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Le blogue de David Desjardins

28 jours d’éternité

03-10-2020

Photo: Daniel Frank sur Unsplash

C’est parti pour 28 jours de confinement.

Quatre semaines à prier (je-ne-sais-trop-qui) pour du beau temps, à réinstaller mon kit d’entraînement au sous-sol pour les jours de pluie dégueulasse, à m’acheter de nouveaux skis de fond en prévision de l’hiver (en priant -encore- pour que les centres demeurent ouverts), à mettre en place mon programme de muscu à la maison, à me procurer de nouvelles chaussures de course pour varier l’entraînement…

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Au printemps dernier, tout conspirait pour que je sombre pendant le confinement. Météo exécrable. Mon gym de vélo fermé. Les centres de ski de fond aussi. Un bobo à la cheville qui m’empêchait de courir. Je me suis promis que je ne me laisserais plus prendre. Que je n’irais plus noyer mes angoisses dans la IPA brassée en petits lots. Enfin, pas seulement.

Ceux qui lisent ce blogue connaissent mon profil addictif. Si j’en juge par les ventes à la SAQ lors de la première vague, de même que celles de la SQDC, sans parler de l’augmentation du prix de plusieurs drogues de rue : je ne dois pas être seul. Du buveur de gros gin au cocaïnomane en passant par l’éventail complet des adeptes de paradis artificiels en tous genres, auxquels j’ajoute les dégustateurs en série, les outremangeurs, les rénovateurs à la chaîne, les compulsifs de la décoration, les avaleurs de séries télé, les accros de Tik Tok, les acheteurs de tout et son contraire en ligne et j’en passe d’autres et des meilleures : nous sommes nombreuses et nombreux en quête d’évasion. De notre quotidien, peu importe que ce soit parce qu’il est une source d’ennui, d’anxiété, ou les deux à la fois.

À ce rayon, j’ai, depuis longtemps, troqué ce qui me fait du mal pour ce qui me fait du bien. Dans le podcast de Jean-Philippe Wautier, il y a deux ans, je racontais chérir mon corps avec la même discipline que j’appliquais autrefois à le détruire. J’étais à fond dans la fête, dans le rock, j’allumais ma clope avec la précédente. Maintenant je m’entraîne comme un fou. Une dépendance socialement acceptable. Mais le besoin de base est toujours le même : m’enfuir.

Pas de ma vie. Pas des autres. De moi-même. De la normalité. Je cherche de courts moment d’éternité. Aller à cet endroit où plus rien n’a prise. Dans un lieu où l’enchantement passe par la douleur, l’intensité, la perte des repères, la survie du corps. Et lorsque vous êtes confinés, que la pire saison de l’année se pointe (novembre et décembre jusqu’à ce qu’il neige suffisamment pour faire quelque chose avec), cette évasion devient de plus en plus complexe. C’est comme une couche d’anxiété qui s’ajoute aux autres (ma fille attrapera-t-elle la COVID à l’école, mes affaires vont-elles continuer de bien aller, l’économie et mes économies vont-elles s’effondrer… et vais-je pouvoir continuer de me défoncer dans le sport?)

Alors je me cherche des manières de ne pas sombrer, cette fois. Pendant que d’autres remplissent la cave de vin, je prépare mon gym maison, je m’équipe pour rendre mon environnement de travail et d’entraînement le plus complet et agréable possible. Je me prépare à me doper aux endorphines pour mieux repousser l’heure de la première bière.

Je prie pour du beau temps. Tous mes vélos sont parés. Route, gravel, montagne. J’augmente progressivement mon milage de course à pied. J’accepte des invitations pour des ligues de contre-la-montre par équipe sur Zwift. Mon horaire de travail est dingue, mais mes fins de semaine sont libres. Comme des promesses.

Faites qu’octobre soit beau et doux. Je sais que ça n’a rien à voir, que ce n’est pas une loterie cosmique, que la chance n’est pas un truc qui tombe dessus parce que le grand horloger de la justice immanente décide que notre tour est venu. Mais il me semble quand même qu’on le mérite.

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