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Destinations, Québec

Vents et marées dans le Bas-Saint-Laurent

13-04-2022

Je campe sous un des plus beaux ciels du monde, je me lave dans une rivière et j’apprends l’histoire de notre frontière avec les Américains, le tout agrémenté des agréables effluves salés et sapinés de cette superbe région.

Notre itinéraire de quatre jours débute dans la charmante ville de Trois-Pistoles, qu’on ne quitte pas si aisément. Ma copine et moi sommes reçus chez Jean-Sébastien Delorme et Chantal Gailloux. Respectivement originaires de l’Est ontarien et de l’Outaouais, les deux ont débarqué ici le temps d’un été il y a cinq ans… et ne sont jamais repartis.

« Nous sommes tombés en amour avec l’air marin, les grands espaces et les possibilités d’emploi », m’explique le couple qui a créé son propre travail dans le domaine agroalimentaire. « Mais notre coup de coeur principal a été pour les gens exceptionnels d’ici. » Je les comprends. À parler à tout un chacun, notre départ est sans cesse décalé d’au moins une demi-journée.

Quand nous commençons enfin à pédaler vers l’ouest, nous optons pour le large accotement de la route 132, un peu plus longiligne que la piste cyclable de gravier qui passe de l’autre côté de l’autoroute 20. Nous passons dans le village de L’Isle-Verte et bifurquons vers le chemin de la Rivière-des-Vases, en direction du parc côtier Kiskotuk. Tout bruit de circulation s’estompe immédiatement. Le parc s’étend sur près de 30 km de côtes, où le fleuve rencontre collines, marais et îles. Nous y installons notre campement sous une explosion de couleurs offertes par un magnifique coucher de soleil doucement remplacé par la Voie lactée.

Le petit Témis

Au parc Kiskotuk et ensuite à nouveau le long de la 132, nous croisons plusieurs intéressantes pancartes expliquant l’histoire des lieux. Cacouna tirerait son nom de l’amérindien Kakoua-nak, signifiant « l’endroit où demeure le porc-épic ». Et L’Anse-au-Persil renvoie au persil de mer, synonyme de la livèche écossaise poussant en abondance sur la grève.

D’une information à l’autre, nous arrivons à Rivière-du-Loup, où nous empruntons la piste cyclable du Petit Témis, malgré les avertissements météorologiques d’un passant coloré qui nous prévient de « nous accrocher parce qu’il vente en tabarnik en arrière de chez Premier Tech ! ».[NDLR : la compagnie de Rivière-du-Loup connaît fort bien le vélo ; elle est copropriétaire de l’équipe pro Astana Premier Tech]. Il n’avait pas tort ; je passe près de fracasser mon drone sur le toit de l’église Saint-François-Xavier.

Long de 134 km, le Petit Témis relie le Québec au Nouveau-Brunswick par une piste de gravier, anciennement voie ferroviaire. Nous montons doucement cette section de la Route verte jusqu’à Saint-Honoré, à un peu plus de 400 m d’altitude. Mais nous oublions l’effort, absorbés que nous sommes par les lacs chahutés par le vent, par les petits suisses bondissant en travers de la piste et par la beauté sauvage de la forêt.

En plus de nombreuses haltes et terrasses, la piste compte trois campings sauvages agrémentés de plateformes en bois. Nous posons notre tente à celui de la rivière des Roches, situé à Saint-Modeste, et je profite de la rivière éponyme pour faire une saucette glacée avant de m’endormir dans une obscurité parfaite et un majestueux silence.

AAAHH ! AAAHH !

La piste serait un peu molle pour les pneus étroits d’un vélo de route, mais avec nos vélos de gravelle, nous arrivons rapidement à Saint-Louis-du-Ha ! Ha ! Devant le parvis de l’église, nous rencontrons la charmante Colombe, occupée à enlever bénévolement des mauvaises herbes. « Faut s’occuper de notre patrimoine bâti », nous lance-t-elle en se désespérant un peu de la diminution du nombre de prêtres et d’ouailles. « Les gens ne veulent plus travailler pour rien. Moi, je suis habituée », nous raconte celle qui s’est occupée toute sa vie de ses parents et de son frère qui habite avec elle. « Il est autiste et muet ; ça ne fait pas de grosses conversations », badine-t-elle un peu.

Elle fait ensuite la lumière sur le nom de son village en se tournant vers la plaine environnante. « Aaahh ! Aaahh ! comme c’est beau ! » se seraient exclamés ses ancêtres. Une autre explication possible viendrait de l’ancien mot français « haha », faisant référence à un obstacle, dans ce cas-ci une baie du lac Témiscouata qui obligeait les canotiers à faire un portage de 80 km. Chose certaine, l’étonnante ponctuation dans le nom de la petite localité lui a valu une inscription dans le Livre des records Guinness en 2018 à titre de seule municipalité dans le monde qui contient autant de points d’exclamation.

Les histoires deTémiscouata-sur-le-Lac

Nous discutons ensuite longuement avec l’archiviste Léa Laplante-Simard sur les berges du grand lac Témiscouata. « L’ensemble des histoires individuelles nous aide à construire notre histoire collective », affirme celle qui inspecte chaque feuille d’archives qu’elle reçoit.

Nous nous faisons raconter la fascinante histoire de Grey Owl, ce Britannique né Archibald Belaney qui s’était fait passer pour un Amérindien durant la majeure partie de sa vie en Amérique. Explorateur devenu anthropologue, il s’est installé quelques années à Cabano avec son épouse mohawk et leurs deux castors, et y a écrit une partie de son oeuvre.

Ce n’est qu’après sa mort que sa véritable identité a été mise au jour. « La population de l’époque trouvait ça drôle, aussi, un Amérindien qui était si bon au piano », résume l’archiviste en riant.

Le lendemain, avant de partir, nous nous arrêtons pour un autre voyage dans le temps, au fort Ingall. Dans ce lieu où les fortifications ont été reconstruites, une exposition nous raconte la vie des soldats et, surtout, l’histoire d’une frontière mal définie entre les Britanniques et les Américains dans les forêts jadis très peu peuplées de cette région du Bas-Canada. Cette guerre froide qui a duré trois ans s’est finalement réglée par un traité, sans qu’il y ait une seule bataille.

Tout en couleurs douces

Par la route 232, nous longeons ensuite le lac Témiscouata jusqu’à l’angle de la 293, que nous empruntons. Nous quittons progressivement les forêts en montant vers des terres agricoles. En passant par Saint-Cyprien, Saint-Clément et Saint-Jean-de-Dieu, nous sommes portés par le vent vers Trois-Pistoles, où nous retrouvons le fleuve au bout du paysage.

Les couleurs se font douces partout à l’horizon, sur les champs jaunis comme dans le ciel pastel. Encore une fois, durant quelques jours, j’ai pu mieux connaître les paysages, les gens accueillants et les nombreuses histoires de mon propre pays.

REPÈRES

Itinéraire : une boucle de 185 km Durée : 3 ou 4 jours Trois-Pistoles – Rivière-du-Loup – Cabano (Témiscouata-sur-le-Lac) – Trois-Pistoles

MES BONNES ADRESSES

• Pour une sortie en kayak ou en SUP sur le fleuve, on se rend à la roulotte de la Coop Kayaks des îles, au bout du quai à Trois-Pistoles.

• On visite le site historique du fort Ingall à Témiscouata-sur-le-Lac pour en apprendre davantage sur le conflit frontalier opposant les Britanniques aux Américains vers 1839.

• On entre à la boulangerie Origine, à Trois-Pistoles, et au Café de la Brûlerie, à Rivière-du-Loup, pour se ravitailler et se sentir les bienvenus.

• C’est à l’Auberge de la gare, à Témiscouatasur- le-Lac, qu’on pose ses sacoches pour y apprécier les repas, les jolies chambres et plusieurs artefacts remontant aux débuts de la colonisation de la région.

• Les dimanches d’été, de 10 h à 15 h, on s’arrête au Marché public des Basques, à Trois-Pistoles, pour la musique et la rencontre de producteurs locaux.

• Pour dormir tranquille, il faut savoir qu’il est possible de réserver son emplacement de camping sauvage sur une des plateformes bordant la piste cyclable du Petit Témis (petit-temis.ca).

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