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Actualités, Hors-Québec

Nature is Bike : Le vélo de gravelle à la sauce angevine

14-03-2023

Chemin de halage en Mayenne © D. Mouraud

La quiétude de la ville d’Angers, dans l’ouest de la France, a été sérieusement brassée par le festival Nature is Bike. LE rendez-vous européen de la gravelle et de l’aventure à vélo est un concentré de parcours épiques, de débats animés, de rencontres enrichissantes et de découvertes de produits. Récit de quatre jours trépidants où le chemin de traverse est en haut de l’affiche.

Je vis un moment de stress intense : j’ai raté le réveil, et la Gravel of Legend démarre dans 15 minutes. Je saute dans mon cuissard, cours chercher mon vélo et pédale à toute vitesse vers la ligne de départ de ce grand défi.

La petite ville d’Arromanches dort encore. C’est entre autres sur sa plage, le 6 juin 1944, que le débarquement de Normandie a eu lieu. La mer grise est haute, laissant tout juste de la place aux coureurs rassemblés sur le sable mou. Moment de silence. Le jour est à peine levé, chacun pense aux soldats qui ont débarqué sous la mitraille et dans le chaos. Levons notre casque ; la Gravel of Legend, magnifique hommage aux héros d’hier, peut commencer. Sans conteste l’épreuve reine du festival, elle traverse quatre départements dans un savant mélange de petites routes, de chemins de terre et de voies vertes.

© Leonard de Serres

Dès la veille, la ville a vécu les tribulations d’un début de course digne du Tour de France. La salle des fêtes avait du mal à contenir tous les participants venus chercher leur dossard. Au menu : une longue journée de vélo de 317 km jusqu’à Angers, sans trop de bitume. Le défi peut aussi se relever en deux jours, avec un bivouac à mi-parcours.

Il y a de la frénésie dans l’air. Les vélos sont encore tout propres, il est encore temps de fixer sa plaque sur le cadre et, pourquoi pas, de changer ses pneus pour des plus cramponnés. La pluie des derniers jours, voire des dernières heures, a détrempé les chemins de terre. Une belle diversité de cyclistes et de vélos s’apprête à partir. Ça va des adeptes de la performance avec leurs mollets affûtés et leurs vélos légers jusqu’aux baroudeurs sur de robustes montures capables d’affronter les éléments. Les participants qui le font en deux jours sont chargés en mode bikepacking. Le breffage avant-course se déroule dans la salle remplie à craquer alors qu’une trombe d’eau s’abat sur Arromanches. Le message est clair : ce n’est pas une course, et la sécurité est la priorité.

Je vais faire une partie de la Gravel of Legend avant de rejoindre Angers, où le festival Nature is Bike se prépare activement. Le circuit sillonne des terres agricoles, au cœur de champs de maïs et de soya. Quelques bovins lèvent une tête étonnée au passage des cyclistes. Dans les secteurs boisés, on roule sur des sentiers étroits, sous le couvert protecteur des arbres. Les villages traversés sont tranquilles. Quelques boulangeries offrent des ravitos tentants. Certains secteurs sont boueux, et il faut choisir la bonne trajectoire. Je ne regrette absolument pas d’avoir installé des pneus plus cramponnés. Chaque cycliste s’est vu remettre un Pocket Guide to France, un carnet brun qui rappelle le certificat de bonne conduite qu’avaient reçu les soldats avant de débarquer sur les plages de Normandie. Le nôtre réunit plein de renseignements en français sur les régions traversées, les points remarquables, les sites à ne pas manquer.

© F. Boukla

À mi-chemin, à Lassay-les-Châteaux, j’explore le lieu du bivouac : le château de Bois-Thibault. Ce dernier est partielle – ment en ruine, mais le four à pain fonctionne parfaitement. D’ailleurs, il chauffe en prévision de la cuisson des grosses miches qui accompagneront le méchoui lors du dîner préparé pour les cyclistes. Puis dodo à l’abri des vieilles pierres. Un sommeil sans doute peuplé de rêves : le château a inspiré le personnage de Lancelot du Lac ainsi que les dessins et peintures d’un certain Victor Hugo.

Même si la Gravel of Legend n’est pas compétitive, certains se sont fixé l’objectif de parcourir les 317 km le plus rapidement possible. « C’était dur, le terrain était vraiment gras. On a pris quelques averses, et du vent de face tout du long », relate Hervé Loy, du premier duo arrivé à Angers, avec son ami Benjamin Pascual. « Il faut emmagasiner pas mal de kilomètres, avoir l’habitude de faire de telles distances et avoir un minimum de préparation », prévient-il.

Réflexion sur le vélo de garnotte

Les 6000 festivaliers présents à Nature is Bike ne se sont pas contentés de pédaler et de découvrir de beaux vélos et accessoires. Ils sont venus aussi s’informer, notamment lors d’un forum où les rencontres et les tables rondes thématiques étaient riches d’enseignement sur cette pratique cycliste récente.

© Jacques Sennechael

Justement, que cherchent ces pratiquants ? S’évader du boulot-dodo ? Découvrir ou redécouvrir le milieu naturel ? Se surpasser ? Comment accompagner le développement de ce tourisme gravelle ? L’esprit de cette discipline est-il compatible avec la compétition ? Autant de questions (et plus encore) qui ont été commentées devant un public attentif et débattues par des intervenants engagés. Cette réflexion sur le vélo de gravelle ouvre la voie à de bonnes idées pour son expansion. C’est aussi la preuve que cette nouvelle discipline, qui n’est pas encore arrivée à maturité, est là pour de bon.

Le fabricant québécois de vélos en frêne Sila n’était pas le seul exposant à tenir un kiosque au Salon du gravel et du vélo d’aventure, place de La Rochefoucauld, au centre d’Angers. Ce salon a regroupé 80 exposants, 130 marques et une foule d’idées de destinations. En plus d’y trouver quelques marques connues internationalement, c’est l’endroit tout indiqué pour découvrir des fabricants français comme Léon avec ses vélos en titane et Origine avec ses montures en carbone. De nombreuses régions y présentent également leur offre en matière de parcours de garnotte. Ainsi, dans la vallée de la Maurienne, pas moins d’une dizaine de circuits hors sentiers sont proposés – une belle occasion de sortir des routes très fréquentées en période estivale.

Anjou, terre de gravelle

En participant au festival Nature is Bike, on vit incontestablement une certaine frustration, celle de ne pas pouvoir se cloner pour réaliser tous les parcours ! On peut bien sûr vivre la Gravel of Legend de différentes façons, mais Angers se révèle le camp de base et le point de départ de la plupart des sorties. Pour ma part, j’ai quitté le salon en fin de journée pour effectuer la Gravel festive, 22 km sur des chemins bordés de vieilles demeures, de manoirs, et arriver au château du Plessis-Bourré avant la tombée de la nuit. La lumière y était extraordinaire, idéale pour une soirée champêtre devant un feu de bois, avec barbecue et spécialités locales. Le retour à Angers s’est fait de nuit en empruntant de petits chemins. Il n’y a pas de doute, le mot « festif » s’accorde parfaitement avec la pratique gravelle, et la ville d’Angers peut porter fièrement le titre de capitale européenne de cette discipline.


RENDEZ-VOUS 2023

Du 15 au 18 juin, à Angers

Le village: c’est là où sont réunis le salon, le forum, les zones tests des vélos, les ateliers et le party. Tout se déroulera cette année sur un nouveau site, au lac de Maine.

Les épreuves et l’aventure : la Gravel of Legend au départ d’Arromanches est offerte en version d’une journée ou en version bikepacking sur deux jours. Il est possible d’ajouter un prologue de 80 km du côté d’Arromanches et des plages du débarquement. En matière de parcours, sont aussi proposés un 100 km et un 50 km, en plus d’une course de 200 km. La Gravel festive est toujours d’actualité, avec un 40 km et une option de 30 km ouverte à tous les types de vélo.

Pour en savoir plus: natureisbike.com/edition/2023

© Jacques Sennechael


Ce reportage a été rendu possible grâce à Atout France et Air Canada.

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