La recette du bonheur

Jacques Sennéchael - 11/03/2016
-

Quel est le plus beau cadeau à s’offrir ? Un voyage à vélo où on jette sa montre afin de ne pas laisser prise au temps. Voici quelques ingrédients en mots et en images d’un voyage familial de trois mois en Asie. Au programme : Indonésie, Vietnam et Cambodge.

Nous avons amorcé notre périple par l’Indonésie en restant une trentaine de jours sur les îles de Bali et de Lombok. Un vol saut de puce via la Malaisie (Lombok–Kuala Lumpur/Kuala Lumpur–Hô Chi Minh-Ville, à peine 100 $ – incluant les vélos – sur AirAsia ; prendre son vol à l’avance pour un meilleur tarif !), et nous voilà à l’embouchure du Mékong au Vietnam. Un mois dans ce beau pays avant de passer la frontière cambodgienne. Comme raconter un tel voyage en si peu de pages est irréalisable, voici le meilleur de chacun des pays traversés.
 

Le podium des parcours

Mer et montagne en Indonésie
 

Nos premiers tours de roue en Indonésie ne sont pas faciles. Sur l’île de Bali, proche des grands lieux touristiques, la circulation est intense, au point où nous avons parfois du mal à passer à cause de la largeur de nos sacoches. En nous éloignant, notamment vers la quiétude d’Ubud, cela devient nettement plus fluide.

Un traversier nous transporte vers l’île de Lombok, et la situation change de manière drastique : peu de circulation et beaucoup moins de touristes. Suivant le littoral, nous filons vers les îles Gili – Air, Meno et Trawangan –, où seuls les vélos et les cidomos, des voitures à cheval, sont autorisés. Nous embarquons les vélos sur des traversiers brinquebalants directement de la plage. Exercice d’équilibriste à faire rapidement, car le traversier n’attend pas ! D’ailleurs, à propos de traversier, il existe toujours un service public bon marché si vous désirez circuler entre les très nombreuses îles indonésiennes, même si on vous jure qu’il n’existe pas. La plus belle activité sur les îles : faire le tour en vélo à la recherche des meilleurs sites de plongée et finir la journée en mangeant des fruits de mer au marché de nuit de Trawangan.

Après la plongée aux Gili, place à la montagne. Dès notre retour sur Lombok, délaissant nos vélos au profit de quatre jours de trek, nous grimpons vers Senaru, un village qui sommeille au pied du mont Rinjani. Au menu : des sentiers caillouteux et escarpés et des vues ahurissantes. Du sommet du volcan, à 3726 mètres d’altitude, on voit un lac au fond du cratère. Un bébé volcan, le Baru Jari, encore actif, pousse au centre telle une verrue en plein milieu d’un front. En quatre jours, nous nous tapons pas moins de 7000 mètres de dénivelé en montées et descentes abruptes. Nos jambes nous le rappellent dès notre retour sur le vélo.

Histoire de nous reposer de la randonnée, nous filons vers le sud de Lombok. Il faut ne le dire à personne, mais il existe un autre Kuta que celui de Bali. C’est justement là que nous allons pour découvrir le paradis méconnu du surf. Ce n’est pas compliqué : trois rues, dont une plus longue qui longe la plage. Tout est là. Le break où se forme le tube comme l’appelle les surfeurs est assez loin du rivage, environ un kilomètre, ce qui n’empêche pas de l’entendre gronder. De toute façon, vu la taille de la vague, elle est réservée aux pros. Dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Kuta se trouvent de minuscules villages de pêcheurs qui jouxtent des plages magnifiques où échouent des vagues plus accessibles aux surfeurs débutants que nous sommes. Largement de quoi rester quelques jours sans s’ennuyer un seul instant.

L’actif Vietnam

En matière de contraste avec la sérénité de Lombok, rien ne vaut la trépidation des rues d’Hô Chi Minh-Ville. Étonnamment, on y circule relativement facilement à vélo. Si on a le plan de la ville en tête (ou à portée de main), les grandes avenues permettent de traverser l’agglomération au complet, surtout en suivant les voies réservées aux scooters et vélos. Certes, vous devez prendre votre place dans le trafic, mais vous n’êtes pas le seul deux-roues. Si vous subissez trop de stress, vous avez toujours la possibilité de le faire passer en vous faisant masser en fin de journée. Les associations d’aveugles offrent un excellent service en échange de quelques dollars.

Au sud-ouest de la grande ville, le fleuve Mékong prend ses aises en formant un delta qui s’élance vers la mer de Chine méridionale en une multitude de bras. De Bển Tre, on se doit de prendre le temps de sillonner les berges de la rivière. En cherchant bien, vous trouverez partout des trottoirs de bois ou de ciment. Réservés aux vélos et scooters, ils permettent de se faufiler dans les méandres de la rivière en franchissant toute une série de ponts suspendus. Ce sont en quelque sorte les single tracks du Vietnam.

Nous remonterons vers le sud du Cambodge en prenant de petites routes tranquilles et de nombreux traversiers. Le Mékong est omniprésent. C’est un lieu de vie qui assure nourriture, transport et même commerce, sous forme de marché flottant. Pas de grand relief en perspective mais de longues lignes droites souvent empruntées par des cohortes d’écoliers à vélo.

Le passage de la frontière cambodgienne se fait sans problème. Quant aux routes, c’est une autre histoire : toute la région est en travaux, et la terre rouge ne tarde pas à colorer nos vélos.

Angkor sur deux roues

S’il y a un site touristique qui se visite merveilleusement à vélo, ce sont bien les temples d’Angkor. Certes, ils sont très fréquentés, cependant la taille du site facilite une visite plutôt sereine. D’entrée, gardez-vous un minimum de deux jours pour prendre le temps de vous imprégner de la culture khmère. Commencez en fanfare avant le lever de soleil sur le temple Angkor Vat. Certes, vous vous lèverez tôt, voire très tôt – départ en vélo de Siem Reap aux alentours de 4 h 30 – pour espérer avoir votre place aux premiers rayons du soleil. Une fois prise la traditionnelle photo du temple avec ses douves au premier plan et ce premier site visité, rien ne vous empêche de faire le tour à l’envers des autres touristes (dans le sens antihoraire). Après tout, vous êtes autonome et votre vélo (bien cadenassé) vous attendra à la sortie des temples. Ne manquez pas le mariage de la nature au temple Ta Prohm – on ne sait pas encore qui des racines des fromagers ou des sculptures va gagner –, de même que les volumes du temple Banteay Samré et la vaste cité d’Angkor Thom recélant en son centre le temple Bayon et ses visages souriants. Deux journées bien remplies par une cinquantaine de kilomètres quotidiens à l’odomètre et des milliers de pas graveront définitivement Angkor dans les incontournables à voir de notre monde.
 

Le podium culinaire

Au cours de ce séjour asiatique, nous avons dégusté toutes les sortes de mets sans en subir la moindre conséquence désagréable. Si manger dans la journée en plein ramadan en Indonésie (tout particulièrement sur l’île de Lombok) est complexe, le Vietnam s’est par contre montré le paradis de la bouffe de rue. Dans les rues d’Hô Chi Minh-Ville, chaque coin de trottoir est un restaurant à ciel ouvert. En quelques secondes, chaises et tables de plastique sont installées afin de vous laisser jouer de la baguette. La nourriture est fraîche et goûteuse. Montréal, qu’attends-tu pour ouvrir plus largement les portes à la cuisine de rue ?

Dans les trois pays, un fil conducteur réunit les baguettes à heure variable : le riz. Deux mille variétés différentes sont cultivées dans le monde, et l’Indonésie en est le troisième producteur mondial. Premier contact du côté d’Ubud, sur l’île de Bali. Nous circulons sur d’étroits sentiers bordés de rizières. Chaque goutte d’eau, chaque centimètre de terrain sont organisés en vue de nourrir chaque grain de riz. L’Asie semble brouillonne par moments, mais ce n’est pas le cas de ses plants de riz, alignés comme à la parade. Jamais vert n’a été aussi tendre et lumineux sous le soleil. On en mange à toutes les sauces et à tous les repas.

Dans l’ordre des plaisirs gustatifs, le phờ remporte aisément la médaille d’or. Un bouillon de bœuf, des nouilles de riz, des épices, une poignée d’herbes fraîches, de la viande ou du poisson. Nous gardons un souvenir ému de celle au canard du marché des îles Côn Đảo.

La médaille d’argent revient aux différents produits de la mer, soigneusement préparés : des crabes dans les rues d’Hô Chi Minh-Ville, des calamars sauce sambal face aux vagues de Kuta, sans oublier le mahi-mahi grillé sur les îles Gili.

Et une médaille de bronze à la foison des saveurs. Les Asiatiques n’ont pas peur d’utiliser à profusion basilic, coriandre et autres herbes fraîches, et que dire de l’ail, de la citronnelle, du piment et de tant d’autres saveurs.

 

Repères

Les épargnes sont constituées, les piqûres des vaccins reçues, les patrons convaincus (de vous donner le congé sans solde qui vous verra revenir reposé et plein d’idées neuves), l’école est prévenue (certes, votre enfant manquera la rentrée, mais l’école du voyage vaut bien quelques jours de classe). Reste donc à vous préoccuper du matériel. Monture, porte-bagages et sacoches seront vos amis les plus fidèles pendant ces trois mois. Autant les choisir soigneusement.

La monture Vu les routes en mauvais état, les chemins rendus boueux par la mousson, le vélo de montagne aux roues de 26 pouces est le mieux adapté à la situation. En outre, vous trouverez sans difficulté des pièces de rechange. Oubliez cependant, la dernière cassette onze vitesses à la mode.

Le problème Le calcul est simple : 200 $ x 2 = 400 $, c’est le coût de transport aller-retour (sur les ailes de United) de votre vénérable hardtail qui dort dans votre garage depuis un certain nombre d’années.

La solution Une rapide visite via le web des boutiques de Bali nous a fait découvrir les Polygon , hardtail aluminium made in Indonesia avec freins à disque mécanique et brasures nécessaires à l’installation d’un porte-bagages. Coût : 325 $. Finalement, un seul vélo prendra le vol aller de United, et sa boîte contiendra les porte-bagages de toute la famille. La location dans chacun des pays visités est également envisageable, toutefois cela implique de ramener le vélo à bon port, et les pays visités ne nous garantissaient pas de trouver des montures de qualité.

Pour le reste, on pense à du matériel solide (sacoches et porte-bagages) et surtout à une certaine forme de simplicité volontaire. La stabilité de la température dans le Sud-Est asiatique impose seulement une tenue légère et des vêtements de vélo, un imperméable pendant la mousson. On ajoute des outils, quelques livres, et l’affaire est faite. De toute façon, la vie n’est pas chère, entre autres si vous désirez renouveler votre garde-robe.

En ce qui concerne le parcours, n’oublions pas qu’en Asie, le temps ne coule pas de la même façon ; le fait de voyager pendant plusieurs semaines donne une plus large marge de manœuvre. Il faut laisser place à l’improvisation : un lieu d’arrivée, un autre de partance, des réservations afin de simplifier arrivée et départ, et bingo ! Nous sommes restés très peu de temps à certains endroits et une dizaine de jours à d’autres. Attention tout de même à la durée de séjour autorisée par vos visas en fonction des pays visités.


Le voyage vu par Philomène
Ah ! la ! la ! Dès que mes parents ont énoncé l’idée de partir trois mois en Asie, j’ai eu des petits frissons de crainte. C’est moins l’Asie qui m’effrayait que le fait d’être, pendant une assez longue période de temps, loin de mes repères, de mes amis, de ma maison, de mon chien et de tout ce qui fait partie de mon petit confort.

Quand la décision a été prise que nous voyagerions pendant l’été 2013, une de mes amies a lancé à la blague qu’elle viendrait bien avec nous. J’ai pris sa blague au pied de la lettre. J’ai parlé à mes parents de la possibilité d’amener une amie avec nous là-bas, l’idée a fait son chemin dans leur tête, et Florence a fini par nous accompagner !

J’étais étonnée et plus que ravie de ne pas être la seule participante du voyage dans ma catégorie d’âge.

Plus le grand départ approchait, plus je me sentais anxieuse de tout quitter, et c’est seulement à la veille du décollage que mon inquiétude a fait place à de l’excitation. J’ai eu bien raison de m’enthousiasmer, puisqu’effectivement ç’a été un voyage mémorable, qui m’a permis de mieux me connaître et de mieux comprendre mes parents. Moi qui suis un tantinet plus princesse qu’eux, j’ai dû composer avec leur idéal de voyage – du vélo (beaucoup de vélo), les régions les moins touristiques possible et les plus petits bouibouis. J’avoue que ça m’a fait découvrir la vraie Asie. Mes parents se sont aussi adaptés à Florence et à moi, évidemment.

Même si j’ai vraiment apprécié tout le voyage, j’ai préféré l’Indonésie, pour ses belles plages, et le Cambodge, pour son je-ne-sais-quoi d’accueillant. Il est sûr et certain que j’envisage de retourner en Asie du Sud-Est.

 


motCle_url:
motCle_url2:
souscategorie:
type_activite:
type:
saison: