Difficile d’évoquer en peu de mots toute l’histoire de la Route verte. Cet itinéraire cyclable, que j’aime comparer à une toile d’araignée tant il recouvre une bonne partie du Québec, célèbre cette année l’âge vénérable de 30 ans. Depuis sa création, il s’en est passé des choses ! Je me suis entretenu une petite heure avec Jean-François Pronovost, grand timonier de la Route verte, avec qui j’ai fait un voyage temporel sur les 5400 km du parcours en abordant quelques jalons cruciaux.
La genèse
« Lorsque nous avons présenté notre vision du Québec cyclable à la Conférence vélo mondiale en 1992, à Montréal, cela ressemblait déjà à la Route verte », m’a d’abord expliqué Jean-François. « Déjà, en 1967, le père Gabriel Lupien, à l’origine de Vélo Québec, désirait transformer la province pour qu’elle soit plus cyclable. Nous avions même publié des cartes cyclables du Québec dans les années 1980. Mais il n’y avait pas beaucoup de tracés. »
Les irritants
Les premiers pas de cette Route verte n’ont pas été faciles. Les partenaires régionaux ne voyaient pas nécessairement d’un bon œil qu’une organisation nationale comme Vélo Québec s’occupe des enjeux locaux. « Et puis, il y avait la question de la tarification, ajoute Jean-François. Nous ne voulions pas d’un grand projet à péage à certains endroits, qui ne serait pas nécessairement instauré partout. »
La communication
La Route verte est aussi une histoire de communication. « Si on veut convaincre, c’est toujours important d’aller voir le monde, de serrer des mains. Ce n’est pas parce que la Gaspésie est loin qu’il ne faut pas y aller, indique Jean-François. J’ai donc parcouru des milliers de kilomètres pour faire valoir cet itinéraire cyclable. Ce n’était certainement pas le projet pour se reposer ! »
Les partenaires
À aucun endroit, la Route verte n’est tombée du ciel en se faisant facilement. « Nous avons toujours voulu travailler avec des partenaires proactifs, qui avaient envie de s’investir dans ce projet, précise Jean-François. Ce qui nous a aidés, c’est que de beaux développements comme le Parcours des anses, à Lévis, et la Vélopiste Jacques-Cartier/Portneuf créaient une certaine pression pour motiver la Ville de Québec, par exemple, à s’activer en ce sens. »
Les réussites
La Route verte se révèle un succès dans son ensemble, et Jean-François Pronovost est particulièrement fier de deux points : « Dès le début, nous avons convaincu le ministère des Transports qu’il fallait penser au vélo chaque fois qu’une nouvelle route serait construite. Aussi, dans la plupart des grandes villes, nous avons réussi la connexion entre les réseaux urbains et ruraux. »
Les obstacles
Certains irritants sont chose du passé, mais il reste quelques éléments qui freinent le développement de la Route verte. « Il faudrait un peu plus d’argent pour peaufiner certains tronçons qui ont besoin d’amour et, surtout, pour assurer la pérennité de l’itinéraire. Dans un autre ordre d’idées, je me demande aussi comment ça se fait que ce soit si compliqué d’embarquer son vélo dans un transport public pour aller visiter le Québec », se désole-t-il.
L’avenir
Nous voulons une Route verte encore plus belle et avec plus de services, évidemment. « On parle de loisir et de tourisme, bien sûr, mais ce serait bien de la considérer aussi comme une infrastructure de mobilité qui contribue à apaiser la circulation, notamment en milieu urbain », a-t-il conclu.
À lire
À 30 ans, la Route verte et ses 5 000 km sont la courroie de transmission du développement touristique dans toutes les régions québécoises. Dans son livre qui vient de sortir La Route verte – La plus belle conquête du vélo, Jean-François Pronovost raconte cette mobilisation qui est allée bien au-delà des calendriers électoraux.