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Le blogue de David Desjardins

Le Tour en questions

30-06-2017

Chaque année, le Tour de France amène son lot de prédictions. Je n’y échappe pas, et fais d’ailleurs partie de l’illustre cohorte de diseurs de bonne aventure cycliste sondés par Simon Drouin dans la Presse à la vielle de l’événement.

Mais le prélude à la Grande Boucle, comme de chaque course, de chaque rencontre sportive, c’est beaucoup avant tout un truc : des questions. En voici quelques unes que je me pose à la veille du grand départ. Des sérieuses. Et d’autres pas du tout.

Est-ce que BMC peut contrer le rouleau-compresseur de la Sky ?

Bon, je veux bien croire que De Marchi, Caruso, Roche et consorts forment un bel écrin de watts autour de l’aspirant australien au maillot jaune. Mais en face, vous avez tellement de talents monstrueux que c’en est à nouveau gênant. Henao a remporté Paris-Nice au printemps pendant que Kiatkowski connaissait l’une de ses plus belles récoltes aux classiques (Milan-San Remo, Strade Bianche, 2e à l’Amstel, 3e à Liège-Bastogne-Liège, champion de Pologne), Geraint Thomas, le fidèle lieutenant, a gagné le Tour des Alpes avant d'être le meneur de l'équipe au Giro (contraint à l'abandon après une chute)… Puis il y a Mikel Landa (qui a déjà été roi de la montagne du Giro), Mikel Nieve (gagnant de quelques étapes de grands tours, deux fois au top 10 du Giro), et j’arrête ici, mais il en reste encore une poignée, pas beaucoup moins intimidante que ce qui précède.

Équipe contre équipe, donc, personne ne bat Sky. À moins de faire un coup à la Formigal. Et il y a quelques étapes qui s’y prêtent assez bien. Dont une en particulier (voir plus bas).
 

Est-ce que Romain Bardet peut gagner le Tour ?

Il peut. Si Froome et Porte s’écrasent au contre-la-montre (Froome prend 3 secondes au kilomètre à Bardet au TT) et/ou s’il tente un truc vraiment spectaculaire tandis que, pour une raison ou l’autre, les autres se regardent, ne suivent pas, et en payent le prix.

Mais bon. Je suis allé tantôt sur un site de paris sportifs. Ses chances sont évaluées à 22 contre 1.
 

Quel sera le drame cette année ?

C’est une question qui en amène d’autres :

Un autobus restera-t-il pris sous l’arche d’arrivée comme en Corse, ce qui avait foutu le bordel dans le peloton ?

Est-ce qu’un meneur fera du jogging en haute montagne ?

Est-ce qu’un scandale de dopage éclatera ?

Est-ce qu’une moto ou une voiture de VIP provoquera une hécatombe ?

Va bien falloir quelque chose. Le Tour sans psychodrame, c'est juste pas le Tour.
 

Où vais-je regarder ?

Je n’ai pas le câble. Donc on oublie RDS. (Mais je salue l’équipe, dommage que vous ne soyez pas en ligne).

D’autres options s’offrent à moi. Avec un VPN, je peux suivre la course sur le site de l’événement (le VPN permet de créer une fausse adresse IP n’importe où dans le monde). Ça m’oblige à subir Laurent Jalabert. Un mauvais point. Je lui préfère de loin le taciturne Sean Kelly sur Eurosport. Par contre, si Marion Rousse est là (et elle le sera), c'est déjà un peu mieux. Sur le Dauphiné, on sentait une légère tension entre ces deux-là. Normal, la seconde est bien meilleure pour décrire la course. Totalement compétente, elle évite soigneusement les lieux communs de la ligue du vieux poêle, et elle est nettement moins chiante en général. L’ennui, c’est qu’au Dauphiné, on lui laissait trop peu de place. Sans doute, si Jaja prenait tout l'espace, c'était à l'insu de son plein gré.
 

Peter Sagan a-t-il un(e) styliste ?


Vraiment, en France, avec une coupe pareille, il risque la comparaison avec Mireille Mathieu. Et ailleurs, avec Johnny Depp dans Charlie and the chocolate Factory.
 

Y aura-t-il un scandale concernant les hôtesses du Tour ?

Ahhhh, ben regardez donc, c’est déjà fait. Merci Jan, très classe.
 

À quel moment Lance Armstrong viendra-t-il hanter le Tour ?
 

Ahhhh, ben ça aussi c’est déjà fait. Merci Lance.
 

À quel moment surviendra la première crise de nerfs de Mark Cavendish ?

C’est drôle, il a l’air plus zen, le monsieur. Il était temps. Ceci dit, il est à 4 victoires d’étape d’égaler le record d’Eddy Merckx (34). Il a remporté 4 étapes l’an dernier. Donc ça se peut. Comme ça se peut qu'il ne pète jamais les plombs. Mais surveillez la porte de l'autobus de son équipe s'il perd trop souvent, d'un coup qu'un casque en sortirait en volant.

Quelles étapes je peux manquer pour aller rouler ?
 

Je viens de me péter la gueule (fractures de la clavicule, du grand trochanter et de l’omoplate) à Sutton, donc je ne roulerai pas. Mais y a des jours où les étapes du Tour sont tellement prévisibles qu'il vaut mieux en profiter pour aller faire l’épicerie, ou finir l’excellent livre de Olivier Haralambon dont je vous reparlerai.

Ça commence avec le prologue que l’on souhaite à Tony Panzerwagen Martin, bien sûr, puisqu’il sera chez lui. Mais un résumé de quelques minutes suffira pour faire le tour. Idem pour la plupart des étapes de plat qui se terminent presque toujours au sprint, ou alors la ronflante finale sur les Champs Élysées. Gardez-vous du temps pour regarder les épreuves féminines à la place. Et faites comme moi : je travaille, avec un petit écrand du Tour en coin d’écran, au cas où ça devient intéressant (un coup de bordure, par exemple, entre Dusseldorf et Liège). Ça évite de rater un bon spectacle. On sait jamais…
 

Quelles étapes je ne veux pas manquer ?

Ça va évidemment dépendre du déroulement des choses. En cas d’outrageuse domination,  ça devient ennuyeux, peu importe. Mais dès la cinquième étape, l’arrivée à la Planche des belles filles devrait offrir un bon spectacle. La 9e étape est une tueuse: 7 cols catégorisés, dont 3 hors catégorie, comprenant l'inédit Col de la Biche, le Grand Colombier et le Mont du Chat. 4 600m de dénivelé positif sur 180km de course. Ça va être débile.

La 13e étape, avec seulement 101km, risque d’être intéressante (voir plus haut). La veille aura été dure pour les grosses équipes. Ce sera le temps de leur jouer un tour. Si j’étais Contador, ou Chavez, c’est là que je tenterais un truc contre Sky et BMC. La 17e étape, avec le Galibier et la Croix-de-Fer, ce sera pas mal aussi. Et puis si jamais on avait un duel vraiment serré entre Porte et Froome, le contre-la-montre de la 20e étape pourrait s’avérer décisif.

Où Chris Froome va-t-il descendre comme un dingue?

Encore au Dauphiné, cette année, Froome a montré qu'il est devenu l'un des plus redoutables descendeurs parmi les pros. S'il y a un endroit que je surveillerais à ce rayon, c'est dans la 12e étape, après Port de Balès. Là, ça bascule et c'est foutrement technique: le festival des épingles. Belle place pour faire peur au monde.

Allez, bon Tour. Et n’oubliez pas d’aller rouler.
 

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