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Actualités, Entre roches et racines

Le fatbike, une activité hivernale qui a fait sa place

02-02-2026

Le TransFat est l’événement vélo de l’hiver depuis dix ans.

De marginal en 2015, le fatbike est dix ans plus tard devenu une activité prisée pour ses vertus complémentaires aux autres sports hivernaux. Luc Baril, organisateur du TransFat Ultra 100 et copropriétaire des boutiques Espresso Sports, situées dans les Laurentides, fait le point sur une discipline qui a maintenant le statut de sport d’hiver.

Luc Baril se définit d’abord comme un skieur. Le fatbike arrive après, lorsque la météo n’est pas propice à la glisse. Il a observé le même phénomène chez la plupart des pratiquants : le fatbike est davantage un complément aux autres disciplines hivernales et au vélo de montagne.

C’est qu’une météo spécifique est nécessaire pour que la pratique du fatbike soit plaisante. Après une bordée de neige, c’est plutôt le moment d’aller skier. Puis, lorsque les conditions de ski se dégradent, vient le temps de sortir le vélo à grosses roues. « Le printemps, en particulier, est une sai­son parfaite, avec ses gels et dégels consécutifs. Il y a de plus en plus d’épisodes de pluie en jan­vier, ce qui favorise le durcissement des sentiers », remarque Luc Baril.

Une activité désormais bien établie

Les Laurentides sont plus que jamais reconnues comme le cœur de la pratique du fatbike au Québec. « À mon arrivée dans la région, en 2002, le vélo de montagne était un sport un peu mal vu, il n’y avait pas vraiment d’organisation et nous faisions du vélo dans les pistes de ski de fond avec tous les autres usagers : raquetteurs, fondeurs et marcheurs. Nous avons convaincu les élus que nous voulions faire des sentiers de raquette et, en cachette, nous avons en même temps bâti un réseau de vélo de montagne d’hiver ! Les fatbikes n’existaient pas dans ce temps-là », raconte Luc Baril en riant.

Tapés par les raquettes, les sentiers étaient alors praticables à vélo. « Les journées magiques étaient celles qui venaient après une période de redoux suivi d’un refroidissement : les pistes devenaient en béton armé et nous pouvions y aller avec nos vélos de montagne », se souvient-il.

Entre 2010 et 2015, alors que le vélo hivernal arrive sur le marché et gagne en popularité, les conflits d’usages s’accentuent dans les sentiers. « Comme boutique, nous nous sommes dit que nous devions embarquer dans cette vague. C’est à ce moment-là que nous avons proposé à Plein air Sainte-Adèle (PASA) de tracer les sentiers d’été, afin d’agrandir le réseau de fatbike et d’ainsi réduire les conflits d’usages avec la raquette. Au début, il n’y avait pas de budget et personne ne croyait vraiment à notre projet. Après deux ans, la région est devenue prisée pour la pratique du vélo d’hiver, et l’achalanda­ge a continué à augmenter jusqu’à aujourd’hui. En 2025, nous traçons 50 km de singletracks à Sainte-Adèle. »

Selon Vélo Québec, le réseau de fatbike s’est étendu au Québec de 500 km en 2015 à 1620 km en 2025, et le nombre de centres de pratique est passé de 46 à 108. L’arrivée des vélos à assistance électrique, les nouvelles géométries, le développement de sentiers de fatduro et l’ouverture hivernale de corridors cyclistes comme le P’tit Train du Nord comptent parmi les éléments qui facilitent l’accessibilité et la croissance du vélo d’hiver.

Si le sport a connu une croissance fulgurante lors de la pandémie, le retour à la normale s’est fait en douceur. « Je pense que la fin de la covid a ramené le voyage dans les habitudes des gens actifs et, surtout, nous avons eu quelques hivers enneigés plus propices au ski, ajoute Luc Baril. Nous avons constaté une baisse de l’achalandage dans les sentiers de même que dans la vente et la location de vélos d’hiver. Puisque nous sommes aussi une boutique de ski, nous voyons clairement que c’est la météo qui dicte la tendance de l’hiver ! Ce sont deux sports indéniablement complémentaires. »

Une activité soutenue par l’effort bénévole

À l’instar du vélo de montagne, le fatbike repose sur l’engagement communautaire. Luc Baril est activement engagé avec PASA, notamment relativement à l’entretien des sentiers et à la coordination des bénévoles : « Il y a beaucoup de machinerie à acheter et à entretenir. Souvent, le budget va couvrir ces frais-là, mais pas ceux relatifs à la main-d’œuvre. Nous avons des bénévoles incroyables : une vingtaine de personnes conduisent six machines pour tracer 50 km de sentiers dès qu’il y a un changement météo. Ça représente en moyenne cinq sorties par semaine, et entretenir 50 km de pistes exige 90 km de traçage. La saison d’entretien dure généralement 16 semaines ; c’est beaucoup de kilométrage et d’heures de travail bénévole. »

Les moments les plus difficiles surviennent après les bordées de neige. « C’est là que nous mettons le plus de temps, alors que ce sont toujours les pires conditions ! C’est nécessaire, même si ce n’est pas valorisant sur le coup, car lorsque le froid fait son œuvre, le réseau devient parfait », explique Luc Baril.

 

Luc Baril considère que le fatbike est maintenant bien établi dans la liste des activités hivernales.

Le TransFat, célébration des sentiers d’hiver

Luc Baril et ses complices d’Espresso Sports ont lancé en 2015 une première mouture du TransFat, un rassemblement organisé en novembre qui se voulait être une sortie de vélo de montagne en fatbike à travers tous les types de sentiers, le but étant d’effectuer un circuit impossible à faire en été ou en hiver.

La pause obligatoire durant la pandémie a amené l’équipe à faire évoluer la recette vers une deuxième mouture, qui se révèle une célébration de tous les sentiers tracés pour le fatbike. « Normalement, les trois réseaux de Sainte-Adèle ne sont pas reliés, mais lors du TransFat, ils le sont grâce à du traçage et à des permissions spéciales pour l’événement », précise Luc Baril en ajoutant que ce « party des sentiers » rassemble entre 100 et 200 cyclistes passionnés. « Et le traditionnel parcours du TransFat original – dont l’objectif est de “chercher la misère” – a été repris l’automne dernier dans une première édition du Trans-pire. Même la signalisation démontre que ce n’est pas ce à quoi on s’attend : c’est pire ! C’est un événement sur deux jours pour lequel il faut soumettre sa candidature, afin de s’assurer que tout le monde ait une belle expérience. »

Comme quoi le fatbike est bien vivant ! Son statut de sport hivernal complémentaire est loin d’être un problème pour sa croissance.


Photos : Espresso Sports

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