Le canal de Lachine est idéal pour pique-niquer, pagayer, vagabonder et aussi pédaler. © Geneviève Healey
Bien que je visite Montréal plusieurs fois par année, rares sont celles où mon vélo m’accompagne. Le réseau de vélopartage et les infrastructures cyclables y sont si bien développés que je préfère utiliser le bon vieux Bixi pour me déplacer sur l’île. Exceptionnellement, j’ai utilisé mon propre vélo pour cette virée montréalaise.
La virée commence
En enfourchant mon propre bolide, je voulais mesurer l’envergure de la culture cycliste métropolitaine, en reliant au passage quelques microbrasseries et endroits prisés pour rouler. Ce qui m’a le plus marquée en cette journée aux allures d’été – qui était pourtant encore loin –, c’est à quel point le réseau cyclable de Montréal est achalandé ! J’ai donc activé le mode touriste pour bien profiter de ces 74 km.
Le départ et l’arrivée se font près du parc La Fontaine, agrémenté d’un plan d’eau et traversé par de nombreux sentiers lui donnant des airs de Central Park. À peine deux kilomètres sur la rue Rachel et voilà qu’on entre dans le vif du sujet : l’ascension de la voie Camillien-Houde, une montée plutôt populaire chez les cyclistes avides de dénivelés, le reste de l’île étant plutôt plat. Afin d’embrasser pleinement mon rôle de touriste, un arrêt au belvédère Kondiaronk s’impose. La vue spectaculaire qu’offre le sommet du mont Royal sur Montréal vaut le détour – et aussi l’effort de se frayer un chemin parmi la foule. Prenez garde lors de la descente par le chemin Olmsted, car s’il est magnifique et qu’on aime le serpenter sous la canopée, lui aussi est victime de son succès.
Je quitte le parc du Mont-Royal via la piste de l’avenue du Parc, pour bifurquer vers l’avenue des Pins Ouest et rejoindre la rue Berri puis le boulevard De Maisonneuve. Tout cela sur les ramifications de l’immense toile cyclable de la ville, qui me conduisent à l’entrée du pont Jacques-Cartier, dont la traversée s’effectue comme un charme. Chaque fois, la fille de Québec en moi envie la convivialité d’une telle infrastructure. Il suffit ensuite d’un petit kilomètre sur l’île Sainte-Hélène pour déboucher sur l’île Notre-Dame, ces deux moitiés du parc Jean-Drapeau où se trouvent le bassin olympique et le circuit Gilles-Villeneuve, en plus d’être l’hôte d’une foule d’événements musicaux et sportifs.
Si c’est votre première visite sur ce circuit, je vous prédis une bonne dose d’adrénaline. S’il est grisant de parcourir ses quelque quatre kilomètres et d’enchaîner les tours à toute vitesse, il faut constamment demeurer vigilant, car c’est un lieu très fréquenté. À l’instar de la grimpe de Camillien-Houde, il est facile de se laisser aller à rouler plusieurs boucles, comme si on entrait dans une bulle intemporelle. Après avoir avalé suffisamment de tours, je me dirige vers l’étape suivante du parcours : la voie maritime du Saint-Laurent.

Vue d’en haut, la voie maritime du Saint-Laurent semble flotter sur le fleuve. De la piste, elle offre une vue privilégiée sur le pont Samuel-De Champlain. © Geneviève Healey
Bien qu’il s’agisse d’un aller-retour, il est très agréable de rouler sur cette route qui, vue d’en haut, semble flotter sur le fleuve. Me sentant aussi minuscule qu’une fourmi à vélo, je suis passée sous l’imposante structure du pont Samuel-De Champlain, saisie par son immensité. J’ai trouvé un peu dommage que le corridor de feuillus bloque la vue sur le Saint-Laurent, mais j’ai été bien soulagée d’être protégée du vent. Revenue sur mes pas, j’ai emprunté la magnifique piste cyclable de l’Estacade, où j’ai été comblée de panoramas fluviaux, puis j’ai donné quelques coups de pédale sur l’île des Sœurs, pour rejoindre la microbrasserie Messorem.
Depuis le temps que j’entendais parler de ce repaire pour amateurs de cycles et de houblon, je n’ai pas été déçue par ma visite. Des crochets et présentoirs à vélo soigneusement installés jusqu’aux multiples tables à pique-nique turquoise, tout sur cette terrasse semble avoir été prévu pour l’après-ride ! J’ai accompagné ma juteuse IPA d’un sandwich de falafels qui a complété à merveille mon ravitaillement.
J’ai repris le guidon à la 61e borne et je suis allée découvrir le canal de Lachine, débordant de vie sous ce soleil radieux. Aux abords de la piste longeant le cours d’eau, les options fusent pour pique-niquer, pagayer ou simplement vagabonder. Traverser le Vieux-Port de Montréal a peaufiné mon expérience touristique dans cette ville que je connais pourtant bien. Je suis ensuite revenue sur la rue Berri et j’ai contourné le parc La Fontaine, jusqu’à atteindre la microbrasserie Boswell, située sur une portion calme de l’avenue du Mont-Royal.
La coquette terrasse de la microbrasserie m’a ravie : j’ai pu y appuyer mon bolide à proximité et y déguster tranquillement une bonne pinte. Au moment de rouler ce parcours, j’y allais surtout pour assouvir ma curiosité de goûter la Cream Porter, une bière reproduite à partir d’une recette de l’authentique Boswell Brewery après qu’une bouteille scellée du brassin original de 1940 eut été retrouvée. Si le nectar foncé était plutôt sec en bouche, sa légèreté était parfaite pour un rafraîchissement de fin de sortie.
De retour au point de départ, ayant parcouru près de 99 % de cet itinéraire sur les infrastructures cyclables de la ville, je confirme que la métropole mérite amplement sa place parmi les destinations les plus accueillantes à vélo.
À BOIRE ET À MANGER
- Le Boswell est à la fois une brasserie et un restaurant. © Geneviève Healey
- Le Messorem Bracitorium est très impliqué dans le milieu du vélo. © Fred Tremblay
Clin d’œil brassicole
La kellerbier, une lager d’origine allemande non filtrée, se caractérise par la présence accrue de levure, ce qui la dote d’un aspect visuel plutôt trouble. On la nomme aussi bière de cave, puisqu’elle tire son nom des kellers, ces trous creusés dans la terre qui, avant l’arrivée de la réfrigération, servaient autrefois à entreposer les aliments au frais. À cette époque, la bière étant surtout brassée durant les mois les plus froids de l’année, les kellers permettaient aux brassins d’être conservés à une température plus fraîche pendant la maturation. N’ayant pas un style aussi défini que celui d’autres bières, la kellerbier dégagera des arômes garants des goûts du brasseur. Si certaines seront plutôt houblonnées, d’autres tireront plutôt sur les notes de céréales. Une chose est sûre, elles figureront toujours dans la catégorie des bières de soif, nous faisant rêver au retour des beaux jours de l’été !
Messorem Bracitorium
À deux pas du canal de Lachine, la microbrasserie Messorem est née du désir d’offrir des produits qui étaient rares sur la scène brassicole québécoise. Elle se spécialise dans les bières houblonnées et acidulées, et propose aussi quelques brassins ayant séjourné en barrique. Très impliquée dans le milieu du vélo, cette micro est un partenaire important des Mardis cyclistes de Lachine (et le fournisseur de bien des bières post-course). La cuisine de la sandwicherie Mitch Deli, attenante à l’établissement, vous servira de quoi vous sustenter au besoin. À boire sur place : la Canal Fatal, une Hazy IPA légèrement résineuse, avec de franches notes d’agrumes.
Boswell Brasserie artisanale
Le nom de l’établissement réfère à l’ancienne brasserie du même nom qui était en activité à la fin des années 1800 dans la ville de Québec, et renvoie aussi à l’expression être en boswell, qui signifie « être fâché ». Avec son offre alimentaire variée, Boswell est à la fois un restaurant et une brasserie artisanale, ce qui est parfait après une sortie de vélo ou pour une soirée plus chic. À boire sur place : la CRBS, une breakfast stout brassée avec du café de chez Rico, aux arômes de torréfaction et de cacao bien présents.
Ma bicyclette et Redwood
Dans un décor fort accueillant, les cafés Ma bicyclette et Redwood, qui jouxtent la piste cyclable du canal de Lachine, sont deux arrêts de prédilection pour casser la croûte sur le parcours.
Fiche technique
• Longueur : 74 km • Dénivelé : environ 300 m
• Revêtement : 90 % asphalté (propre), 10 % poussière de pierre
• Vélo et pneus recommandés : vélo de route avec pneus de 28 mm et plus