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Hors-Québec

Faire le Chemin pour son prochain

06-11-2018
Au-dela de Compostelle 2

Ce matin au déjeuner au gîte de Burgos je m’ enquérais à une jeune inconnue du motif de son Chemin. Sans hésiter, elle me répond « je suis en dépression, alors… » La plupart des jeunes dans la vingtaine me font des réponses plus légères, comme « j’avais 2 semaines de libres entre 2 emplois ». Ils reviendront peut-être faire d’autres portions quand ils auront des petits congés ou des vacances. Quant à moi je compte bien me rendre à Compostelle sur mon vélo. Je voltige de village en village, m’ arrêtant au café local après avoir escaladé la côte qui y mène. Car le Chemin est parsemé d’anciennes places fortes. J’y glane des bribes de conversations comme celle d’une vieille Anglaise à une autre à Montcuq. « I’ve got more friends here now than in London or Bermudas ». Mais sur le Chemin on peut aussi croiser des gens assez édifiants.

Je m’étais invité à une tablée de pèlerins le soir de mon arrivée à Nogaro en disposant une bouteille de rouge au milieu de la table. J’ avais ma nourriture, rassurez-vous. Pâtes au menu de l’équipée, le plat préparé tous les soirs dans les cuisines de gîte par les pèlerins. L’occasion était trop belle. 4 Français soit 3 hommes d’âge mûr avec une jeune mère en liberté, mais sage… et un napolitain, Salvatore, le cuisinier et le pivot de l’équipée. Pâtes au menu, le plat préparé tous les soirs dans les cuisines de gîte par les pèlerins. Mais ce soir par un napolitain, pas n’importe quoi.

L’équipée de marcheurs s’était forgée sur le Chemin. Salvatore la soixantaine parle aussi allemand et espagnol, mais nada de français ou anglais. Il s’installe au milieu de la table et sert tout le monde, ravi.

À côté de moi, Olivier peu loquace et en face Jean à côté d’Olivier. J’observe Jean, car il fait la conversation en allemand pour tous avec Salvatore. Jean est fin et raffiné. On croirait un bourgeois ou un intellectuel parisien. Mais plus il se révèle, plus on découvre un homme sensible qui dit avoir appris à s’occuper des autres en détresse ou avec des problèmes de comportement. Il est issu de l’est de la France.

J’entame spontanément la conversation avec Olivier. Sa pensée est un peu confuse et surtout il cherche constamment ses mots. Sans le manifester, je suis interloqué. Un français qui cherche ses mots. Du jamais vu, disons que c’est généralement le contraire…

La tablée prend son envol, 6 Latins à table! Exubérance, joie de vivre, animation constante. Autour un couple de Hollandais et un Autrichien semblent assez contrariés. Ils auraient souhaité un peu plus de retenue, sans doute.

Olivier se lève et s’ absente. Jean prend alors la parole en catimini à l’intention de la tablée. Olivier souffre d’Alzheimer et c’est Jean qui l’accompagne sur le Chemin depuis Conques. Avant le repas Olivier lui a faussé compagnie et s’est échappé.

Jean l’a retrouvé et, avec peine, l’a convaincu de revenir au gîte. Mais Olivier ne se rappelle plus de son rêve, soit rallier l’Espagne sur le Chemin après être partie du Puy il y a des semaines avec d’autres compagnons qui le connaissent. Alors j’ interpelle Jean « Que viens-tu faire dans cette aventure? »

Au-dela de Compostelle 2

Jean

Avec sa douceur, sa fébrilité et son verbe fin, Jean me révèle son projet.

Il y a 2 mois, il a placé une annonce pour accompagner une personne en difficulté sur le Chemin. La famille d’Olivier lui a alors proposé de le prendre charge afin de le guider dans son rêve le plus loin possible.

Ce soir-là à Nogaro, Jean venait de réaliser que son beau projet était arrivé à terme. Ils ne se rendront pas plus loin ensemble malgré l’attention et la volonté de Jean. Jean était aussi désolé de constater le peu d’empressement de la famille d’Olivier pour le récupérer.

Le reste de l’ équipée a repris le Chemin le lendemain matin sans son interprète, mais solide. Quant à moi j’ai dû d’abord trouver un onguent pour solutionner un problème que les marcheurs n’auront jamais… Puis j’ai repris ma monture à travers des montagnes russes sur les chemins enchanteurs des Landes, direction Arthez-de-Béarn.

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