La famille Terra Tributa près de Tofino, en Colombie-Britannique: Vanessa Richard, Léo (9 ans), Lucas (7 ans) et Bertrand Lemeunier © Bertrand Lemeunier
La communauté Warmshowers permet aux cyclotouristes de trouver des hébergements et aux hôtes d’offrir l’hospitalité. Ce n’est pas juste pratique : s’inscrire sur cette plateforme revient à faire partie d’une grande famille où il faut s’attendre à donner et à recevoir.
Depuis une dizaine d’années, notre famille, que nous appelons Terra Tributa, fait partie de Warmshowers (WS), tout comme José Ines Garcia Orellana, Normand Pion et Hélène Giguère. WS est loin d’être la seule plateforme d’hébergement communautaire. Entre Couchsurfing, BeWelcome, Servas International, Trustroots et quelques autres, des millions de personnes se rencontrent en accordant et en acceptant l’hospitalité à travers le monde. WS a la particularité de s’adresser aux cyclistes.
En plus de prodiguer aux voyageurs des conseils précieux, les hôtes qui ouvrent leur porte sont souvent décrits comme chaleureux et accueillants. Ils répondent de cette façon à plusieurs des besoins essentiels des cyclotouristes : dormir, se doucher, laver ses vêtements…
Recevoir : la magie du voyage à la maison
Loger quelqu’un chez soi n’est pas une démarche spontanée ni aisée pour tous. Il est vrai que « la peur de l’inconnu peut nous arrêter », souligne José Ines Garcia Orellana. Cela n’empêche pas ce père de famille salvadorien d’héberger chez lui, à Chirilagua, tous les cyclistes de passage. Normand Pion, quant à lui, suggère à toute personne de « l’essayer au moins une fois ». C’est l’unique manière de réaliser que l’hôte bénéficie tout autant que l’invité de ces rencontres enrichissantes.
José Ines Garcia Orellana confirme la richesse de ces rencontres. Lui qui a déjà voyagé à vélo à partir du Québec pour retourner chez lui en utilisant la plateforme WS est de passage à Montréal avec sa famille. Il a voulu revoir les nombreux cyclistes qu’il a reçus au Salvador. Le café de la Maison des cyclistes, sur la rue Rachel, est bondé, des sourires éclairant tous les visages. « Je peux voyager tout en restant chez moi, explique José Ines Garcia Orellana. Ces rencontres créent des occasions d’apprentissage pour mes enfants et les ouvrent sur le monde. » Bref, voyager par procuration permet entre autres aux hôtes de vivre l’instant présent, de stimuler la curiosité, de découvrir la diversité culturelle, de dépasser certaines peurs et, bien sûr, de créer un sentiment d’appartenance à la grande famille des cyclistes voyageurs.

Retrouvailles montréalaises à la Maison des cyclistes pour José Ines Garcia Orellana et ses nombreux invités québécois © José Ines Garcia Orellana
Ce sont Normand Pion et Hélène Giguère qui ont organisé les retrouvailles montréalaises de José Ines Garcia Orellana avec ses invités québécois. Eux aussi sont passés chez lui, à Chirilagua, lors d’un séjour au Salvador. Pour ces voyageurs qui cumulent à leur compteur près de 100 000 km sur deux roues depuis 1996, la communauté WS constitue l’épine dorsale de la plupart de leurs voyages. Sur les 266 nuitées en trois traversées des États-Unis, ce couple a séjourné à 137 reprises chez des hôtes de la plateforme d’hébergement pour cyclistes ; dans l’ensemble de ses voyages, il a fait dodo 500 fois chez des Warmshowers en 2000 nuits passées sur les routes du monde. Riche de cette expertise, Normand Pion est d’ailleurs devenu Global Ambassador Warmshowers pour le Canada.

José Ines Garcia Orellana a l’habitude de photographier les cyclistes qu’il reçoit chez lui, au Salvador. © José Ines Garcia Orellana
Dans certaines situations, les contacts WS seront salvateurs. Lors d’un voyage à vélo en Pologne, notre fils Léo a été hospitalisé pendant trois jours pour une gastro-entérite. Durant ce temps, nos hôtes, Anna et Peter, ont été d’une aide exceptionnelle. La communauté WS sait être solidaire quand la vie nous rappelle notre vulnérabilité. Vanessa, ma conjointe, me remémore que personne d’autre n’a été malade malgré la petitesse de l’appartement. Léo a même eu droit à un gâteau surprise pour son premier anniversaire. Cela fait du bien de se sentir au bon endroit au bon moment. Merci, Warmshowers !

Il y a quelques années, la famille Terra Tributa s’est refait une santé et a fêté un premier anniversaire dans une famille Warmshowers polonaise. Les voici ici en compagnie d’Anna. © Bertrand Lemeunier
Les bonnes pratiques
Sur Warmshowers, une communication respectueuse constitue l’élément primordial. Pour commencer, l’invité a tout intérêt à savoir où il va arriver. Après lecture du profil de l’hôte, une demande personnalisée aura davantage de chances d’obtenir un retour positif. Normand Pion souligne que personne n’oblige l’hôte à accepter telle ou telle requête. La réponse « je n’ai pas le temps » convient. Même si José Ines Garcia Orellana gère une entreprise de 30 employés, il considère que les rencontres cyclistes ne se calculent ni en minutes ni en heures mais plutôt en expériences partagées ; vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il accueille ses invités avec un « mi casa es su casa ».

Retrouvailles montréalaises à la Maison des cyclistes pour José Ines Garcia Orellana et ses nombreux invités québécois © Bertrand Lemeunier (illustration) • normand pion
Pour connaître le profil de l’utilisateur WS, il suffit d’aller voir sur le site. Les renseignements classiques y sont mentionnés, accompagnés d’une photo de la personne, des notes de satisfaction des hôtes et des invités, puis le lieu est indiqué sur une carte de même que les disponibilités. Chaque hôte précise le nombre maximum d’invités et ses options en matière d’hébergement (lits, camping, canapé, plancher). Sous une courte présentation s’affiche la liste des installations sur place. Et si l’hôte n’est pas disponible cette journée-là, il lui est suggéré de recommander le ou les cyclotouristes auprès de relations locales.
Et la langue, est-elle une barrière ? José Ines Garcia Orellana affirme que non en évoquant un cycliste japonais qui ne parlait ni espagnol, ni français, ni anglais. Après cinq jours sur place, son invité a fait tout le ménage et a préparé un savoureux poulet à l’ananas. Encore aujourd’hui, José Ines Garcia Orellana se demande : « Mais où a-t-il trouvé cette volaille ? » De son côté, Vanessa, la reine des crêpes, a beaucoup de succès chez nos hôtes avec ses histoires québécoises à saveur de sirop d’érable. Bref, comme hôte ou comme invité, les spécialités culinaires se partagent allègrement et sans modération. Mais n’allez pas offrir un vin des États-Unis à votre hôte en France !

Normand Pion et Hélène Giguère ont près de 100 000 km au compteur de leur tandem, avec de nombreuses nuits dans la communauté Warmshowers. © Normand Pion
Combien de temps dure un séjour WS ? Tous les scénarios sont possibles. En général, notre famille reste entre une et trois nuits chez les mêmes personnes. Si l’hôte ne fournit aucune information, le ou les cyclotouristes doivent simplement exprimer leurs intentions : « Pouvons-nous dormir une nuit supplémentaire ? » Cela peut être à cause de la météo, de la fatigue, d’un bris mécanique, d’un visa qui tarde à arriver… : toutes les raisons sont bonnes pour prendre son temps. D’ailleurs, à chaque départ de ses invités, Normand Pion se fait une joie de pédaler un petit bout de chemin en leur compagnie !
Aussi, pour bien terminer chaque rencontre, rien de tel que de rédiger des mots de remerciement sur le profil de l’hôte et sur celui de l’invité. Ce partage s’avère également indispensable pour cette communauté mondiale, afin d’informer les futurs usagers. « Il est plus facile de faire confiance à quelqu’un si vous pouvez voir ce que les autres ont écrit à son sujet », spécifie la FAQ de Warmshowers. C’est probablement pour cette raison que plusieurs membres s’inscrivent d’abord en tant qu’hôte avant d’entreprendre eux-mêmes une aventure sur deux roues. Dans tous les cas, grâce à la communauté Warmshowers, des liens incroyables se tissent entre les passionnés de vélo.
Pour tout savoir sur Warmshowers, c’est ici !
Abonnement à vie : 30 $ US pour devenir hôte et/ou utilisateur.
Cela donne accès au site et permet de trouver et d’offrir un hébergement.
Il existe aussi une application Warmshowers, moins conviviale, qui fonctionne avec un abonnement temporaire.