© Louis Charland
« Le cross-country est la discipline mal aimée du vélo de montagne, et ça me fend le cœur. » Julien Marceau, athlète en cross-country qui a une vingtaine d’années de compétition derrière le guidon et est un des membres fondateurs d’Empire 47, considère que la réputation de sa discipline fétiche gagne aujourd’hui à être redorée.
Dans l’imaginaire collectif, le cross-country est resté figé au début des années 2000 : guidons étroits, longues potences et petits débattements. La réalité est tout autre. « Le vélo XC 2.0 peut tellement en faire davantage ! Les nouvelles géométries le rendent plus polyvalent, à l’aise en ascension et capable d’en prendre en descente », dit l’athlète de cross-country Julien Marceau en avouant candidement prêcher pour sa paroisse.
« De nos jours, lorsqu’on va rouler en cuissard, on est pas mal seul au monde… » image-t-il avec une pointe d’humour. Usant de ce pied de nez, Julien Marceau tient surtout à souligner que la pratique cycliste ne doit pas se résumer à une mode. Au-delà des vêtements, il remarque comment la nouvelle génération de cyclistes boude les vélos destinés à la pratique du cross-country ou du down-country, un petit segment encore mal connu. « Ce n’est peut-être pas tendance, mais ça demeure le type de vélo idéal pour monsieur et madame Tout-le-Monde. On réussit à faire pas mal de prouesses en sentier avec un débattement de 120 ou 130 mm ! »
Une discipline sous-estimée
Selon l’athlète de 41 ans, l’image surannée du cross-country est assez ironique, lorsqu’on sait que la majorité des évolutions technologiques que le vélo de montagne a intégrées dans les dix dernières années viennent du XC. « La course à la légèreté et la révolution dans le domaine des pièces – les dérailleurs et la suspension électroniques, notamment – s’expliquent par les besoins de performance des coureurs de XC. »
Sans compter que la discipline elle-même s’est renouvelée. Cependant, la culture actuelle laisse croire que le XC propose un niveau technique moyen. Julien Marceau a vu évoluer les circuits de course et constate que si la technologie des montures a progressé, la technicité des parcours, elle, a atteint un niveau sans précédent. « Nos jeunes athlètes grandissent dans des sentiers parsemés d’obstacles. Ça fait partie de leur réalité. » Un univers d’apprentissage complètement différent de celui du petit Julien de 15 ans qui partait à l’assaut des pistes de quatre-roues et de ski de fond de Lac-Beauport pour « aller le plus vite possible » à cheval sur son vélo Canadian Tire.

Julien Marceau (à droite) au début de sa carrière en cross-country © Collection personnelle
De l’entraînement au loisir
Sans que jamais cela n’affecte la passion qu’il voue au vélo de montagne, Julien Marceau est parfaitement conscient que sa discipline chouchou est actuellement « pas cool ». Il n’a pas tort : en raison de l’extraordinaire progression de l’enduro et du récent regain de la descente, le XC en a pris pour son rhume.
Pourtant, il n’y a pas moins d’athlètes qu’il y a 20 ans sur les lignes de départ des compétitions. Qu’est-ce qui a changé, concrètement ? Certainement l’augmentation fulgurante de la popularité des autres disciplines, et particulièrement l’intérêt grandissant pour une pratique récréative, populaire et accessible.
C’est peut-être là aussi que le bât blesse. Qui dit XC dit club et compétition. En effet, la discipline est d’abord et avant tout tournée vers les courses, l’entraînement et la performance. « On parle d’athlètes parce que ceux qui le pratiquent pour le plaisir sont plutôt rares », note Julien Marceau.
Alors que le vélo de montagne dans son ensemble est plus que jamais devenu une activité de loisir, les sentiers XC ne sont pas sexy, ils n’attirent pas de nouveaux adeptes. « Je pense que cette impression vient du fait qu’on amoindrit de plus en plus les difficultés techniques sur les terrains plats et dans les montées pour les concentrer seulement dans les descentes. Avoir du plaisir à affronter des défis techniques en montant n’est plus valorisé, ni même enseigné », déplore Julien Marceau.
Le vélo de gravelle est-il le nouveau XC ?
Alors que la popularité du XC est en chute libre, la gravelle connaît une solide croissance, tendance qui arrive à point dans la vie de l’athlète de 41 ans. « À 20 ans, on m’a découvert une malformation cardiaque à la valve aortique. À 31 ans, j’ai subi une première intervention chirurgicale à cœur ouvert pour la réparer. » Cela ne l’a pas empêché de continuer à s’entraîner et à performer sur les circuits de courses québécois. Mais l’an dernier, on lui a annoncé qu’on doit remplacer sa valve par une valve mécanique. « Cela m’oblige à être anticoagulé pour le reste de mes jours, ce qui est très dangereux en cas d’hémorragie interne. Puisque me cogner la tête m’expose à des conséquences catastrophiques, les compétitions de XC ne sont plus possibles pour moi. »
Il a alors réorienté sa carrière compétitive vers les courses de gravelle, où il peut mieux gérer les risques de chute. Sans abandonner sa pratique en montagne, il est revenu à ses premières amours sur les parcours de chemin de terre. « La gravelle, c’est le raid des années 2000. Il y a de tout : en tête de peloton, des athlètes qui roulent fort, en arrière, des gens qui veulent juste terminer le parcours. » Véritable mélange des genres, où le cadre rigide retrouve sa gloire d’autrefois, la gravelle, comme le cross-country, allie l’entraînement, les habiletés techniques et l’adrénaline, tout ça dans le même esprit de communauté. Le XC n’est pas mort, il s’est transformé et tend à renaître au profit d’une nouvelle tendance. Qui sait ce que l’avenir lui réserve ?