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Le blogue de David Desjardins

Portrait de l’abruti en coureur

01-09-2019

Je suis la cloche ET l’idiot!

Avertissement : ce récit comporte une importante dose d’autoflagellation. Son auteur promet toutefois qu’à l’avenir, il se préparera convenablement pour les événements auxquels il participe. Et qu’il mérite chacun des coups de cravache qu’il s’inflige ici.

Si apprendre de ses erreurs constitue un signe d’intelligence, alors je suis un idiot.

L’erreur originelle

6 juillet 2019, première édition de la Buckland sur gravelle qui, comme l’indique son nom, se trame sur des routes non pavées. 75km de garnotte. 2000m de dénivelé. Je suis arrivé là avec « comme unique objectif de m’amuser ». Dans sa version décryptée, ceux qui me connaissent savent qu’il s’agit là d’un euphémisme de calibre olympique, qui confine à la plus totale bullshit. À moins que de se défoncer aux avant-postes dès les premiers mètres pour ensuite passer le reste du parcours à chasser les pointures que sont Bruno Langlois et Mathieu Bélanger-Barrette -avec pour compagnie deux très redoutables marchands de watts- ne constitue une partie de plaisir.

Bref, ça faisait environ 65km que j’étais en mode survie. Mes compagnons de chasse, le couteau entre les dents, venaient à peine de me fausser compagnie, et je basculais, enfin, au sommet du parc d’éoliennes, pour plonger dans une longue descente vers Buckland. J’allais peut-être les reprendre?

Après 100m, je tombe sur un d’eux: il réparait une crevaison.

Pénard dans mes tubeless, je me dis : c’est plate pour lui, mais bon, je vais finir 4e, c’est pas pire. (Notez que je termine si souvent 4e que je me dis parfois qu’on devrait créer une nouvelle médaille à mon nom pour la 4e position. On la remettrait sans cérémonie, parce qu’un podium avec plus de 3 personnes, c’est juste… mal. La médaille du David serait ainsi remise à celle ou celui que l’on désigne aussi comme le 3e perdant de la course. On l’enverrait par la poste, tiens).

Donc, làlàreuh, je vais être quatrième, peut-être troisième si je rattrape mon autre acolyte. Je poursuis ma descente, pendant encore 500m, et je burpe mon pneu arrière. C’est-à-dire qu’il déjante juste un peu, le temps de perdre son air.

Rien là. J’ai un tube, au pire. Et une cartouche d’air comprimé. Je vais sans doute me faire reprendre par plein de monde, mais bon, c’est la vie.

Mais finalement non. C’est pas la vie. C’est la mort. Mon unique cartouche est utilisée, trouée, dénuée d’air, décédée. Je descendrai à pied jusqu’à ce qu’une âme charitable me vienne en aide et m’offre une cartouche. Un beau quinze minutes de niaisage, plus la réparation. Je termine tranquillement, dans la crainte de pincer ma chambre à air sur les gros cailloux. Finale un peu minable compte tenu du degré de folie du reste de l’épreuve.

Pouet pouet. Je me fais un gros L de LOSER avec le pouce et l’index sur le front. Par à cause de mon résultat, mais de ma mauvaise préparation.

Refaire une connerie

24 août 2019. Raid Vélo Mag. J’ai mis mon skinsuit. Un casque de route. Rien sur le dos Deux bouteilles dans les poches arrière et une dans la cage à bidon. Des gels glissés entre la peau des cuisses et le lycra, « avec pour principal objectif de m’amuser », bien sûr.

Ça part sur le gun, comme on dit au Luxembourg. Y’a deux gars de l’Ouest canadien et un Brésilien en avant. Je suis un peu derrière, mais pendant un bon moment, tout seul de ma gang. J’aperçois une autre plaque bleue du 60km derrière par moments, puis je la perds. Ça va SUPER BIEN. Je suis dans la zone, à une bonne vitesse. À mi-course, je vais 19km/h de moyenne, je suis encore 4e (ben oui, regarde donc ça, toi). Je bois, je mange. J’ai même pas mal aux jambes.

Et puis le flat… Pas de chambre à de rechange. Pas de pompe. Pas d’outil pour défaire ma roue arrière (ce qui nécessite un clé Allen). Bra.Vo.

J’ai passé du temps à tuner ma suspension, j’ai fait mon leg opener la veille, j’ai posé des pneus neufs. Et je n’ai emporté qu’un aérosol d’air et de latex pour réparer, au cas. Mais le trou est trop gros, le latex jute partout, sans espoir. Je ferai pas de flat, me disais-je, alors que ça m’était arrivé pas même deux mois plus tôt, et que mon manque de préparation avait bien failli m’obliger à marcher les 10 derniers km de course…

Je m’arrête au ravito. Je gosse. Puis je me fais à l’idée que je dois abandonner et demande qu’on m’envoie un véhicule pour me quérir et me rapatrier dans la honte. Ça fait bien 20 minutes que je niaise là. Sur les entrefaites, l’excellent François-Léo Fortin, de Vélo Mag, débarque avec ses potes. Entre deux bouchées de gaufre, il me refile une chambre à air, son ami a un outil. Je répare, fais un bout de chemin avec eux, puis je les quitte, et remonte les positions sans trop me viander, passe mes amis, et croyant que je suis DNF, je rentre assez peinard.

Mais les commissaires n’avaient pas entré mon DNF. Je termine en 4h02m. Le gars qui me suivait avant ma crevaison arrive en 3h16m.

Mieux vaut en rire. C’est pas grave. Et je me suis amusé quand même. Pour vrai. Mais si ce n’était de François-Léo et ses amis, je rentrais en 4 roues. Pourquoi? Par fantaisie, par surcroît de confiance en la chance. Un peu comme si j’étais allé m’acheter une Lamborgini à crédit tout de suite après m’être procuré un billet de 6/49, convaincu que c’est LE BON.

Ce qui, dans un cas comme l’autre, relève de la plus pure idiotie.

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