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Le blogue de David Desjardins

Le poème épique de Milan-San Remo

23-03-2026

Photo: UAE Emirates Facebook

Je suis arrivé de skier et il restait seulement quelques kilomètres à faire sur Milan-SanRemo (MSR). Ceux qui comptent.

Pogačar était tombé, ce que j’ignorais. Il attaquait maintenant la descente de la Cipressa avec la fougue d’un héros qui aurait jusque-là conservé sa poudre bien au sec.

Ce sont les commentateurs, la rougeur à la jambe et le skinsuit en lambeaux de Pogi qui me racontaient l’histoire des précédents kilomètres.

Je découvrais alors que, malgré les apparences, le champion du monde avait déjà bien entamé sa ceinture de cartouches. Dans la roue de Florian Vermeersch et Felix Grosschartner pour revenir sur le peloton. Dans celle de Brandon McNulty pour remonter en tête de groupe dans la Cipressa. Puis dans celle d’un Isaac del Toro volcanique avant de prendre la fuite avec Mathieu van der Poel et Tom Pidcock dans son sillage.

C’était magnifique. Chaque seconde de cette fin de course était une ode, un poème épique, un récit homérique.

Parce que tout, ici, jouait contre le héros.

D’abord, Pogačar n’est pas « censé » remporter la Primavera (surnom de MSR). Les attaques dans l’avant-dernière difficulté que constitue la Cipressa, historiquement, ne tiennent pas le coup jusqu’au Poggio de San Remo (la dernière difficulté). Ensuite, ce même Poggio n’est pas propice aux coups de force, en raison de sa technicalité (la pente n’est pas très abrupte et les virages sont si serrés que si on y arrive trop vite, il faut ralentir pour rester sur la route). Cela permet aux grosses cylindrées qui font bien sur les derniers kilomètres de plat et le sprint de revenir et déployer leur puissance pure.

Ce qui bien failli se produire, d’ailleurs. Wout van Aert et consorts ahanaient dans le cou des deux derniers évadés d’un groupe de trois. Mathieu van der Poel, la main ensanglantée, n’a cette fois pas pu résister aux attaques de l’ogre slovène. Le détenteur du titre serait avalé par les poursuivants au bas de la bosse.

Grâce aux images des drones, on a désormais l’impression de faire partie de cette descente piégeuse vers la Via Roma. On aurait pu croire Pidcock supérieur sur ce terrain. Mais non, même après la chute, Pogačar est demeuré sûr de lui, impérial, laissant le très agile Anglais prendre des relais plutôt que de contrôler le rythme et éviter d’être distancé. Pas une seule seconde ne laissait entrevoir que le féroce descendeur qu’est Pidcock avait le dessus.

Puis il y a eu ce sprint. Démarré de l’avant (premier obstacle), contre un coureur potentiellement plus rapide que lui sur ce même terrain (deuxième obstacle), après avoir attaqué à répétition dans les kilomètres précédents et s’être acquitté de la majeure partie du travail entre la Cipressa et le Poggio (troisième obstacle). Puis, il y avait cette chute. Ces blessures. Ce sang. Le lycra déchiré. La peau lacérée. (Quatrième obstacle: Pogi souffrait-il?) Et enfin, Van Aert et les autres arrivaient à 10 000km/h derrière eux (Cinquième obstacle : pas question de ralentir pour finasser avant le dernier coup de puissance.)

Il n’y avait pas même l’esquisse d’une grimace de souffrance ou de doute dans le visage de Tadej Pogačar. Chacune de ses attaques avait été parfaitement exécutée et le final serait à l’avenant.

La victoire s’est jouée sur quelques centimètres. Une demi-roue, à peine. Il a fallu attendre la réaction du duo pour savoir qui venait de remporter MSR.

Un récit parfait, haletant jusqu’à la toute fin. Une victoire à l’arraché, saluée même par les détracteurs de Pogačar qui admirent son talent tout en regrettant sa manière de lancer des attaques victorieuses, souvent en solo, à 80km de l’arrivée.

On dit que MSR est la course la plus ennuyeuse (presque 300km au total) avec les 15 derniers kilomètres les plus excitants de la saison. Ils ne l’ont jamais autant été que cette année. C’est à se demander si on ne vient pas de toucher à quelque chose de si grandiose que l’Histoire à venir est condamnée à nous en écrire des versions édulcorées pour l’éternité.

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