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Le blogue de David Desjardins

Je roule pour que ça finisse.

31-10-2018

Photo: Mathieu Charruau

J’ai fermé les livres. Ma saison de cyclocross s’est conclue samedi à Drummondville.

(Si vous me permettez une parenthèse hâtive, je voudrais remercier les organisateurs, les bénévoles, les participants, les officiels de la fédé, les propriétaires de food trucks, les amis et la famille qui sont venus nous crier dessus à Terrebonne, Chelsea, Sherbrooke, Rigaud, Boucherville et Drummond. Ce sport est merveilleux en bonne partie grâce aux gens, magnifiques, qui composent son écosystème. Salutations particulières à Tino Rossi, qui anime admirablement toutes les compétitions.)

Donc, c’est la fin. J’ai rangé mon vélo de montagne aussi. Pour la route, je rêve d’un redoux tardif, mais sans trop y croire. J’aurais voulu faire mes Équerres une dernière fois cette année.

Mais si ça ne se produit pas, ce n’est pas plus grave. Mon sport est aussi fait de désir, d’envie, de manque. L’hiver est une période de latence qui me fait rêver aux premiers coups de pédale à l’extérieur et qui permet d’endurer les conditions exécrables du cyclisme printanier.

Je me demande souvent si j’aimerais autant rouler sans l’hiver. J’ai toujours peur de trop aimer une chose, de m’en lasser comme je le fais des chansons qui me prennent au cœur puis m’abandonnent. Comme si, à force d’avoir été trop étreintes, leurs ailes qui me faisaient planer s’étaient chiffonnées.

Est-ce que je roulerais comme un fou à l’année à San Diego, à Nice, à Melbourne? Est-ce que j’aurais abandonné le vélo à force de l’avoir trop aimé?

Je ne le saurai jamais. Mais dans le doute, j’ai appris à aimer l’hiver comme j’apprécie mes moments de solitude. Ils me procurent du recul, et me font retrouver mon sport avec un enthousiasme renouvelé. Oh, je roule à l’intérieur pour conserver mon pic de forme. Avec amis, pour ne pas devenir fou dans mon sous-sol. Mais je n’y consacre jamais autant d’heures que je ne le fais dehors, où je skie et cours pour entretenir mon besoin de volume, d’heures d’activité en continu, et d’air frais que j’inhale par grands bols malgré la froidure.

Ce ne sont cependant là que des succédanés.

En fait, ces activités de remplacement me font penser aux voyages d’affaire qui me permettent de rêver à ceux qui ne sont pas avec moi et qui me manquent. Ma fiancée. Ma fille. Mes amis. Je les retrouve avec bonheur à chaque retour. Mes absences me font réaliser à quel point ils sont importants dans ma vie. J’aborde donc ces épisodes de manque avec la certitude qu’ils entretiennent la flamme. Pour les gens comme pour le bike.

Je roule comme je vis, en sachant qu’il y a des débuts, des fins, puis d’autres commencements. En temps d’abondance, l’échéance convoque une certaine urgence d’en profiter tandis que, en période de manque, la certitude des beaux jours à venir aiguise ma patience.

Je suis tellement rendu zen que je me tombe sur les nerfs. Et dire que je ne pourrai même plus rouler pour mieux m’endurer.

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