Publicité
Le blogue de David Desjardins

Vélo volé!

28-07-2020
vol de bicyclette

L’horreur, le vélo volé, l’horreur.

On ouvre le cabanon dont on constate que la porte a été forcée. On découvre un câble coupé sur le trottoir, gisant sur le béton comme un couleuvre morte. Les vitres de l’auto fracassées. Peu importe le lieu ou le modus operandi du bandit : le vide, le vertige. Il n’est plus là. Notre précieux.

Publicité

On a beau ne plus s’attacher à force de les avoir achetés, battus à mort et vendus en série (je ne suis même plus capable de compter combien j’ai possédé de vélos dans ma vie), tenter de ranger la bécane au rayon des biens-meubles qui n’ont pas d’autre valeur que celle de la limite de dédommagement des assurances ne fonctionne pas toujours.

« Je l’aime mon bike, je veux le ravoir, je veux le retrouver… C’est le seul objet que j’aime, en fait », constatait ma bien piteuse fiancée après que nous nous soyons fait subtiliser une partie de la flotte familiale lundi, en plein jour. Mon Yeti flambant neuf. Son Juliana chéri. Et un fidèle destrier urbain Rocky Mountain que se partageaient ma douce et ma fille.

L’auto, le téléphone, l’ordi, le mobilier, le système de son, le set de patio : c’est vrai qu’on s’en torche. Ils sont parfaitement accessoires, ne me font pas vivre des moments de bonheur. Ils ne me remplissent pas de souvenirs impérissables. Ils ne me poussent pas au dépassement, ne me motivent pas à m’inventer de nouvelles aventures, à garder la forme. Ils ne me font pas voir des amis et m’amuser avec eux. Ils font partie du décor. Ce sont au mieux des outils, des « moyens ». Le vélo, lui, est un moteur.

Un moteur comme dans une cause, une étincelle, un agent de changement, de création. C’est le point de départ de mes voyages, de mes fins de semaine, de la manière dont je meuble mes temps libres. C’est là que j’invente mes projets, mes chroniques, des bouts de ma vie. Il y a le temps travaillé, roulé, et celui qui reste.

C’est sur mes vélos que je me sens le mieux, que je me soigne du monde quand il devient fou.

J’y passe certaines de mes heures les plus heureuses.

C’est donc un peu ça qu’on m’a volé. Pas juste une bebelle qui s’échange contre une poignée de dollars au pawn shop.

J’en aurai d’autres. Et je me doute bien que ceux qui ont fait cela souffrent autrement et, s’ils n’ont visiblement pas d’autre moyen de se sortir de la merde dans laquelle ils marinent que de s’enfoncer plus encore dedans, je les plains. Mais je veux quand même qu’ils sachent que je les déteste aussi avec passion, ces crétins de bandits à la petite semaine qui ont violé notre intimité et subtilisé les seuls biens qui comptent pour nous.

Publicité