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Québec, Reportage

Club cycliste : vélo de gravelle avec Ceci n’est pas un club

16-06-2023

© Jonathan B. Roy

Dans chaque édition, notre collaborateur Jonathan B. Roy part à la rencontre des membres des clubs de vélo.

C’est par un clin d’œil au titre d’un tableau de Magritte que François R. Derbas Thibodeau, fondateur de Ceci n’est pas un club, révèle son humour et manifeste son désir de garder le caractère informel de ce groupe cycliste. Je me joins à la joyeuse bande un mercredi soir pour une sortie de vélo de gravelle.

Le lieu de rassemblement se trouve à l’arrière du Studio Cycle Maglia Rosa, une chouette boutique vélo située sur l’avenue Papineau, près de la rue Beaubien Est. « Ici, ils organisaient déjà des courses de cyclocross, m’explique le charismatique François. Quand elles ont été annulées en début de pandémie, Yannick [Perreault, copropriétaire de la boutique avec Chantal Brodeur] m’a apporté son soutien pour mettre en branle mon groupe. »

Ceci n’est pas un club a été créé à partir du groupe Facebook MTL Gravelle et vélo d’aventure, mis sur pied aussi par François dans l’objectif de partager informations et itinéraires de gravier. Le trentenaire, qui a obtenu un doctorat en communication sociale après avoir défendu une thèse sur l’évolution des bibliothèques à l’ère numérique, administre cette page et planifie des sorties hebdomadaires. « C’est au cégep que j’ai organisé mes premiers événements, me dit-il à un feu rouge, en route vers le pont Jacques-Cartier. J’ai eu alors un déclic ! »

© Nicolas Bourdeau

Gravelle recherchée

Je regarde avec un brin d’inquiétude la quarantaine de participants arriver les uns après les autres. Leurs vélos de gravelle sont tous chaussés de pneus de montagne. Mes pneus apparaissent bien lisses en comparaison. « Vais-je être correct avec mes slicks ? » François jette un regard sur mes roues. « Pour la première partie, sur l’asphalte, oui, répond-il, sérieux. Après, ça dépendra de toi ! »

Toutes les sorties du mercredi débutent en ville, en direction d’une banlieue de plus en plus éloignée à mesure que la saison avance : Laval, Terrebonne, Saint-Bruno… L’heure du départ est connue, jamais celle du retour. L’important est de vivre une aventure au départ de Montréal en plein cœur de semaine.

Nous nous dirigeons vers les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. Le groupe s’élance à pleine vitesse sur le circuit Gilles-Villeneuve. Le ciel prend ses couleurs de nuit et plusieurs allument leur phare installé au guidon.

Vient ensuite la tranquille Petite voie du fleuve, une piste cyclable de gravier qui longe la voie maritime du Saint-Laurent. Nous la quittons cependant très rapidement pour un sentier accidenté qui semble se mélanger aux eaux du fleuve.

Le sentier d’une dizaine de kilomètres alterne boisés serrés et longues plages de galets. Je zigzague entre les flaques boueuses, tire sur mon guidon pour surmonter les racines et maintiens une cadence rapide afin d’éviter de déraper avec mes pneus peu adaptés à ce sol meuble.

Nous rejoignons l’autre moitié du groupe, partie avant nous dans le but de répartir les cyclistes dans les rues de Montréal. J’en profite pour installer ma lampe frontale sur mon casque de vélo. Je m’engage le premier dans une courte descente abrupte. Mon éclairage s’envole au premier cahot et me laisse dans une totale obscurité. Je suis projeté par-dessus mon guidon à l’obstacle suivant.

« Ça va ? » demande quelqu’un du groupe. « Oui ! crié-je en retour. Je n’étais juste pas prêt pour votre club ! » Nous rigolons. Ce genre de situation – qui rappelle ce qu’était le vélo de montagne avant les roues plus grosses, les suspensions plus grandes et les sentiers plus lisses – est exactement ce que recherchent François et sa bande d’intrépides. En empruntant ces sentiers cachés, à la brunante et volontairement sans suspension, ils retrouvent l’adrénaline du vélo de montagne, mais les mains sur un guidon courbé.

© Nicolas Bourdeau

Ceci n’est pas un barbecue

Le pont Samuel-De Champlain, illuminé de bleu et de vert, se reflète sur le Saint-Laurent. L’horizon urbain de l’île des Soeurs est derrière, les gratte-ciel du centre-ville de l’autre côté, à notre droite. « C’est féerique ! » s’écrie Hervé, originaire de Toulouse. « Osti que c’est beau ! » s’exclame Mathieu, qui habite dans Hochelaga.

Yannick et son équipe ont préparé, quelques kilomètres plus loin, le barbecue annuel du « nonclub ». À deux mètres des vaguelettes, un petit feu de camp a été allumé. On s’y réchauffe en ajoutant un duvet sur nos épaules mouillées. Andrea me confie être partie de la Colombie pour déménager au Québec. Victor et son père roulent le plus souvent en montagne dans Lanaudière. Bruno possède une flotte de 70 vélos de gravelle et fatbikes avec lesquels il fait découvrir le plein air à ses groupes de clients. « Mais quand je pédale avec Ceci n’est pas un club, me dit-il, c’est 100 % pour le plaisir. »

François, juché sur un seau renversé, fait un petit discours de remerciement. « Y a pas d’ustensiles pour manger vos salades, alors faudra utiliser les Doritos ! » conclut-il simplement. Heureux d’être là, le groupe éclate de rire. Grisé par le trajet à l’aller et la salade aux Doritos, j’en avais oublié le retour. Celui-ci s’avère encore plus agréable. La nuit est maintenant complètement tombée ; je ne vois qu’à quelques mètres devant moi. Excité, je pédale à fond de train tout en gardant un œil au sol pour ne pas déraper. Dans le noir, j’entends rire tout autour. Me vient en tête cette phrase du film Into the Wild, chère à François : « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. »

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