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Le blogue de David Desjardins

Impossible d’être aussi con

07-02-2020

Baon. Comme ça, le « bon » Dr Ferrari serait de retour?

On dirait l’actualité cycliste calquée sur le dernier Star Wars : l’empereur était moins mort qu’on le croyait (voir la fin de l’épisode IV). Le revoici venu hanter le cyclisme, sur un scooter à Monaco. Ça nous change de son chapeau de Gilligan et de son motorisé.

Un résumé, au cas où vous auriez l’intelligence et/ou l’instinct de préservation de votre santé mentale comme de votre intérêt pour le sport et donc que vous fuyez les nouvelles sur le dopage.

Il y a quelques jours, un journal danois, Politiken, s’est fait refilé une enveloppe brune avec dedans un rapport de la CADF (fondation anti-dopage du cyclisme), alléguant que deux membres de l’équipe Astana, Jacob Fuglsang et Alexey Lutsenko, auraient été en contact avec le grand chef du côté obscur la Force : Michele Ferrari.

Oui, celui-là même qui s’est retrouvé au cœur du scandale avec Lance Armstrong. Celui qui a été banni à vie par l’UCI. Selon les médias scandinaves, Fuglsang aurait même été aperçu faisant du derrière-moto tandis que Ferrari conduisait l’engin.

Hugo Houle, qui fait partie de son équipe, n’avait pas particulièrement l’air content d’être à nouveau mis sous les projecteurs pour une histoire de dopage qui, vraie ou pas, ne le concerne pas. On le comprend. Mais bon, quand le boss de l’équipe a déjà reconnu avoir travaillé avec Ferrari, qu’il a été suspendu pour dopage et qu’il s’est acheté une victoire aux Jeux Olympiques, ça a tendance à salir un peu tout le monde autour.

Comme une odeur de vieux chamois

Évidemment, l’équation que tout le monde fait d’emblée est la suivante : Fuglsang + saison 2019 absolument splendide (3e au cumulatif des points sur ProCyclingStats) = dopé jusqu’au yeux.

Sauf que, sauf que. Cette histoire est pour le moins douteuse.

Au-delà du fait que tout le monde nie en bloc, que Ferrari affirme qu’il n’a pas mis les pieds sur la Riviera franco-monégasque depuis une quinzaine d’années et n’a jamais conduit un scooter de sa vie (ce qui est invérifiable), il y a tellement de trucs étranges dans cette histoire qu’on ne peut pas ne pas sourciller.

Premièrement, il appert que l’UCI s’apprêterait à confier l’antidopage à un autre organisme. Que la CADF, elle, n’a pas donné suite aux allégations parce que celles-ci n’étaient pas concluantes. Et on se demande bien qui a pu couler cette info parcellaire, qui ne permet d’accuser personne, sans preuve aucune.

Si on résume: quelqu’un a dit à la CADF que ces deux coureurs auraient été vus avec Ferrari. La CADF a engagé un détective pour enquêter. Rien n’est sorti de cette enquête et ça s’est pas mal arrêté là.

Ça ne veut pas dire que c’est faux. Seulement, c’est un peu comme si, dans votre famille, on avait l’habitude bien connue de voler des bobettes au Simons. Votre oncle est au centre du truc, c’est le chef receleur de ces bobettes et en fait le trafic sur Dark Web. Si quelqu’un, quelque part, croit vous avoir vu faire un tour de manège à la Ronde avec votre oncle, cela signifie-t-il pour autant que vous avez volé des bobettes pour lui (d’autant que tout le monde sait que vous en portez de très belles et neuves et ça s’est su)?

Peut-être que oui. Peut-être que non. Peut-être, peut-être, finalement. C’est louche? Un peu. Mais personne ne va vous arrêter pour ça.

Deux types d’idiots

L’ennui, c’est qu’avec le triste historique du cyclisme et sa culture de dopage à l’insu de son plein gré ou pas, c’est l’habeas corpus à l’envers qui s’applique: on condamne l’entièreté du peloton jusqu’à preuve du contraire.

Ça m’ennuie un peu. Comme m’a déjà dit l’auteur de romans d’espionnage Jean-Jacques Pelletier, il y a deux types d’idiots : ceux qui voient des conspirations partout, et ceux qui croient qu’il n’y en a nulle part.

Donc, j’adopte la posture suivante, la plus sage, il me semble, et la seule qui me permette encore d’aimer ce sport : je ne suis pas dupe, mais pas parano non plus.

Maintenant qu’on a dit cela : Fuglsang, derrière la moto de Ferrari? Arrêtez de me charrier. Qu’il se dope, c’est une éventualité. Mais là, c’est comme si Luke Skywalker allait bruncher avec l’empereur au bistro de 1000 places dans l’Étoile de la mort en espérant que ça ne se sache pas (alors qu’on sait que des espions de la Résistance sont prêts à payer de leur vie pour donner ce genre d’information à la Princesse, en même temps que les plans de l’Étoile, évidemment). Ferrari est la figure la plus toxique du cyclisme, entrer en contact avec lui ne serait-ce qu’en lui touchant avec un bâton vous voudra d’être suspendu (c’est même pas une blague).

Comme me disait un collègue : je sais pas si Fuglsang est clean, mais je peux pas croire qu’il est assez con pour faire ça. Moi non plus.

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