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Le blogue de David Desjardins, Santé

Je roule pour… m’endurer

14-06-2018

Petit mercredi matin du début juin. Pas super beau, pas super chaud. Je n’ai pas roulé depuis deux jours et je déprime un peu. Beuuuuuh. Je me botte le cul, m’habille, saute sur mon vélo, et pendant 3 ou 4 kilomètres, je maugrée.

Je suis fatigué, stressé. Un peu las aussi de faire les mêmes parcours jour après jour. Ce n’est pas une très bonne semaine. Je ne m’endure qu’à moitié. Voire au quart.

Je ne suis pas tout seul.

Le Canada est l’un des pays de l’OCDE où il s’avale le plus d’antidépresseurs. Au Québec, le nombre d’ordonnances pour ces médicaments a augmenté de 44% depuis 2011.

Je ne fais pas exception à la règle : comme des millions de mes contemporains, je cultive une dose pas très saine d’anxiété et encaisse les coups de blues comme je peux. Mais ce que j’ai trouvé de mieux pour me soigner, c’est encore de rouler.

Oh, ça ne me guérirait sans doute pas d'un cas plus sévère de dépression. Et les autres sports feraient sans doute l’affaire. Mais le vélo recèle trop de vertus pour que l’une d’elles ne finisse par percoler jusqu’à mes humeurs sombres pour mieux les diluer.

De retour à ma sortie de mercredi matin. J'ai encore froid aux mains, mais au bout de quelques kilomètres, je sens que mes jambes sont fortes. Mon congé m’a fait du bien. J’appuie plus fort, ajoute une dent, augmente la cadence. J’avais prévu faire 50km, mais j’arrive à 25 et j’ai envie d’aller plus loin encore avant de revenir.

Déjà, ça va beaucoup mieux. Mon envie de rouler jusqu'à l'infini est revenue, c'est bon signe.

Au 40e kilomètre, je fais demi-tour (il faut bien travailler…), et le vent que j’encaissais de plein fouet depuis le début de ma sortie me pousse désormais dans le dos. J’enfonce mes mains dans le ceintre et j’accélère. Et encore. Et encore. 40km/h, 45km/h, 48km/h… Je halète, le bord de la route défile à grande vitesse. J’ai le sentiment de presque voler. Je me lève sur les pédales, sprinte comme pour faire le trou en échappée, puis je me rassois et fonce encore à plein régime jusqu'à ce que le goût du sang me vienne dans la bouche.

L'arrivée en ville se fait à Mach 12. Je tourne le coin de la rue. J’arrive à la maison. Je me douche, mange, me fais un café. Je suis grisé de vitesse et d’effort. Si bien que j’ignore maintenant pourquoi j’étais maussade ce matin. Comme un nuage qui serait disparu à l'horizon et dont on aurait oublié jusqu'à la forme.

Alors que, quelques heures plus tôt, je n’avais envie de rien, l'excitation simple des jours radieux et prolifiques me revient. Des idées de sorties, de sujets d'articles et d’activités affluent, se bousculent, je dois prendre des notes pour ne rien oublier. Je texte une niaiserie à ma fiancée. Le travail à abattre ne me parait plus un fardeau. Je me sens léger, heureux de mon sort. Enfin, je m’endure.

Je regarde la météo des prochains jours afin d’ajuster ma posologie : faudra rouler les jours qui viennent. Mais aussi les mois qui arrivent, les années qui se profilent.

Je ne dis pas que ça fonctionne pour tout le monde. Ce n’est pas une leçon que je donne. Il y a des moments où la déprime devient grave et doit être médicamentée: le vélo n'est pas une réponse à tous les problèmes de santé mentale. Ni physique, d'ailleurs. Je n'ai aucune aspiration en matière de prosélytisme sportif: un Pierre Lavoie suffit. Prenez ceci pour ce que c'est: un simple constat personnel. Tant que mes vélos m’éloigneront du comptoir du pharmacien, j’aurai au moins une bonne raison de rouler le plus souvent possible. 

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