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Le blogue de David Desjardins

La suite de mes rêves

30-09-2021

Photo par inuro Kawai sur Unsplash

C’est une semaine comme ça : entre deux saisons et plusieurs cieux. Fin septembre, début octobre. 

La météo ressemble à un gruyère. Je cherche les trous sans pluie sur le radar. Je quitte en croisant les doigts, au petit matin. À sept degrés, si ça tombe, ça pince. J’ai dû ouvrir, la veille, le bac où je remise chaque été les vêtements chauds. Bibs longs, premières couches, manteau en softshell, couvre-chaussures, bandeaux et tuques, gants. Ce qu’il faut pour les matins croustillants qui s’annoncent.

7h00 am. Le soleil n’est pas sorti de derrière les nuages et le vent est resté au lit. Je quitte en croisant le trafic qui entre en ville. J’atteins en 35 minutes des poches de silence que rompent quelques voitures, de plus en plus rares. Encore un peu et je longe le fleuve, arpente des rangs et traverse des zones boisées au son du chuintement de mes pneus sur le tarmac vérolé.

L’air n’a pas encore assez refroidi pour mordre. Il me fouette le visage et me vivifie.

Il y a des matins comme ça où vous levez et savez immédiatement que votre cerveau ne produira rien de bon pour les deux ou trois prochaines heures. Lorsque cela m’arrive, je pars rouler.

Je ne me lasse pas de raconter la beauté simple de cette expérience comme je ne me tanne pas non plus de la reproduire, le plus souvent possible. Parfois je quitte avec le couteau entre les dents et m’applique à punir mon corps pour qu’il se relève de la torture infligée un peu plus fort. D’autres fois je pédale à travers le décor comme on faisait autrefois un tour de machine avec l’auto. Pour voir du paysage et changer d’air.

C’est comme ça, ce matin. Ce qui me donne le temps d’apprécier les odeurs des feuilles et des pommes putréfiées qui jonchent le sol et du feu allumé par un fermier derrière sa maison. Puis il y a le purin. Le nez, ainsi assailli, vous réveille avec plus d’ardeur qu’une seconde tasse de café.

Les jambes sont un peu lourdes de l’effort de la veille. Je les ménage et réduis le braquet.

Tiens, j’oblique vers un chemin que je prends rarement, depuis Jean-Gauvin, jusqu’à la route de l’aéroport. Le rang Ste-Anne. Je ne me souvenais plus du salon funéraire qui s’y trouve. Je pense à mon père. Quinze ans, cette année, qu’il est mort. Il aurait 74 ans aujourd’hui. Je songe à ma mère à qui je n’ai pas parlé depuis deux semaines et me dis que je dois aller la voir dans les prochains jours, absolument.

Mes ruminations sont prolifiques, tandis que le soleil indique qu’il a envie de se montrer, mais rejoint vite le pudique couvert nuageux. Je ne pense pas tant que ça au travail. Plutôt à mes gens. Ma blonde. Ma fille. Mes frères et sœur. Ma mère, encore. Mes amis. Une galerie de personnages se cale dans ma roue.

Je prends ces sorties d’automne pour ce qu’elles sont : précieuses. Je sais que ce bonheur sera remplacé, sous peu, par la brutalité des journées froides et des arbres décharnés.

Le crachin qui a débuté il y a une vingtaine de minutes redouble d’ardeur et menace de virer à l’averse tandis que je reviens à la ville. Mais qu’importe, j’arrive bientôt à la maison. La journée va finalement commencer. Ce qui s’achève ici n’est que la suite de mes rêves.

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