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Le blogue de David Desjardins

Après les pavés… les alpages

16-07-2018

Les belles victoires m’émeuvent. Sur le Tour, j’ai mémoire de plusieurs qui m’ont marqué et qui garnissent les tiroirs d’une mémoire affective qui me fait revenir à ces courses si dures et si belles, années après année. Les classiques. Les grands tours.

Le triomphe de John Degenkolb sur les pavés, dimanche, vient de s’ajouter à la liste.

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C’est la seconde fois que le sprinter allemand s’impose à Roubaix. La précédente, c’était cependant dans le vélodrome, en 2015, pour la partiellement homonyme classique (Paris-Roubaix) qui emprunte quelques-uns des secteurs pavés franchis lors de cette étape du Tour.

Entre les deux, le sympathique coureur a subi un grave accident à l’entraînement, la perte d’un proche. Il a dédié sa victoire à ce dernier hier, trémolo dans la voix et larmes aux yeux. Depuis ces incidents (l’accident a failli lui coûter une partie d’une main), il semblait toujours à côté de ses pompes. Si bien que plusieurs -j’en suis- ne songeaient même plus à lui au moment de nommer les favoris de grandes épreuves comme les classiques, ou le parcours de dimanche.

Dimanche, donc. Degenkolb a impeccablement conclu un sans faute sur l’une des plus exigeantes étapes du Tour par un final de costaud qui faisait penser à un sprint de pistard (voir la vidéo plus haut). Avec deux autres spécialistes des pavés dans sa roue (Greg Van Avermaet et Yves Lampaert). Et ce fut ma-gni-fique. Un coup de force pour ajouter au coup de génie tactique et technique.

L’Allemand faisait déjà bonne figure dans les sprints depuis le début du Tour, se glissant discrètement -façon de parler pour un truc qui se fait à bloc, à 1 000 000 de watts et autant de kilomètres à l’heure après s’être faufilé dans un peloton hostile au possible- parmi les grosses cylindrées. Le voilà maintenant porteur d’une confiance nouvelle grâce à cette victoire. Ce qui pourrait bien constituer une rampe de relancement pour sa carrière.

On mesure souvent mal l’impact qu’un gain comme celui-là représente chez les coureurs. Mais il y a une grande part de conviction dans le sport : cette idée qu’on peut gagner, et qui fait gagner. Pour croire, il faut de la foi, mais aussi, parfois, une preuve. Celui qu’on surnomme Dege (prononcez Dègué) vient d’en obtenir une belle.

L’autre gagnant de l’étape?

Romain Bardet. Oui oui. Parce qu’après avoir subi tant de crevaisons, sur un parcours vraiment difficile pour sa frêle carrure, d’être revenu en évitant de perdre plus de temps qu’il ne l’a fait relève de l’exploit.

On l’avait vu costaud dans la glaise de Strade Bianche au printemps. Il a montré que les pavés ne lui font pas peur non plus.

Froome, Quintana et la plupart de ceux qui devaient y laisser leur peau s’en sont admirablement sortis lors d’une épreuve richissime en rebondissements qui nous fait dire deux choses : qu’on en prendrait bien chaque année, de ces pavés. Et qu’on pardonne presque au Tour cette semaine de platitudes pour terminer avec ce moment de pur bonheur sadique pour les amateurs.

Maintenant, les Alpes. Mais sans Richie Porte. Encore victime de la neuvième étape du Tour, comme l'an dernier.
 

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