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Le blogue de David Desjardins

Des nouvelles de Simone

24-05-2024

Figure dominante du cyclisme amateur féminin au Québec, Simone Boilard a connu un début de parcours professionnel marqué par les aléas des équipes de développement qui, chez les femmes et les hommes, peuvent servir autant de formateur creuset que de tombeau pour de jeunes carrières.

Après des saisons en dents de scie, un diagnostic et une opération pour débloquer une artère iliaque qui amputait ses performances, Simone a paraphé une entente de deux ans avec Uno-X Mobility, une équipe WorldTour (première division).

On l’a contactée pour prendre des nouvelles, discuter de ses ambitions et, plus largement, de l’avenir du peloton féminin, alors qu’elle arrive à mi-parcours d’une saison où elle s’est présentée au départ de grandes classiques et de courses à étapes de première classe pour la première fois.

Tu arrives de la Vuelta a Burgos Femininas, une très belle course à étapes en Espagne. Comment ça s’est passé?

Assez bien. J’arrivais d’un camp d’entraînement en altitude, ce que je n’avais jamais fait en pleine saison, et mon coach m’avait avertie que je serais peut-être fatiguée en raison de ça, mais finalement la forme était bonne. Je jouais un rôle d’équipière, donc mes résultats ne sont pas spectaculaires, mais j’ai quand même tenté le coup à la troisième étape. C’était un peu kamikaze. J’étais dans l’échappée du jour, mais on s’est fait reprendre à 2,7km de l’arrivée.

C’est SD-Worx qui a fait le gros du travail pour ramener le peloton. Elles contrôlent toujours aussi bien la course, et c’est Demi Vollering qui a remporté le classement général…

Oui. C’est une équipe énorme qui rend les choses assez difficiles : chez les femmes, en ce moment, SD-Worx détient les cinq meilleures coureuses au monde. Disons qu’il faut qu’on use de beaucoup d’imagination pour déjouer leurs plans. Heureusement, les rumeurs annoncent que l’équipe va éclater l’an prochain : Vollering s’en va, Marlen Reusser aussi. Ça va changer la dynamique de course : ça va créer plus de mouvement, il y aura moins de contrôle. Et ça va permettre à des équipes entre la 2e et la 5e place, comme Movistar par exemple, de prendre plus de tonus et plus de contrôle dans la course. Ça va être aussi très dur car elles vont s’attaquer entre elles maintenant. Mais ça va créer plus d’opportunités.

Parlant du départ de Vollering, il est question pour elle d’un premier contrat féminin à 1M d’Euros. Est-ce que ça tire tous les autres salaires vers le haut, selon toi, ou si ça crée des plus grosses disparités, avec une classe de vedettes et une classe de seconde zone?

On voit déjà que, de manière générale, le niveau moyen des salaires augmente, c’est bon signe. Après, c’est sûr que plus de victoires attirent plus de victoires, dans la mesure où quand tu gagnes, t’as plus de respect dans le peloton, c’est moins dur de faire ta place. Et plus tu gagnes, plus ton salaire est élevé. Mais on s’entend que Vollering mérite amplement son statut et qu’elle doit à son talent et son travail ce qu’elle va obtenir.

On sent vraiment que le peloton féminin se professionnalise un peu plus chaque année à tous points de vue. Je le remarque principalement sur le plan stratégique, cette année. C’est dû à quoi selon toi? La qualité moyenne des coureuses en hausse? Les budgets?

Tout ça, oui. Une partie de ça vient aussi du fait que les autres équipes s’organisent pour contrer SD-Worx, donc ça parait. Du côté d’une équipe comme Lidl-Trek, aussi, le niveau est très élevé, donc elles leur font une belle compétition quand même et elles sont très bien organisées.

De manière générale, tout le monde est plus performant, aussi. Par exemple, avant, quand tu faisais environ 5watts/kilo pour 20min, t’étais vraiment forte. Maintenant tu dois faire ça pour survivre dans le gruppetto.

C’est ta première année en World Tour. Tu es chez Uno-X Mobility, une équipe principalement scandinave. Comment ça se passe pour toi au plus haut niveau du sport?

Vraiment bien. C’est comme une école, cette équipe. J’apprends énormément, ils sont très soucieux du développement à moyen et long terme des athlètes. J’ai plus d’amies dans le peloton et on se parle, on compare les programmes des différentes équipes. Ailleurs, tu es souvent la saveur du moment, ou pas, donc t’es utilisée, ou pas. Chez Uno-X, ils mettent tout sur la table pour que tout le monde réussisse. C’est les valeurs scandinaves en action.

Je trouve très cool, très sain. Mais c’est sûr que pour obtenir des résultats à court terme, c’est plus difficile. Mais c’est aussi à moi de trouver les bonnes opportunités et d’en profiter. J’ai un profil qui n’est ni celui d’une sprinteuse, ni celui d’une pure grimpeuse, donc je dois saisir ma chance quand elle se présente.

Tu as passé pas mal de temps dans des équipes de développement avant d’arriver là. Tu as eu des offres de grosses équipes plus tôt, que tu as déclinées. Avec le recul, était-ce le bon parcours, selon toi?

C’est une bonne question, dans la mesure où je ne suis pas certaine de la réponse. Des fois, j’ai l’impression que j’ai perdu 3 ans de ma vie, à cause des blessures et de tout le temps où je ne savais pas ce que j’avais (ndlr : un déclin de forme marqué était dû à son problème de circulation à l’artère iliaque, dont elle a longtemps ignoré l’existence avant d’enfin obtenir un diagnostic). Et là, j’ai l’impression que j’apprends des choses que j’aurais voulu savoir plus tôt dans ma carrière… mais en même temps j’étais peut-être pas prête non plus. L’autre chose, c’est que si j’avais été blessée dans une équipe World Tour, ils auraient peut-être été moins patients et ça aurait peut-être été la fin de ma carrière.

En fait, je suis contente d’être où je suis à l’âge que j’ai, donc d’être plus mature et de le savourer. Je vois arriver des filles plus jeunes, de 18-19 ans et à cet âge-là, t’es moins consciente de ce qui se passe, t’as pas de recul, t’es moins reconnaissante et tu prends certaines choses pour acquises.

Tu es toujours aussi contente de vivre à Nice?

Vraiment. En plus d’être un endroit parfait pour l’entraînement, le principal avantage pour moi est de résider à quelques minutes de l’aéroport. Souvent, je course dans la journée et je peux rentrer dormir chez moi le soir. C’est important d’avoir ça, de pouvoir se reposer chez soi facilement.

Le reste de ta saison va ressembler à quoi?

Là j’ai une course à étape en Espagne, après je vais en Belgique, en Allemagne : ce sont plus des épreuves de second niveau. Ensuite je retourne en altitude. Et puis j’attends de voir si je serai sélectionnée pour les Jeux de Paris, et pour le Tour de France…

En terminant, sur le plan de la forme, tu as l’air de bien marcher. Tu laissais entendre que tu n’as pas les résultats que tu voudrais, mais en même temps, tu es très constante sur des courses très exigeantes. T’es satisfaite d’où tu en es?

Oui, parce que non seulement je suis en meilleure forme depuis mon opération, mais j’ai aussi pris beaucoup d’expérience et je stresse un peu moins qu’avant dans les courses. Il faut comprendre que la course cycliste en Amérique du Nord, ça n’a rien à voir avec l’Europe. Ici, tout va plus vite, les routes sont étroites, les descentes sont très techniques. S’adapter à ça, ça change vraiment la donne, parce qu’avoir peur pendant 100km, c’est épuisant et ça rend le placement plus difficile et donc plus énergivore aussi. Donc de ce côté-là, je sens aussi une bonne amélioration.

Toutes les courses que j’ai faites cette année (ndlr : Strade Bianche, Flèche Wallonne, Omloop, Tour des Flandres, UAE Tour, Amstel, Liège, etc etc), c’était la première fois que j’y participais. Donc j’apprends encore, mais je sens que mon niveau est bon.

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