Publicité
Le blogue de David Desjardins

Pas de pitié pour les vieux dopés

15-04-2020

Pas besoin d’un détecteur de bullshit particulièrement sophistiqué pour repérer toute celle qui sort de la bouche de Gérard-Louis Robert dans le long reportage que lui consacre Alain Gravel.

Cette arrogance triomphante du voleur pris la main dans le sac et pourtant en plein déni, on l’a vue et entendue ad nauseam. Pendant un moment, il s’essaie même à l’autre cas de figure : l’excuse bidon de celui qui ne savait pas, qu’on aura sali sans qu’il ne le sache. (Tout le monde a retenu la formule acide et désopilante des Guignols de l’info pour se moquer de Richard Virenque auquel on faisait dire, dans un sketch, qu’il s’était dopé « à l’insu de son plein gré ». Ça résume la pose en question.)

Pourtant, chaque fois, je suis sidéré par l’aplomb des tricheurs, des fraudeurs, des crosseurs en général.

Il y a dans leurs contorsions morales et leur capacité à générer une réalité alternative quelque chose de fascinant. Comme dans l’expression « fascination morbide ».

Bon, c’est vrai, tout le monde ment. Un compliment qui n’est pas sincère. Une excuse pour ne pas aller à un souper. Passe encore, même si c’est pas gentil. Mais raconter du pipeau en se faisant prendre la main dans le sac. Voir les preuves défiler sous ses yeux, irréfutables, et continuer de nier en bloc. Voilà que relève de plus grand que du mensonge anodin.

Y’a-t-il un psy dans la salle?

J’en ai trouvé des pas pires en ligne, sur le sujet de la menterie. Parmi tout ce que j’ai lu, une étude m’a particulièrement intéressé : apparemment, entre 10 et 16% des grands menteurs finissent par modifier leur mémoire afin que celle-ci se conforme à leurs bobards.

Ils se créent une réalité alternative. Leur vérité.

Ceci expliquant en partie cela. Je veux dire qu’à force, le tricheur finit par croire sa victoire légitime. Sinon, comment peut-il la savourer? D’où cette assurance lorsque vient le temps de mentir. Et puis il y a toutes ces circonvolutions, ces mensonges qu’on se fait à soi. Mon taux de testostérone était très bas. Je manquais de ceci, de cela. On finit par justifier l’injustifiable. C’est ce que j’entends par des contorsions.

Ce qui fait que ces gens, parfois, reçoivent le test positif comme une surprise et qu’elle est authentique. Se sont pas dopés. Ils ont pris ce qui leur manquait pour être à leur meilleur. C’est pas pareil. Ou l’est-ce?

Écraser les egos stéroïdés

Je ne suis pas un pur. Je veux dire que je ne hurle pas chaque fois qu’on prend un dopé. Chez les pros, je comprends qu’il existe un contexte, que ça s’explique. Ce qui ne rend pas la chose plus acceptable ou plus juste pour celles et ceux qui jouent selon les règles et que cela prive d’une victoire, d’une place dans une équipe professionnelle -et donc d’une carrière-, ou d’une présence aux championnats mondiaux, ou aux Olympiques.

Mais chez les amateurs, ça me sidère carrément. Je suis bien content qu’Alain Gravel ait abordé la chose. L’angle du vieux loup qui sent qu’il a quelque chose à prouver, alors prend tous les moyens possibles pour y arriver. Même si sa preuve, à la fin, est falsifiée. Et c’est là que débute la construction de la réalité alternative.

Lorsqu’on se donnait encore la peine de tester les maîtres, j’étais flabbergasté lorsqu’un dopé se faisait prendre. Parce qu’on s’entend : il n’y a aucun enjeu financier. Aucun enjeu de carrière. C’est une ligue de garage du vélo.

Bon, c’est vrai : moi aussi, j’aime gagner. Vraiment. Vraiment beaucoup. Mais mes quelques (rares) médailles sont entassées dans un coin d’une bibliothèque. J’ai eu beau prendre la chose très au sérieux pendant un temps, ça reste un jeu. Pas une vitrine pour mon ego (déjà bien lustré). J’essaie de gagner pour me prouver des choses à moi-même avant tout, même si les tapes dans le dos font plaisir, évidemment.

Pour Gérard-Louis Robert, cette satisfaction de lui-même semble perpétuelle. Même pas dopé, c’est le genre de type que je fuis comme la peste le Coronavirus, parce que dans toutes leurs conversations, ces gens prennent les autres pour des miroirs dans lesquels ils font refléter leurs réussites et reluire leur ego.

D’où l’importance de leur écraser le nez dans leur caca lorsqu’ils se font prendre de la sorte. Encore. Et encore. Et encore encore.

Oui, pour faire un exemple. Mais aussi parce que leur absence de repentir est d’une insoutenable insolence.

Ce reportage ne frappe pas sur un type à terre sur lequel on s’acharnerait. Il donne la parole à un narcissique convaincu qu’il pourra se racheter par son bagou et en émettant quelques vérités tronquées en ondes.

D’ailleurs, le bonhomme (qui est là de son plein gré) le dit. « C’est ma vérité », affirme-t-il à la caméra. Comme celle des terreplatistes, de Fox News ou des grands menteurs, évoquée plus haut. L’ennui, c’est que ces vérités-là ne résiste pas à l’épreuve faits.

Enfin, pour finir avec cette histoire de frapper un homme déjà mis à mal…

Si Gérard-Louis Robert voulait éviter une nouvelle raclée « des jaloux et des envieux » comme il désigne les personnes éprises d’une certaine justice, il n’avait qu’à refuser l’invitation d’Alain Gravel. Mais il aurait encore raté une occasion d’adorer sa propre image dans le miroir que constitue la personne en face de lui. Ou la caméra.

Publicité