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Actualités, Le blogue de David Desjardins

Miroirs, miroirs

31-08-2018

velo

Ce ne sera sans doute mon entrée de blogue la plus inspirante.

En fait, c’est surtout une question que je me pose : chers amis cyclistes d’un certain âge, à quoi vous servent exactement les petits miroirs sur vos guidons? Êtes-vous bien certains qu’au fond, il ne vous nuisent pas plus qu’ils ne vous aident?

D’abord, avant qu’on m’accuse d’âgisme : je ne dis pas que celles et ceux qui se baladent avec cette réfléchissante excroissance au bout du guidon connaissent toutes et tous le répertoire de Charles Aznavour par coeur. Je remarque seulement que la chose est follement répandue chez les personnes en âge de déguster la retraite. Pas mal moins chez les plus jeunes.

Ceci expliquant sans doute cela.

J’ai 43 ans. Je suis déjà pas mal plus chicken que lorsque j’en avais 30. Il y a quelques années, un monsieur qui avait alors 72 ans et avec lequel je roulais m’avait dit : « En vieillissant, je me suis mis à avoir peur. Des autos, de tomber. Avant, je n’y pensais presque pas… ».

Je présume donc que vos miroirs sont affaire de sécurité et de craintes qui augmentent avec le nombre des années. C’est ben correct.

Mais vous êtes-vous déjà demandés de quoi ils vous protègent au juste? Des autos qui viennent derrière? Voyons donc. À part vous donner la frousse parce que le conducteur qui s’en arrive met du temps à se tasser pour ne pas vous emboutir, faisant ainsi grimper votre pression, je ne vois pas comment cela peut prévenir un accident. À moins qu’il ne soit cardio-vasculaire. Bon, on me dira que c’est pratique pour se tasser dans la voie lorsqu’il y a des trous et qu’on veut s’assurer que personne ne vient derrière. J’en conviens. Tourner la tête, ça fonctionne pas pire aussi.

Mais bon, un petit miroir de rien du tout au bout d’un guidon, je n’ai rien contre, au fond. Si ça vous donne une petite illusion de sécurité supplémentaire et vous évite un torticolis, grand bien vous fasse.

Ce qui m’ennuie, surtout, c’est le truc format « rétroviseur de pick up », qui dépasse à ce point qu’on en vient à vous craindre, lorsque l’on croise votre chemin sur les pistes cyclables. J’exagère à peine. En fait, je n’exagère pas du tout. D’autant qu’à part pour contempler votre brushing ou vérifier l’état de propreté de votre moustache, je ne vois pas à quoi peuvent bien vous servir ces gigantesques prothèses.

Apparemment, comme ceux des voitures, ils fuckent un peu aussi le rapport aux distances. Je l’ai constaté cette semaine, lorsqu’une dame qui, quelques instants après m’avoir dépassé à plein régime au volant de son bolide à assistance électrique, a plaqué les freins en me hurlant dessus parce que je la suivais apparemment de trop près… Il y avait un bon vélo et demi de distance entre nous. Je n’ai jamais essayé de la dépasser. Nous roulions à environ 15 km/h. Je portais des jeans, des bottillons de cuir, une chemise à fleurs, un sac à dos, pas de casque : je revenais du travail bien tranquillement et n’avais pas l’air d’un énervé en lycra. Ni n’en avais l’attitude, d’ailleurs. Mais bon, la madame a fourré les brakes sous le viaduc sans prévenir en hurlant : « Ça va faire, le collage, c’est dangereux ». Avec toute l’impolitesse dont je suis capable, je lui ai signifié que son geste l’était pas mal plus. Mais que j’avais freiné bien doucement sans la heurter, prouvant que la distance entre nous deux était amplement sécuritaire.

Peut-être son miroir lui disait-il le contraire, puisque je ne l’ai jamais vue tourner la tête? Ces surfaces réfléchissantes mentent, c’est bien connu. Certaines affinent l’allure, ou l’inverse. Elles modifient le rapport de profondeur. Et comme dans les contes, si elles ne nous répondent pas ce que l’on désire, cela peut avoir de funestes conséquences.

Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus en sécurité?

Celle ou celui qui ne sort pas de chez lui, tiens. Mais bon, c’est pas vrai. Ceux-là, c’est l’infarctus qui les guette. Ou l’ennui, qu’on ne voit jamais venir dans le miroir puis qui vous broie sans crier gare. Il faut accepter que chaque activité comporte un minimum de risque. J’ai comme le sentiment que vos miroirs ont l’effet inverse. Qu’ils vous donnent l’illusion que vous pouvez tromper le destin, que vous contrôlez quelque chose qui ne peut l’être.

Ou est-ce que je n’ai rien compris et finalement, je fais seulement de l’âgisme?

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