vie et d'aventure. C'est vrai que
Janick démontre déjà, pour le voyage, certaines
dispositions qui n'ont rien à envier à la témérité
de Pierre. Partie du Québec à 23 ans en Australie
«pour voyager» avec en poche un holiday work visa, elle
retrouve Pierre au hasard de leur route et la décision est
prise dès l'automne. Ils vivront ensemble, mais pas comme tout
le monde. Au mois de mai 1997, ils choisiront de faire route commune,
à travers le monde.
Mais il y a une sceptique dans la salle: Janick elle-même!
Malgré ses aptitudes pour l'aventure, elle n'a jamais encore
réalisé une expédition semblable. «Jamais
je ne me serais crue capable de faire ça. Je voyageais, mais
je n'étais pas athlétique», avoue-t-elle sans
détour. Mais le défi personnel est aussi une histoire
d'amour.
Depuis plusieurs mois, leur liaison, ils la vivent par correspondance.
Et quand Pierre lui propose le monde comme lieu d'existence, Janick
hésite. «Tu ne débarques pas facilement dans
la vie d'un être aussi indépendant.» C'est qu'elle
se sent intimidée par monsieur Vélo en personne, par
sa liberté, par son audace. Mais il l'encourage, il croit
en ses capacités. «Si tu as la détermination,
la forme physique va se bâtir au fur et à mesure que
tu pédales», lui dit Pierre le plus simplement du monde.
Le 15 mai 1997, c'est le grand départ. Une escale de deux
jours en Alaska, puis, direction Sibérie. En la survolant,
ils découvrent un paysage neigeux, un décor de glace.
«Une chance que c'est pas là qu'on atterrit!»
L'avion prépare son atterrissage ; la route à prendre
sera bel et bien enneigée. «C'est la piste idéale
pour une initiation!» lance Janick l'optimiste. Le petit aéroport
de fortune, des montagnes blanches en arrière-plan, une dizaine
de passagers - des hommes d'affaires nord-américains -
qui les regardent comme on observe des extraterrestres, avec un
il d'anthropologue, à essayer de comprendre ce qu'ils ont
en tête, ces deux jeunes sympathiques, certainement des cinglés...
À ce moment-là, Pierre se pose de sérieuses
questions. « Ça passe ou ça casse, jusqu'à
Iakutsk!»
Quelques années plus tard, le rêve est toujours
là.
La dimension de la planète est chose relative. Pour les
uns, le monde est déjà trop vaste à embrasser
du regard. Pour d'autres, comme Pierre, il n'est fait que de routes,
et, avec beaucoup de passion, une bonne dose de courage et de témérité
, rares sont les routes du monde qui nous restent défendues...
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