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Le blogue de David Desjardins

Alafolie!

31-08-2020

Photo Thomas Maheux pour ASO

On annonçait un début de Tour explosif. La première étape a surtout été chaotique. La seconde et la troisième sauvée de l’ennui par des finales exaltantes. Maintenant, comme l’an dernier, tout le monde se demande si Alaphilippe peut gagner le Tour.

Côté Franchous, Pinot, abonné à la malchance, est déjà tombé avec les deux tiers de son escouade de la FDJ à la toute première étape. Ça sent déjà le coup de blues, le truc qui lui joue dans la tête et qui l’amène à l’abandon.

J’espère me tromper. J’aime le style de Pinot. Agressif, sanguin, à l’attaque. Il a vaincu toutes sortes de handicaps, dont une technique de descente qui relevait de l’enclume à roulettes. Sa victoire sur Il Lombardia il y a deux ans était impériale. On ne remporte pas cette course sans être un excellent descendeur. Son parcours plonge, après le col du Sormano, pendant ce qui semble une éternité, à travers des villages, sur des passes dangereuses et des corniches traitresses (comme l’a découvert à ses dépens le jeune prodige Remco Evenepoel il y a quelques jours) et il faut ensuite survivre jusqu’au final, sur le plat et quelques bosses.

Y croyez-vous?

Mais je ne le sens pas. Ce ne sera pas son tour. Ce sera encore celui d’Alaphilippe.

Je dis encore parce qu’Alaphilippe ne gagnera pas, mais c’est encore de lui dont on se souviendra l’an prochain. Que Roglic, Bernal ou qui-sais-je-encore remporte la palme, c’est la fougue de Julian qui marquera les esprits.

Les Anglos qui suivent le Tour parlent d’Ala-believers : ceux qui croient aux chances du Français de tenir bon jusqu’à Paris.

Je vous prédis qu’il tiendra encore une semaine en jaune, si tout va bien. Peut-être un peu plus. Mais pas jusqu’à Paris, et ça n’a pas d’importance. Il va donner un spectacle jusqu’au bout. On va le voir à l’attaque. Et briller comme hier, comme il a failli l’accomplir sur Milan-San Remo aussi (vaincu à l’arrachée cette fois par Wout Van Aert): avec la pancarte au dos, en attaquant exactement là où tout le monde l’attendait.

Ça s’appelle être vraiment fort des jambes. Et être un excellent tacticien. Il était au bon endroit, au bon moment.

Évidemment qu’on voudrait voir Alaphilippe gagner le Tour. Parce qu’il est tout ce que le cyclisme n’est plus : explosif, agressif, rempli de tics qui n’ont rien à voir avec les watts et les calculs précis des grandes équipes calculatrices sur les grands tours.

Ses grimaces qui rappellent Voeckler (mais en plus sympa), sa manière de se bouger les cuisses pour leur redonner une contenance, de se faire aller les mains engourdies par l’effort et de resserrer ses chaussures avant l’explication finale : tous ces gestes qui sont à la fois des tics et une signature fabriquent un momentum, une excitation qui grandit à mesure que la ligne d’arrivée s’amène.

Avant les restrictions de la Covid, il parlait aux enfants, il leur donnait des bidons, il interpelait les fans, il se mêlait aux gens. C’est un héros populaire, avec du panache et une férocité qui font envie.

Son témoignage émotif lors de sa victoire à la seconde étape, dédiée à son père récemment décédé, était dans l’ordre des choses. Alaphilippe est brave et fort et vrai. C’est pour cela que la France et le reste du monde l’aiment Alafolie. C’est pour cela qu’il restera le champion du Tour de France, peu importe le rang auquel il termine. Il a déjà gagné les cœurs.

 

 

 

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